b i e n t Ô t

 

Pourvu que ça brûle
de Caryl Férey 
paraîtra le 5 janvier aux Editions Albin Michel

 

On avait l’habitude de lire ses polars, le voici aujourd’hui dans l’exercice autobiographique avec un carnet de route très rock qui nous emmènera de la Nouvelle Zélande à l’Australie, en passant par l’Indonésie, le Chili ou les Etats-Unis.

 

En voici le début :

« « Merci pour ce que tu as dit tout à l’heure…

-C’est juste la vérité. »

Nous sortions de la conférence de presse du Festival de Cannes et, questionné sur le casting de Zulu, adapté d’un de mes romans, j’avais qualifié Forest Whitaker de « plus grand acteur du monde » devant les journalistes américains – tous blancs.

Si l’on évalue les stars selon leur comportement envers le « petit personnel », Forest Whitaker avait déjà sa Palme d’or ; que ce soit lors du tournage du film en Afrique du Sud avec les techniciens, les gens du township qui n’avaient jamais vu une caméra de leur vie ou avec les employés de l’hôtel Martinez qui nous recevait pour la clôture du festival, l’acteur avait toujours un mot gentil, une prévenance non feinte pour ceux qui l’entouraient, souci de tous les instants révélant une âme noble à la hauteur de son talent. Mais de là à imaginer que j’allais vivre queqlues heures plus tard, avec et en partie grâce à lui, une des émotions les plus intenses de ma vie d’écrivain…

J’ai grandi à des années-lumière des paillettes cannoises, à Montfort-sur-Meu, un village de trois mille habitants au large de Rennes, entouré de vaches analphabètes, de braves ploucs certifiés BZH et de petits bourgeois eighties qui se retrouvaient le dimanche sur les courts de tennis.

Si je lisais déjà avec assiduité ce qui me tombait sous la main, ne ratais aucun film du ciné-club (la télé de l’époque en proposait deux par week-end) et puisque mes émotions dans la musique, comme la plupart des adolescentes de ma campagne le sport était ma principale activité extrascolaire. Le tennis se montrant moins salissant que le football et plus inodore que le judo, je m’investis à fond dans cette lutte technique et mentale ; Noah, Connors ou McEnroe popularisant cette discipline, l’entre-soi ne fut bientôt plus de mise sur les courts de Montfort. Progressant vite, je ne tardai pas à taquiner le revers des bourgeois, qui jusqu’alors n’en subissaient aucun, sous les regards courroucés de leurs femmes réunies dans les gradins. Mais le notaire est roublard. Lors du tournoi annuel, fort de son statut et de ses larges épaules, l’un d’eux imposa pour notre match ses balles orange et jaune, d’une marque probablement nord-coréenne – des balles à la fois lourdes comme des boules de pétanque et s’envolant au moindre lift -, espérant annihiler mes jeunes forces avec des rebonds connus de lui seul.

Niveau classe, on était très loin de Forest Whitaker.

J’avais seize ans et le message du notaire était clair : j’avais intérêt à tenir solidement à mes rêves, car dans la vie on ne me ferait pas de cadeau. »

 
 
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