Zygmunt MILOSZEWSKI
traduit du polonais par Kamil Barbarski
Pocket

544 p.  8,20 €
ebook avec DRM 7,99 €
 
 
 
Zygmunt Miloszewski
POCKET
thriller
janvier 2015
472 p.  8 €
 
 
 
Rencontre avec le nouvel auteur (polonais) à suivre

Dans le café proche de la Bastille où nous avons rendez-vous, Zygmunt Miloszweski pourrait être l’un de ces jeunes touristes venus visiter Paris le temps d’un week-end. Il est pourtant la sensation littéraire du moment en Pologne. Au moment où paraît là-bas le dernier volet de sa trilogie policière, « Gniew » (« La colère »), quelques centaines de salles de cinéma du pays projettent l’adaptation du second, « Ziarno Prawdy », un best-seller lu par plus de 100.000 de ses compatriotes. La veille, dans une librairie parisienne, il en a justement présenté la traduction française, « Un fond de vérité », et enchaîne sur deux jours de promotion en Espagne, puis une tournée dans six villes françaises. 

Regard perçant et rieur, barbe courte bien taillée, un faux air de Romain Duris en blond, affichant 39 ans mais en paraissant dix de moins, il revoit son parcours sans fausse modestie. « Cela m’a pris dix ans pour en arriver là ». Les mots et les idées se bousculent. Il commence par le commencement: ses débuts dans la presse, qui l’avaient laissé frustré. « En fait, j’étais trop timide pour interviewer des gens que je ne connaissais pas, même par téléphone. Alors quand votre métier est d’écrire, vous cherchez juste un meilleur moyen d’en vivre. »
Le roman, donc mais par la petite porte. Livre pour enfant, puis d’horreur, enfin policier. La lecture de Henning Mankell lui a révélé la portée sociale du genre. Pour dépeindre la société polonaise de l’intérieur, il imagine en guise de catalyseur le personnage du procureur Teodore Szacki (prononcer Chatski). « Les Impliqués » (Pocket), premier volet de sa trilogie, rencontre un succès modeste et décroche le prix du polar polonais 2007. Des éditeurs étrangers le repèrent. En France, il sort fin 2013 chez une maison débutante, Mirobole, avec un traducteur néophyte (voir encadré). Combinaison gagnante. Les critiques sont séduits, le bouche-à-oreille positif.
Revoici Zygmunt Miloszewski dix huit mois plus tard avec « Un fond de vérité ». Attendu et réussi. Le sujet est délicat et cruellement d’actualité : antisémitisme, xénophobie. Curieusement, l’idée lui est venue lors d’un mariage. Son frère a épousé une jeune femme de Sandomierz, une pittoresque cité historique. Dans la cathédrale, l’auteur a découvert un horrible tableau, une peinture de commande accrochée là depuis quatre siècle et montrant des juifs caricaturaux torturant des enfants. « Elle a été masquée pendant des années mais l’évêque actuel a décidé qu’il fallait oser la regarder et l’assumer : cette image est un énorme mensonge, mais la dissimuler n’est pas la bonne manière de vivre avec notre histoire. »
Il sait qu’à côté des résistants et des Justes, des Polonais ont collaboré avec les nazis. « Ma génération est la première qui prenne son parti de ce passé et le surmonte ». Regarder la vérité en face et ne pas la taire : lui aussi pense comme cela. Mais sachant qu’un malaise perdure, il en joue en ouvrant ce roman par un crime mis en scène comme un meurtre rituel. « C’est l’horreur absolue, mais il reste des gens pour croire que cela se pratique encore. Les pogroms, encore après la Guerre, ont commencé sur ce prétexte. » Miroir tompeur tendu au lecteur : qui osera croire qu’un juif assassine pour impréger de sang humain son pain azyme?
Le jeune romancier a fouillé les bibliothèques, questionné des témoins pour comprendre la Pologne d’avant-guerre dans laquelle sont enracinés ces fantasmes. Il y vivait six millions de juifs. « Certains se sentaient polonais avant d’être juifs, d’autres juifs avant d’être polonais. Mais juifs et catholiques vivaient ensemble depuis quatre siècles. Ils nouaient des mariages et faisaient des affaires. Les commerces des uns ouvraient le samedi, ceux des autres le dimanche, cela arrangeait tout le monde. Ils étaient voisins, s’appréciaient. Beaucoup d’artistes ou de scientifiques réputés étaient juifs. Et avec la Shoah, c’est une part de la culture polonaise qui a été détruite. D’où notre colère d’être parfois étiquetés comme la plus grande nation antisémite du monde. »
Cette réflexion sur l’Histoire de la Pologne sous-tend l’intrigue d' »Un fond de vérité » sans jamais l’étouffer. Si la gravité du sujet interpelle, le livre est d’abord un suspense bien construit et divertissant, clef de son large succès. Zygmunt Miloszewski, qui vit de sa plume depuis cinq ans, est maintenant traduit dans une quinzaine de langues. Après la France et le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Espagne le découvrent. Une voie royale pour un futur Mankell de l’Est ? Pas certain. Il veut se renouveler. L’ultime volet de la trilogie Szacki, « La colère », attendu en France à l’automne 2016, sera son dernier polar. « J’ai déjà prévenu mon éditeur. A la fin du livre, j’ai fait en sorte qu’il ne puisse pas y avoir de suite. Mais sans tuer le héros parce que, ça, c’est trop facile… » Où l’attendre ensuite ? Si la littérature polonaise est riche en livres d’enquête, reportages, témoignages, dans la lignée de Ryszard Kapu?ci?ski, lui penche toujours pour la fiction : « Il nous manque de belles histoires d’amour. »De quoi surprendre encore…

Et rencontre avec un traducteur devenu complice

La réussite des romans étrangers doit tout à la qualité de leur traduction. Pour ceux de Zygmunt Miloszewski, le choix du traducteur était un pari. Quand il s’est attaqué au texte des « Impliqués », Kamil Barbarski, 37 ans, était ingénieur en micro-électronique et n’avait jamais travaillé dans l’édition. Guidé par l’envie de changer de vie pour un « métier-passion », il a su convaincre les éditrices de Mirobole, qui elles aussi débutaient. « Au début, aucun de nous n’y croyait, nous confie-t-il. Mais on avait aussi tous quelquechose à prouver. » Il s’est coulé sans peine dans ses nouveaux habits. »Pour moi, traduire, c’est adapter. Il faut parfois expliquer un peu, replacer dans son contexte un personnage ou un évènement dont les lecteurs Polonais, eux, sont familiers. » Venu vivre en France avec ses parents à 4 ans, Kamil reste très attaché à son pays d’origine. En y retournant récemment, il a appris que Zygmunt et lui étaient nés dans la même ville, Przasnysz. Depuis, leur collaboration est devenue complicité. « Peut-être qu’enfants, pendant nos vacances, nous avons batifolé dans les mêmes lacs… »

« La Colère », prévu à l’automne 2016 aux Editions Mirobole

 
 
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