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L’Heure d’or
de William Nicholson 

paraîtra chez de Fallois le 6 avril

 

Troisième volet d’une trilogie « britannissime », mais qui peut se lire tout à fait indépendemment, « L’heure d’or » se déroule dans le sud de l’Angleterre, sur sept jours pendant lesquels quatre couples vont voir leur jolie petite vie se dérégler.

En voici le début :

« Elle se dirige vers la porte d’entrée, juste derrière lui et, pour la première fois, remarque que ses semelles sont usées sur le bord extérieur. C’est drôle de voir qu’il y a des choses qu’on ne sait toujours pas de quelqu’un, même au bout d’un an. Non, cela fait plus d’un an, maintenant. Lorsqu’ils se sont embrassés pour la première fois, c’était le jour du printemps où il faisait froid et là, c’est le plein été. Derrière elle, la porte se ferme avec un bruit sec. Elle n’a mis ni maquillage ni collants et le soleil de cette fin d’après-midi lui chauffe le visage et les jambes. Jusqu’à présent, c’est un été dont il faudra se souvenir. Les champs jaunes et, au-dessus, le ciel bleu. Cela fait des semaines qu’il n’a pas plu. Il paraît que les arbres donnent des signes de fatigue.

Sur la petite route bordée de ronces, les mûres sont encore trop petites pour être cueillies. Devant elle, Andrew marche à grands pas. Il déplace avec détermination son corps trapu, même si c’est elle qui connaît le chemin, pas lui. Puis, lorsque la petite route débouche sur la grande, il s’arrête pour l’attendre et se retourne pour la regarder. Ce visage doux et laid, ses verres de luenttes non cerclés qui scintillent, ces sourcis comiques. Il arrive à les lever et à les baisser indépendamment l’un de l’autre. La première fois qu’elle l’a vu faire ce tour, elle a ri et s’est dit qu’elle pourrait peut-être l’aimer. A cause de la manière dont il gardait un visage sérieux tout en faisant l’idiot.

« Je me disais… » commence-t-il.

Maggie lève une main et regarde ailleurs, tout en se protégeant les yeux du soleil. Elle entend ce qui va arriver comme on sait que le téléphone va sonner, avant qu’il ne sonne.

Je n’ai pas envie de cela.

Elle éprouve un choc. Elle qui pensait s’être décidée. D’où cela lui vient-il ?

« Prends à droite à l’école, répond-elle. C’est dans le champ, derrière. »

Ils entendent le bruit de la fête du village qui suit son cours, au loin. Une voix forte qui hurle des paroles indistinctes. Le roulement d’une fanfare. Ils passent devant une haute haie derrière laquelle se cache un cottage en silex et en brique, qui date du dix-neuvième siècle. Les fenêtres ont été changées, remplacées par des fenêtres bâties d’un seul tenant, en double vitrage. Les encadrements sont en plastique. C’est illégal.

« Tu vois ces fenêtres, dit-elle en pointant du doigt à travers la haie. C’est sans aucun doute une maison classée au patrimoine historique. C’est une infraction au code de l’urbanisme.

-Beurk ! répond Andrew en regardant.

-On dirait qu’ils ont rendu cette maison aveugle. C’est comme si on lui avait crevé les yeux. »

Elle est sincère, c’est vraiment ce qu’elle ressent. Maggie Dutton, employée à la protection du patrimoine, championne des bâtiments endommagés. Qui exprimera leurs souffrances, sinon elle ?

« Vas-tu les dénoncer ? » demande Andrew.

-Probablement pas. C’est maladroit quand tu habites dans le même village. Et a priori il y a longtemps que les travaux ont été faits. »

Maggie n’est pas une vraie villageoise. Elle n’est que locataire. A Edenfield, les prix sont beaucoup trop élevés pour son salaire. En combinant deux salaires, la question serait différente, évidemment. Dans une semaine, Andrew se lance dans un nouvel emploi, à Lewes. Il quitte son appartememnt londonien pour emménager avec elle. Enfin, c’est l’accord qu’ils ont pris. Ils se sont organisés et ont prévenu leurs amis. Leurs parents ont approuvé. Ils en sont à l’étape suivante, logique,. Mais à présent, elle n’en a pas envie, sans raison, ce qui est scandaleux. Il la regarde en souriant, mais en même temps, il plisse le front d’une façon bien à lui, en se creusant des rides profondes entre les sourcils. Pourquoi sourit-il ? »

 

 

 
 
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