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Moi et Mister Mac de Esther Freud paraîtra aux Editions Albin Michel le 4 février

1914. Thomas Maggs est un adolescent de 13 ans sensible et rêveur qui vit avec sa sœur et ses parents, gérants d’une auberge dans un village du Suffolk. Sa vie se voit bouleversée lorsque Mr Mac, un Ecossais, arrive au village. Il s’agit d’un architecte célèbre qui forme un couple insolite avec sa femme…

En voici le début:

« Je suis né en haut dans la petite chambre, pas la toute petite avec sa lucarne rampante où je dors aujourd’hui, ni la grande réservée aux invités – les estivants qui nous annoncent par lettre qu’ils arriveront bientôt et combien de temps ils comptent rester. Parfois,il y a aussi des gens qui se reposent ici après une soirée bien arrosée : ceux-là, ma mère les fait toujours payer d’avance, sinon ils prétendent, au réveil qu’ils ne savent pas comment ils sont arrivés dans ce beau grand lit confortable et qu’on les y a sûrement couchés de force. Mais ça, c’est quand hommes et garçons viennent rincer leur goser irrité par les balles de blé, à l’époque des moissons, ou bien au milieu de l’été, lorsqu’ils ont passé la journée à arracher la folle avoine dans les prés de fauche. Moi, c’est en hiver que je suis né, une nuit où la mer se déchaînait, en bas sur la plage, couvrant de ses grondements les cris de ma mère dont j’étais le neuvième enfant.

Mon père était parti chasser le lapin dans le marais de Sogg et il est rentré avec une mauvaise nouvelle : trois pêcheurs de Dunwich s’étaient perdus en mer. L’église, là-bas, sonnait le glas, et ma mère, tout en jurant qu’elle l’entendait à travers la tempête, me serra contre sa poitrine et pleura si fort qu’elle faillit me noyer dans ses larmes.

« Qu’est-ce qui se passe ? lui demanda ma sœur Mary qui l’assistait. Celui-ci non plus, il ne veut pas téter ? »

Mais ma mère lui expliqua qu’elle savait que quelqu’un devait mourir cette nuit-là et que, même si c’était mal, elle était tellement contente que ce ne soit pas moi.

Mon père chargea Mary de dépouiller et vider le lapin puis grimpa se coucher, estourbi par l’alcool qu’il avait bu pour surmonter sa peur.

« On ne peut pas rester couchés tous les deux, dit ma mère en le poussant, sans quoi ce garçon aura survécu pour rien. » Et comme il ne bougeait pas, elle se leva, descendit l’échelle en me laissant près de lui et alluma le feu dans le pub, au cas où quelqu’un serait venu boire un coup. »

 

 
 
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