b i e n t Ô t

 

« La menace»
de S.K. Tremayne 
paraîtra le 2 mars 2017 aux éditions des Presses de la Cité

Quand Rachel épouse David, un brillant avocat, elle le suit en Cournouailles, où ils vivent dans un sublime manoir. Cette existence serait parfaite si les lieux n’étaient hantés par l’ombre de la première femme de David, Nina…

En voici le début :

« Les galeries s’étendent sous l’océan. L’image est envoûtante. Les galeries s’étendent sous l’océan. Sur deux kilomètres, sinon plus.

Je suis dans la salle à manger, là où les fenêtres de mon nouveau foyer sont orientées au nord. Le nord, c’est-à-dire l’Atlantique, les falaises du Penwith, et deux profils obscurs. Deux formes jumelles, qui signalent la mine Morvellan : le bâtiment du puits et celui des machines.

Même par une journée de juin sans nuages, comme aujourd’hui, ces ruines ont l’air mystérieusement tristes ou bizarrement réprobatrices. Comme si elles avaient quelque chose à me dire, tout en respectant un devoir de réserve. Leur mutisme est éloquent. Ici, c’est l’Atlantique bagarreur qui fait tout le vacarme ; ses vagues déferlent avec le flux et reflux des marées dans un grondement de tonnerre.

-Rachel ?

Je me retourne. Mon mari se tient dans l’embrasure de la porte. Sa chemise est d’une blancheur éblouissante, son costume – presque aussi sombre que ses cheveux – impeccable, et la barbe naissante n’est plus qu’un souvenir.

-Je t’ai cherchée partout, chérie.

-Excuse-moi. Je déambulais. J’explorais. Quelle maison sublime !

-Notre maison, chérie. Notre maison.

Il sourit, se rapproche, on s’embrasse. Un baiser matinal, le baiser sans arrière-pensée du mari qui part au boulot – n’empêche qu’il m’émoustille, me donne toujours cette sensation angoissante et délicieuse : dire qu’un être humain exerce un tel pouvoir sur moi, un pouvoir auquel j’ai – qui plus est- très envie de me soumettre…

Il me prend la main.

-Alors ce premier week-end à Carnhallow… ?

-Hum…

-Raconte ! Je veux être sûr que tu te sens bien ! Je sais que c’est un défi- l’isolement, tout ce travail qui t’attend. Si tu as des appréhensions, c’est compréhensible…

-Des appréhensions ? Tu plaisantes ? Je jubile ! Je t’adore et j’adore cette maison. Tout me plaît : le défi, Jamie, cette situation à l’écart- tout, tout, tout… !

Je regarde au fond de ses yeux gris-vert, sans ciller.

-David, jamais je n’ai été aussi heureuse. Jamais de toute ma vie. J’ai l’impression d’avoir trouvé la place qui m’était destinée, et l’homme qui m’était destiné…

Qu’est-ce que j’ai à jacasser ainsi ? Qu’est-elle devenue, la fougueuse féministe que j’étais il n’y a pas si longtemps que cela ? Où est-elle passée ? Si mes copines me voyaient.. Il y a six mois, je l’aurais sans doute moi-même engueulée, cette jeune femme qui s’apprêtait à sacrifier sa liberté, son boulot et sa « trépidante vie londonienne » pour épouser un riche veuf. J’entends encore Jessica me charrier avec un plaisir perfide en apprenant ce changement de cap : « Oh là là, ma cocotte, tu épouses le vieux Prince charmant ! » »

 

 

 
 
partagez
partage par email