Louis Calaferte
Gallimard
folio
mars 1990
446 p.  10,40 €
 
 
 

Le festin nu à Biarritz


Illustration de Brigitte Lannaud Levy

 

En baptisant leur librairie « Le festin nu » du titre du roman halluciné de William Burroughs,  Nicolas et Caroline Dupèbe ont imposé d’emblée la forte identité de leur enseigne qu’ils ont ouverte en 2009. Le rêve de ces deux libraires, qui ont fait leurs armes chez Bookstore Biarritz, était de créer un espace chaleureux doté d’un salon de thé-café-épicerie  et animé de façon transversale entre lecture, écriture, arts graphiques, magie et toutes autres disciplines artistiques qui puissent amener vers le livre. Animés d’une curiosité permanente doublée d’un fort éclectisme dans leurs sélections, ils défendent leurs choix avec passion. Là réside leur singularité.  « On marche avant tout à la rencontre  et on aime créer des ponts», nous déclare Nicolas qui nous livre ici ses précieux conseils de lecture.

Quel est votre coup de cœur littéraire  du moment ?
« Une vie de Gérard en Occident » de François Beaune (Verticales) Gérard est un monsieur-tout-le-monde qui vit en Vendée. Il échange avec Aman, un réfugié érythréen en attendant la venue d’une élue locale qui veut rencontrer de vrais gens. C’est sur la base d’un site  qu’il a créé que cet auteur a recueilli des anecdotes sur les Vendéens. Partant de cette matière, il donne une voix pleine de tendresse et d’humour  aux Français. On devrait envoyer ce livre à tous les politiques.

Du côté des auteurs étrangers, que nous recommandez-vous ?
« Dans la forêt » de Jean Hegland ( Gallmeister). Ce livre a été écrit il y a vingt ans et n’avait jusqu’alors jamais été traduit en France. Sur fond d’un monde post-apocalyptique où il n’y a plus d’électricité, ni d’essence, deux adolescentes survivent en auto gestion dans la forêt où elles sont livrées à elles-même.  Il leur reste, pour l’une, la passion de la danse et, pour l’autre, celle de la lecture et du savoir. Ce texte à l’écriture très sensuelle nous renvoie à notre propre condition humaine et raisonne fortement avec les dérives de notre société actuelle.

Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
J’en retiens deux. « Avant que naisse la forêt » de Jérôme Chantreau  (Les Escales). Un homme perd sa mère et va dans le domaine familial de Mayenne, au milieu de la forêt, pour organiser ses obsèques. Nous basculons presque dans le fantastique et la forêt devient un personnage littéraire à part entière.  Les souvenirs et les sensations se mélangent, l’écriture est tout aussi belle que sensible. Le second qui aurait pu être écrit par un auteur américain, c’est « L’été des charognes » de Simon Johannin (Allia). L’auteur s’inspire de sa propre histoire pour nous livrer une sorte de guerre des boutons version white trash. C’est violent, sauvage. La langue instinctive est très poétique. Ce roman est un vrai coup de boule.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez depuis toujours avec ferveur ?
Il y a en tellement, mais je choisis « Septentrion » de Louis Calaferte (Folio). Je lui dois beaucoup dans mon parcours de jeune lecteur. Je l’ai relu  il y a deux ans,  il n’a pas vieilli. Ce texte subversif est un véritable cri de révolte qui, à l’époque, remettait l’ordre social en cause et dérangeait beaucoup. Il raconte les errances d’un apprenti écrivain qui se réfugie clandestinement dans les livres alors qu’il est ouvrier à l’usine. Il a une écriture tout simplement radicale qui n’appartient qu’à lui.

Quel roman vous êtes-vous promis de lire ?
Je l’ai abandonné tant de fois. Pas parce que je n’aimais pas, juste par ce que ce n’était jamais le bon moment. C’est « Le Quatuor d’Alexandrie » de Lawrence Durrell (Le livre de poche). Et je compte bien m’y replonger.

Une brève de libraire :
Elle est liée au nom, « Le festin nu », qui porte à confusion. Certains pensent que l’on est un restaurant et appellent pour réserver une table. D’autres après coup nous ont avoué qu’ils croyaient au début que c’était un magasin de livres pornographiques et qu’ils n’osaient pas pousser la porte.

Propos recueillis par Brigitte Lannaud Levy
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Librairie Le Festin nu
25 avenue du Maréchal Foch
64200 Biarritz
05 59 24 96 39

 
 
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