bientôt: Meurtre à Willow Pond de Ned Crabb

b i e n t ^o t

 

Meurtre à Willow Pond de Ned Crabb
paraîtra le 11 février aux Editions Gallmeister

Sur les rives d’un petit lac du Maine, Alicia et Six Godwin mènent une existence paisible, entre leur librairie et une passion commune pour la pêche. Jusqu’au jour où ils passent le week-end dans le luxueux lodge de leur cousine, qui a réuni toute sa famille pour leur annoncer qu’elle modifiait son testament. Cela nous rappelle un peu Agatha non ? Si ce n’est que l’Amérique a remplacé l’Angleterre, le whisky a supplanté le thé, et que la pêche à la mouche n’était pas l’occupation préférée de Miss Marple !

En voici le début:

« A 6h30, un matin de juillet particulièrement ensoleillé, dans les camps de pêche McCorkle situés au bord de Winsokkett Pond, dans le Maine, dans le troisième camp du nord en remontant le chemin est-ouest qui serpentait sur quatre cents mètres jusqu’à la grande route, à l’intérieur d’une maison où le vrombissement nerveux d’un moulin à café rivalisait avec le concerto matinal des pinsons, fauvettes, moineaux, geais, roitelets et mésanges qui peuplaient les bois épais environnants, Alicia Godwin, professeur de littérature anglaise retraitée, preuve d’un mètre quatre-vingt-huit que l’âge mûr ne diminue pas nécessairement le charme physique, se tenait nue dans la cuisine aux proportions modestes, savourant l’arôme d’un café du Costa Rica fraîchement moulu, tout en regardant Six Godwin, professeur d’histoire retraité, également nu, sortir en souriant de la chambre et se diriger vers elle en passant devant la grande cheminée de pierre et les chaises longues.

-Ahh, articula Six d’un ton professoral, Orphée frappant sa lyre s’éveilla-t-il jamais face à une vision surpassant la tienne ?

-Frappant sa quoi ?

-Sa lyre.

-Je me demandais si j’avais bien entendu.

Six entra dans la cuisine, prit son épouse dans ses bras et contempla le visage qu’il adorait encore après toutes ces années. Peu d’hommes étaient physiquement capables de baisser les yeux vers Alicia, mais il mesurait un mètre quatre-vingt-dix-huit, soit six pieds et six pouces, taille que les amis des Godwin jugeaient exceptionnellement appropriée pour un homme prénommé Six. A peine quinze minutes plus tôt, ils s’étaient étreints de façon plus soutenue. Cela n’empêcha pas le câlin de la cuisine de susciter chez cet Orphée dégingandé une réaction physiologique qui poussa son Eurydice à glousser et à baisser les yeux pour admirer cette ardeur soudaine.

-Doux Jésus, s’exclama-t-elle, n’as-tu pas été rassasié dans notre lit de stupre ?

-La bête sort du bois.

-Ça m’en a tout l’air.

-Reviens-t’en dans notre antre, douce amie.

-Tu ne veux pas un petit café d’abord ?

-Excellente suggestion. C’est quoi, aujourd’hui : Ethiopie, Kenya ou Guatemala ?

-Costa Rica.

-Tout droit venu du flanc des montagnes ?

-Cueilli et emballé avant-hier.

Alica sourit à Six et pinça une de ses pommettes qu’il avait saillantes. En elle aussi, la bête ressortait du bois, pour ainsi dire.

La vie de plein air avait maintenu en forme leur corps long et musclé, désormais embelli par un bronzage intense, fruit de journées au soleil à bord de leur bateau de pêche sur Winsokkett Pond, ainsi que sur d’autres eaux voisines, comme NorthPond, Great Pond, Willow Pond, Lake Salmon et McGrath Pond. Les cheveux d’Alicia avaient prématurément blanchi alors qu’elle venait d’atteindre la quarantaine, et depuis, ceux de Six étaient également devenus blancs. Comme la plupart des amateurs de grand air, ils les portaient tous deux très courts, parachevant l’image d’un couple bien assorti.

Trente ans auparavant, Six et Alicia étaient de jeunes maîtres de conférences récemment nommés – elle enseignait la littérature anglaise, lui, l’histoire – dans la même petite université du Massachusetts. Leurs regards s’étaient croisés pour la première fois alors qu’ils traversaient le campus et chacun avait aussitôt apprécié ce qu’il avait vu. Rien d’étonnant à cela, puisqu’ils étaient physiquement si semblables. Comme on pouvait s’y attendre de deux jeune gens d’une telle stature, ils étaient remarquablement élancés, tout en jambes, en bras et en coudes ; leur visage oblong, dont la beauté n’était certes pas classique, était éclairé par de grands yeux marron et par une large bouche au sourire charmant. »

 
 
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