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The Whites 
de Richard Price
paraîtra le 24 mars aux Presses de la cité

New York, au milieu des années 90, Billy Graves est un jeune flic au sein d’une section anticriminalité dans le Bronx. Son avenir semble tout tracé jusqu’au jour où il tire accidentellement sur un gamin de dix ans… Après une longue mise au placard, il intègre une petite équipe. Il s’en satisfait jusqu’au jour où un appel téléphonique fait remonter le passé…

En voici le début

« En descendant la 2e Avenue pour se rendre au boulot, Billy Graves s’inquiéta de voir tant de monde : 1h15 du matin et les gens étaient plus nombreux à s’entasser dans les bars qu’à sortir, allant et venant, contraints de se frayer un passage entre les groupes oscillant de fumeurs à moitié pétés qui stationnaient devant les entrées. Les lois antitabac lui hérissaient le poil. Elles ne faisaient que créer des problèmes : elles étaient source de tapage nocturne pour les voisins, elles laissaient assez de place dans les bars exigus pour que les types à embrouille se mettent à cogner. Avec en plus les limousines en extra et les radio-taxis qui tapotaient tous leur Klaxon pour braconner une course.

C’était la Saint-Patrick, le jour le plus pourri de l’année pour l’équipe de nuit du NYPD. La poignée d’inspecteurs dirigée par Billy devait couvrir à elle seule tous les délits criminels dans Manhattan, depuis Washington Heights jusqu’à Wall Street, entre 1 heure et 8 heures du matin, alors que les postes de police locaux étaient déserts. Il y avait d’autres nuits pourries, Halloween et le réveillon du nouvel an pour n’en citer que deux, mais la Saint-Patrick était la plus épouvantable ; la violence la plus brute pouvait éclater sans prévenir. Bagarres à coups de pied, de poing, objets contondants – plus de sutures que de chirurgie, mais pas mal de passages à l’acte très, très méchants.

1h15 du matin. Cette nuit comme les autres, les appels viendraient à toute heure, mais Billy savait d’expérience que le gros de la charge, en particulier les jours de beuverie, se situait entre 3 heures, quand les bars et les boîtes commençaient à fermer et déversaient toute leur clientèle d’un coup dans les rues, et 5 heures, quand même les brutes les plus endurcies arrivaient à bout de carburant et titubaient, au bord de l’inconscience. De toute façon, la ville étant ce qu’elle était, Billy ne savait jamais quand exactement il retrouverait son oreiller. A 8 heures, on pouvait le trouver dans un poste de police à rédiger un rapport pour voies de fait à l’intention de l’équipe de jour, le coupable évaporé dans la nature ou ronflant dans une cellule. Billy pouvait aussi être aux urgences du Harlem Hospital, du Beth Israël ou du St. Luke-Roosevelt, à interroger membres de la famille et/ou témoins en attendant que la victime passe l’arme à gauche ou s’en sorte ; ou bien encore en train de faire lentement le tour d’une scène de crime, les mains dans les poches, fouillant des ordures du bout du pied pour trouver des douilles. Ou bien, si le Seigneur y mettait du Sien et que la circulation était fluide en direction de Yonkers, il pouvait être rentré à temps pour conduire ses gosses à l’école.

Il y avait des inspecteurs tout feu tout flamme, même dans l’équipe de nuit, mais Billy n’en faisait pas partie. Chaque nuit, il espérait surtout que les désordres de Manhattan ne mériteraient pas l’attention de sa brigade, juste des petites merdes qu’on pouvait refiler aux voitures de patrouille. »

 

 

 
 
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