b i e n t Ô t

 

« La ferme du bout du monde »
de Sarah Vaughan 
paraîtra le 5 avril aux éditions Préludes

On avait adoré son roman précédent, « La meilleure d’entre nous ». Le nouveau livre de Sarah Vaughan se passe en Cornouailles, dans une maison isolée au sommet d’une falaise, qui abrite une famille depuis trois générations, et ses secrets… Alléchant non ?

En voici le début :

« La ferme tourne le dos à l’océan et aux vents violents qui en montent par bourrasques : une longue bâtisse de granit tapie. Depuis plus de trois cents ans elle a été là, surveillant les champs d’orge et les troupeaux de vache Ayrshire, qui paissent lentement, déplacent avec langueur leur masse d’un brun roux tranchant sur le vert luxuriant.

Elle monte la garde, cette ferme, aussi immuable que les rochers, bien plus que les dunes mouvantes, elle regarde la haie qui déborde sur la route et prend au piège les rares automobilistes – car peu s’aventurent jusqu’à ce lieu, qui surplombe, de très haut, la mer. Les détails changent avec les saisons – l’aubépine qui fleurit puis se dépouille, le ciel meurtri par la pluie qui s’illumine ensuite, la récolte rassemblée en meules touffues qui seront entreposées dans la grange… La vue, elle, reste la même : un ruban de route qui s’éloigne de cette position isolée de la côte, monte vers la tapisserie de champs pour rejoindre le cœur de la Cornouailles et le reste de la Grande-Bretagne. Et, au-delà, toujours, la lande qui domine la région, tout en tourbe menaçante, ocre et grise.

Au soleil, ce décor paraît idyllique. C’est une ferme qu’un enfant pourrait dessiner : un toit d’ardoise, un porche blanchi à la chaux, des fenêtres disposées avec une rigueur presque mathématique : une de chaque côté de la porte, et une troisième ajoutée au XVIIIe siècle,  lors de l’agrandissement de la maison. Les proportions sont bonnes. Une construction sûre d’elle, bâtie pour résister au vent qui incline les arbres à angle droit, qui fouette les carreaux à coups de grosses gerbes de pluie, pour supporter hiver sur hiver. Deux cheminées la coiffent et, d’octobre à mai, l’odeur âcre du feu de bois se mêle aux relents puissants de la cour et aux parfums plus délicats de la côte : la puanteur fruitée du fourrage, l’odeur miellée des ajoncs et celle, salée, de l’eau, herbe humide et bouses de vache, camomille et vesce pour le bétail. »

 
 
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