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jacquesChancel« Le Grand Echiquier, Jacques Chancel»
paraîtra le 1
octobre au Editions du Sous-sol

Tous ceux qui ont plus de vingt ans (et même beaucoup plus) se souviennent avec ravissement du Grand Echiquier. Jacques Chancel avait réussi à transformer une émission culturelle de très haute tenue en un rendez-vous familial, convivial, que l’on n’aurait manqué sous aucun prétexte. Cela dura du 12 janvier 1972 au 21 décembre 1989, en direct et en public et la liste des personnalités qui furent invitées sur son plateau est hallucinante : de Karajan à François Truffaut, en passant par Lino Ventura, Yves Montand, Arthur Rubinstein ou Leonard Cohen… Tout ce qui comptait en matière de musique, de cinéma, de littérature fit un petit tour du côté du studio 15 des Buttes Chaumont.

Le début :

« Il faudrait à la vérité que je sache parler d’Elle, de ce qu’elle fut, de ce qu’elle est, de ce qu’elle sera, mais il en est tant qui lui posent des banderilles sans la connaître, qui s’obligent à la détester parce qu’elle leur est nécessaire, qui agissent en toute occasion avec la pire désinvolture, une exemplaire malhonnêteté, que j’ai quelque scrupule à troubler l’ignorance et la mauvaise foi à ce point mêlées. Enorme poche d’envies, la télévision – c’est bien d’elle qu’il s’agit – est superbe, digne, méprisable, cynique, inspirée, haïe, adorée pour la seule et bonne raison qu’elle est le miroir dans lequel chacun se regarde. Et vous conviendrez qu’il est cruel, à tout moment, de recevoir ainsi sa propre image. Elle est l’île la plus habitée du monde. Tous veulent y faire naufrage. Les truands, les politiques, les notables en goguette et même les gentils. Et veillent les requins, les geôliers de tout poil, les juges assassins, autant de fiers affamés.

Dans Tant qu’il y aura des îles, j’ai dit que j’écrirai un jour l’amour que je lui porte, la peine qu’elle me fait et que je me fâcherai car jamais tant d’absurdités ne furent énoncées par d’aussi beaux esprits, jamais on ne publia tant de sottises à propos de quelque chose et de quelques-uns. Mais je ne suis pas sûr que ce temps de la réflexion soit venu. Il importerait qu’un tel essai fût réussi et j’ai besoin de plus d’expérience, de plus de sagesse, peut-être d’un peu moins de colère. Je ne parlerai donc que du Grand Echiquier.

Et si je ne parlais que de Lui, de cette aventure pour nous extraordinaire, de ce chemin difficile choisi parmi tant d’autres, de ces douze années de recherches, de combats, de complicités, de ce pari insensé sur la qualité que nous savions populaire. Dès le départ nous avions fixé nos devoirs, mais seulement à l’égard des téléspectateurs que nous devons privilégier sans pour cela tomber dans la complaisance ou la concessions. Puis-je, vite, me répéter, pour ne plus y revenir, témoigner que certains d’entre nous ont le souci de donner à ceux qui regardent non pas ce qu’ils aiment, mais ce qu’ils pourraient aimer. C’était notre juste ambition et c’est vrai que nous avons emprunté des tas de labyrinthes, que nous nous sommes souvent perdus, que nous avons été parfois éclairés, que nous nous souhaitons toujours en quête. Infatigable poursuite de l’enfance. 

Cet album est une ronde et nous voudrions pouvoir vous y faire participer. Il n’est pas un livre des riches heures mais plutôt un immense tableau à cinq cents facettes où chacun devrait retrouver un peu de son propre parcours… »

 

 
 
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