Rosa Montero
Traduit de l'espagnol par Myriam Chirousse
Metailie
Bibliothèque hispanique
janvier 2016
336 p.  22 €
ebook avec DRM 13,99 €
 
 
 

« J’ai besoin de comprendre les raisons qui ont conduit le monde à ça »

Rosa Montero, à l’image de ses livres, est un feu follet, une boule d’énergie. La savoir à Paris pour quelques temps a de quoi ensoleiller n’importe quel après-midi pluvieux ! Imaginez : on la quitte avec Marie Curie (« L’idée ridicule de ne jamais te revoir » janvier 2015) et on la retrouve avec Bruna Husky, détective androïde qui évolue en l’an 2119 et dont « Le poids du cœur », après « Des larmes sous la pluie »(2013), est la deuxième aventure. Parfaitement à l’aise en français, le tutoiement spontanément chaleureux, Rosa nous embarque illico…

Il y a un an, nous étions tous éblouis par votre livre ovni « L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir », mi-essai, mi-récit. On vous retrouve en pleine science-fiction… J’adore la science fiction, et Bruna est le personnage féminin dont je me sens le plus proche. On peut lire « Le poids du cœur » sans connaître le premier épisode et… pour celui (ou ceux) que j’ai encore en tête, ce sera pareil. Elle a une pulsion de vie incroyable, Bruna, c’est pour ça que ce livre est aussi existentiel, métafictionnel, politique, écologique et même une déclaration d’amour… L’art, la beauté, la création littéraire : c’est un roman métisse dans une époque qui l’est tout autant. Un ouvrage hybride.

Bruna est le seul personnage récurrent de votre œuvre ?
Elle est mon univers. Tu sais, je me souviens d’une interview de JK Rowling qui disait qu’après avoir achevé sa saga d’Harry Potter, elle s’était sentie vidée, comme exilée de « son » monde. Qu’elle s’était retrouvée une année sans pouvoir quitter son lit, en pleine dépression. Chaque écrivain a cette ambition-là je pense : créer SON propre univers de toutes pièces, un monde littéraire cohérent, qui lui est propre. Comme romancière, tu es Dieu avec tes personnages et ton histoire, tu éprouves une sensation de puissance créative, presque de toute-puissance. Je voulais avoir mon propre monde, un endroit où je pourrais aller et venir dès que j’en aurais besoin. 

Ecologie, politique nucléaire, amour, art, sens de la vie… beaucoup de nos préoccupations quotidiennes et contemporaines se retrouvent dans ton roman
Tout me préoccupe dans les changements de ces dernières années, tu sais… J’ai commencé à travailler quand j’avais dix-neuf ans, comme journaliste. L’écriture, plus que le journalisme, est mon ossature, ce qui me tient debout : la création littéraire est mon squelette et je m’inspire de ce que je vois comme journaliste. Nous vivons une période très sombre en Espagne, vous en France, et partout en général. Cette guerre que l’on vit contre le terrorisme ne ressemble à aucune autre. Lutter contre l’intégrisme est dur. Je suis désespérée quand je vois la situation des réfugiés, je trouve que l’inaction de l’Europe est une honte… Pour toutes ces inquiétudes-là, je reste journaliste, j’ai besoin de comprendre les raisons qui ont conduit le monde à ça !

Propos recueillis Christine Sallès

 
 
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