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isabellespaakUne allure folle de Isabelle Spaak
paraîtra le 12 février aux Editions des Equateurs

 

La romancière Tatiana de Rosnay s’est enthousiasmée pour ce livre, et elle a bien l’intention de créer le buzz sur Twitter et Instagram !
Une femme part sur les traces de sa grand-mère, Mathilde, et de sa mère, Annie, deux personnages à l’allure folle qui furent mises au ban de la société. Elle découvre de vraies héroïnes, des femmes libres et sa quête est plein de surprises…

En voici le début:

« Mathilde vient de filer, j’en suis certaine. Ses flacons, ses huiles, ses poudres, son parfum, tout s’est évaporé à l’instant. Les volets sont baissés. Sur les murs, le plafond, la vasque de l’évier et la baignoire immense creusée à même le sol pour lui donner encore plus d’ampleur, les tesselles de mosaïque turquoise scintillent comme poudrées d’or.

-Vous êtes au courant bien sûr, glisse Charles de Ripsens. Vous savez de qui votre grand-mère était la maîtresse…

Déjà dans le hall d’entrée, il avait attiré mon attention sur la qualité des matériaux, le marbre veinée des cheminées, l’imbrication des bois exotiques, les lattes d’ébène croisées avec le chêne.

Une fortune, insistait Ripsens me faisant apprécier l’argent dépensé dans les années vingt à Bruxelles. Lui qui a acheté cette maison bien plus tard, sur un coup de foudre dès le seuil franchi.

Un achat sans négociation. L’état de la demeure et son pedigree, le mot est-il adapté a une habitation ? l’avaient subjugué.

« L’argent venait d’Italie… Fiat… », lâche Ripsens tandis que nous sortons de la merveilleuse salle de bains, sa voix soudain plus sourde à l’évocation de l’entreprise automobile.

Dans la chambre, je remarque l’alcôve du lit double flanquée des placards en citronnier où Mathilde rangeait son petit linge. Bas, culottes, combinaisons de soie, bretelles de satin amovibles pourvues d’un bouton de nacre.

La pièce est un enchantement avec sa loggia en surplomb d’un jardin de buis clos d’une maçonnerie de briques chaulées, comme souvent à Bruxelles. Tout autour, des roses en espaliers.

Au même étage, la chambre de « Monsieur ». Ripsens prononce « Moâssieur » comme s’il disait « Monsieur, tu parles. » Il n’est pas dupe. Un amant, non un mari logeait ici.

-Je n’ai touché à rien, excepté repeindre en blanc plus moderne tout de même que le tabac d’origine, s’excuse-t-il, soudain mal à l’aise.

Depuis mon arrivée chez lui, je le sens fébrile. Regrette-t-il de m’avoir ouvert sa porte ? Craint-il des reproches ? Vais-je le pousser dehors pour m’installer à sa place ? Revendiquer les lieux puisque dans les moindres détails ils racontent l’extravagance de Mathilde ? Avec ses frasques, ses perles, ses fourrures, ma grand-mère a berné tout le monde. Elle menait grand train, prétendait être mariée, se faisait entretenir, vivait comme elle l’entendait, décampait sans prévenir. »

 

 

 
 
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