b i e n t Ô t

 

« Ragdoll»
de Daniel Cole 
paraîtra le 9 mars 2017 aux éditions Robert Laffont (collection La Bête Noire).

Un cadavre composé de six victimes démembrées, assemblées par des points de suture, a été découvert par la police. La presse l’a aussitôt baptisé « Ragdoll », la poupée de chiffon. Tout juste réintégré à la Metropolitan Police de Londres, l’inspecteur Fawkes dirige l’enquête sur cette affaire, aidé par son ancienne coéquipière, l’inspecteur Baxter. Chaque minute compte car le tueur a diffusé une liste de personnes qu’il avait prévu d’assassiner. 

En voici le début :

« Samantha Boyd se faufila sous le ruban de signalisation de la police et jeta un œil, tandis qu’elle se redressait, vers la tristement célèbre Haute Cour Criminelle de Londres. Perchée à la pointe du dôme d’Old Bailey, la statue de La Justice ne lui apparaissait plus désormais comme un symbole de puissance et d’intégrité, mais pour ce qu’elle était vraiment : une femme désespérée ayant perdu toutes ses illusions, prête à sauter dans le vide et à s’écraser sur le sol. Le bandeau dont sont d’ordinaire affublées ces statues, censé leur couvrir les yeux, avait ici été omis. Ça tombait bien. Depuis les récentes affaires de racisme et de corruption au sein de la police, le concept même de « justice aveugle » en avait pris un sacré coup.

Face à la nuée de journalistes qui s’étaient abattus sur le quartier, les rues et les stations de métro alentour avaient de nouveau été fermées, jusqu’à transformer ce coin animé du cœur de Londres en un étrange bidonville grouillant de cadres de la classe moyenne. Les trottoirs étaient jonchés de détritus d’emballages de sandwichs Marks & Spencer ou Prêt à Manger. Un bourdonnement de rasoirs électriques assurait le bruit de fond, des sacs de couchage de marque étaient roulés et repliés avec soin pendant qu’un type en chemise et cravate, pourtant équipé d’un fer à repasser de voyage, peinait à dissimuler qu’il avait dormi là, tout habillé.

Samantha fendit la foule, mal à l’aise. Elle était en retard, et les six minutes de marche rapide depuis Chancery Lane l’avaient fait transpirer. Elle avait trop serré sa coiffure en voulant remonter sa chevelure blond platine avec des épingles, dans une tentative dérisoire de changer d’apparence. La presse avait identifié dès le début celles et ceux qui étaient en rapport avec le procès, et il va sans dire qu’au quarante-sixième jour d’audience, Samantha avait eu droit aux honneurs des plus grands quotidiens internationaux. Elle avait même été obligée de prévenir la police lorsqu’un journaliste trop zélé l’avait suivie jusqu’en bas de chez elle, à Kensington, refusant obstinément de décamper. Résolue à ne plus jamais attirer l’attention, Samantha accéléra le pas, tête baissée. »

 

 
 
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