b i e n t ^o t

 

Fausse Piste
de James Crumley
(Nouvelle traduction; illustrations de Chabouté)
paraîtra chez Gallmeister le 1er avril

Les éditions Gallmeister rééditent l’œuvre de James Crumley dans une nouvelle traduction. Ce premier titre, « Fausse piste », est traduit par Jacques Mailhos et préfacé par Caryl Férey.
Dans la petite ville de Meriwether, au cœur du Montana, le privé Milo Milodragovitch est sur le point de se retrouver au chômage technique, lorsque la belle Helen Duffy pousse sa porte : son petit frère a disparu depuis plusieurs semaines.

En voici le début
« Le droit est un univers mystérieux. Tout comme les changements suscités par les hommes et le temps. Pendant près de quatre-vingts ans, la seule façon d’obtenir un divorce dans notre Etat était de faire condamner votre conjoint pour un délit grave ou de le prendre en flagrant délit d’adultère. La violence physique ne comptait même pas, pas plus que la folie. Et, pendant les dix premières années qui suivirent ma démission de mon poste dans la police du comté, j’ai bien gagné ma vie sur le dos de ce droit matrimonial archaïque. Puis, dans une frénésie d’activité à la clôture d’une session parlementaire extraordinaire, le législateur m’a mis au chômage en civilisant les lois relatives au divorce. Nous avons désormais le divorce par consentement mutuel. Les partisans et les opposants de cette évolution furent pareillement choqués par la soudaineté de l’action du législateur, mais pas aussi choqués que moi. J’ai passé les deux jours suivants à broyer du noir dans mon bureau, à me saouler en admirant la vue, à évaluer les perspectives que m’offrait mon avenir brutalement assombri. La vue était sensiblement plus belle que mes perspectives.

Mon bureau se trouve au quatrième étage du Milodragovitch Building. J’ai hérité cette tour de mon grand-père, mais l’essentiel des bénefices part engraisser une société de gestion, ma première ex-femme et le patrimoine de ma seconde ex-femme. Il ne me reste qu’un loyer bon marché et une vue magnifique. Du moins les jours où le vent d’est ne nous inflige pas les effluve de l’usine de pâte à papier, et où aucune couche d’inversion ne couvre la Vallée de Meriwether comme un bouchon scellé sur un évent de soufre. Depuis les fenêtres nord, ma vue porte jusqu’aux 1200 hectares d’exploitation forestière que mon grand-père m’a également légués, tout en haut de la vallée de la Hell-Roaring, au pied de la chaîne Diablo. Et depuis les fenêtres ouest, si je fais abstraction de la frange occidentale de Meriwether, la vallée s’évase comme un riche tapis vert courant entre d’abruptes falaises rocheuses. Au nord de la Vallée, le mont Sheba se dresse majestueusement, avec ses neiges éternelles, aussi blanc et conique que la poitrine d’une jeune femme, une femme conçue dans les rêves fatigués d’un orpailleur crasseux, rêves que seuls l’or ou l’argent peuvent acheter. »

 

 

 
 
partagez
partage par email