b i e n t o^

 

stephenKing« Revival » de Stephen King
paraîtra le 1er octobre chez Albin Michel

 

Les fans sont déjà sur les starting-block et, pour eux, après plus de 50 romans, un nouveau King reste toujours un événement. Dans ce « Revival », il raconte l’histoire du Révérend Charles Jacobs qui, en quelques jours, a ensorcelé les habitants de Harlow, dans le Maine, et particulièrement le petit Jamie. Trente ans plus tard, l’enfant devenu guitariste de rock, est rongé par l’alcool et la drogue. Jusqu’à ce qu’il croise à nouveau le pasteur… Une renaissance est-elle possible ?

Le début :

« Par un aspect au moins, nos vies ressemblent à des films. Les personnages principaux sont les membres de notre famille et nos amis. Les rôles secondaires sont tenus par nos voisins, nos collègues, des profs et des connaissances. Il y a aussi les petits rôles sans grande importance : la cuisinière du supermarché avec son joli sourire, le sympathique barman du troquet du coin, les types avec qui vous faites de la gym trois fois par semaine. Et bien sûr, des milliers de figurants – ces gens qui passent dans la vie de tout un chacun comme de l’eau à travers une passoire, croisés une fois et jamais revus. L’ado qui feuillette les bédés chez Barnes & Nobles et que vous devez frôler (en murmurant un « Excusez-moi ») pour pouvoir accéder aux magazines. La femme dans la file d’à-côté qui profite du feu rouge pour se remaquiller. La mère qui essuie le visage barbouillé de glace de son bambin dans le restaurant routier où vous vous êtes arrêté pour manger un bout. Le marchand qui vous a vendu un paquet de cacahuètes au dernier match de base-ball.

Seulement parfois, quelqu’un qui n’entre dans aucune de ces catégories fait irruption dans votre vie. C’est le joker, qui au fil des années sort du jeu à intervalles irréguliers, souvent en temps de crise. Au cinéma, on appelle ce genre de personnages le cinquième emploi, ou l’élément perturbateur. Quand il apparaît dans un film, on sait qu’il est là parce que le scénariste l’a voulu. Mais qui est le scénariste de nos vies ? Le Destin ou le Hasard ? Je veux croire que c’est ce dernier. Je veux y croire de tout mon cœur et de toute mon âme. Quand je pense à Charles Jacobs – mon cinquième emploi, mon élément perturbateur, ma némésis -, je ne peux supporter de croire que sa présence dans ma vie ait eu quoi que ce soit à voir avec le destin. Cela voudrait dire que toutes ces choses terribles – ces horreurs – devaient arriver. S’il en est ainsi, alors la lumière n’existe pas, et notre foi en elle n’est qu’une stupide illusion. S’il en est ainsi, alors nous vivons dans le noir tels des animaux au fond d’un terrier, ou des forumis dans leur fourmilière.

Et nous ne sommes pas les seuls.

Claire m’avait offert une armée pour mon anniversaire et, un samedi d’octobre 1962, je me préparais pour une grande bataille.

J’ai grandi dans une famille nombreuse – quatre garçons et une fille – et, en tant que petit dernier, je recevais toujours plein de cadeaux. C’était Claire qui faisait toujours les meilleurs cadeaux. Je ne sais pas si c’est parce qu’elle était l’aînée, parce quelle était la seule fille, ou les deux. Mais de tous les cadeaux géniaux qu’elle m’a offerts au cours des ans, cette armée fut de loin le plus beau. Il y avait deux cents soldats en plastique vert, certains avec des fusils, d’autres avec des mitrailleuses et une douzaine d’entre eux étaient soudés à des gadgets en forme de tube : Claire disait que c’était des mortiers. Il y avait aussi huit camions et douze Jeep. Mais peut-être que le truc le plus cool de cette armée, c’était la boîte qui la contenait, un coffre en carton couleur camouflage vert et marron avec PROPRIETE DE L’ARMEE AMERICAINE peint au pochoir sur le devant. En dessous, Claire avait rajouté son propre pochoir : COMMANDANT JAMIE MORTON.

C’était moi. »

 
 
partagez
partage par email