b i e n t ^o t 

 

hanne-vibeke_holst« Le Prétendant »
de Hanne-Vibeke Holst
 
paraîtra chez Héloïse d’Ormesson le 29 octobre 2015

 

Si vous avez aimé la série télévisée « Borgen », vous ne pourrez qu’être frappé par les similitudes entre le feuilleton et cette trilogie signée Hanne-Vibeke Holst dont le deuxième volume va paraître fin octobre.
Après « L’Héritère » où une certaine Charlotte, au sourire éclatant, entrait au gouvernement, voici « Le Prétendant », qui poursuit sa plongée dans le milieu politique danois. Les scénaristes de « Borgen » n’ont jamais reconnu s’être plus que fortement inspiré de ce livre (ça frôle meme le plagiat). Pas procédurière, la romancière n’a pas voulu les poursuivre en justice, mais elle a eu sa vengeance en vendant son « suspense politique » à 1,5 millions d’exemplaires, rien que dans les pays scandinaves.

Le début
« Seuls quelques intimes, ceux qu’un futur ex-conseiller appelle la junte, sont présents dans le bureau du Premier ministre le 20 novembre 2001, le soir des élections. Ils ne sont pas plus d’une poignée à partager le vin et la petite collation servie pour l’occasion. Le même futur ex-conseiller, le seul à faire honneur à l’excellent plat de poisson, comparera ce dernier repas à la cène, avec l’humour noir qui le caractérise. Il qualifiera l’ambiance dans le bureau du Premier ministre, où deux écrans de télévision sont allumés simultanément, l’un sur DR1, l’autre sur TV2, de surréaliste, dès le moment où les premières estimations anéantissent tout espoir pour le gouvernement de Per Vittrup de rester en place, comme l’avaient prédit les oracles. Avec son sens du détail, il décrira les narines frémissantes d’Elisabeth Meyer et la chevelure incendiaire de Gert Jacobsen, mais en premier lieu, il déplorera le refus presque autistique de la tête de file des sociaux-démocrates de s’exprimer sur cette débâcle. Moins de 30% des suffrages exprimés ! La gifle est si cuisante que le pessimiste le plus invétéré, en l’occurrence le conseiller lui-même, n’aurait jamais pu imaginer défaite plus écrasante. Qu’attend-on d’un véritable leader dans une situation aussi dramatique ? Qu’il demande à ce qu’on le laisse seul, peut-être ? Qu’il sorte un revolver du tiroir de son bureau ou un sabre de son fourreau pour en finir avec l’existence ? Ou qu’il prenne dans sa poche un beau discours et se présente devant ses pairs pour assumer l’entière responsabilité de la défaite qui, contrairement à la victoire, est le plus souvent orpheline ? Toutes sortes de réactions sont admissibles, sauf la sienne, que le bientôt ex-conseiller comparera à celle d’une « poule qui continue à tourner en rond dans la basse-cour, refusant d’admettre qu’on vient de lui couper la tête. »

Quand le résultat final est annoncé, se souviendra le conseiller, c’est Elisabeth Meyer qui se révèle une fois de plus être le membre le plus viril du gouvernement. Elle est la seule à lui poser tout haut la question que tout le monde se pose tout bas : « Quel enseignement comptes-tu tirer de cette déculottée, Per ?

-Pardon ? » dit le Premier ministre sortant, en même temps qu’il téléphone au président de l’antenne régionale de l’ouest Jutland pour savoir où ils en sont du comptage des suffrages personnels. Pour s’assurer qu’il est toujours dans le top cinq.

Le futur ex-conseiller remarquera, tout en écrasant sa cigarette dans la carcasse dépuillé du poisson, que c’est à ce moment précis que Meyer et Jacobsen se détachent de lui, physiquement. Brusquement. Comme un couple qui se prend par la main pour sauter d’un train qui déraille.

« Est-ce parce qu’ils utilisent constamment le terme historique que je sais que cette soirée va être décisive, d’une façon ou d’une autre ? Y compris pour moi ? Est-ce pour cette raison qu’en dépit de tous mes efforts, je suis si nerveuse que je parviens à peine à tenir mon briquet immobile en allumant ma cigarette ? Pourtant j’ai pensé à tout. Je suis sûre de n’avoir rien oublié. J’ai posé les tranches de saumon mariné à côté des tranches de pain de seigne et non dessus. Je me souvenu qu’il aime que son assaisonnement soit servi à part dans un ramequin. J’ai mis de la margarine à table plutôt que du beurre, à cause de son cholestérol. Il y a une bouteille de son Chablis préféré dans le réfrigérateur et, à tout hasard, j’ai aussi mis au frais deux bouteilles de bière Carl’s Special, puisqu’il aime bien, parfois, boire une petite rousse avant de se mettre au lit. J’ai posé un vase de roses miniatures sur la table, avec un bristol blanc sur lequel j’ai écrit : « Félicitations, chéri ! » »

 
 
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