b i e n t Ô t

 

« Selfies »
de Jussi Adler-Olsen 
paraîtra le 6 avril 2017 aux éditions Albin Michel

Dans ce septième volume des aventures du Département V, nous retrouvons le trio formé par l’inspecteur Carl Morck et ses assistants Assad et Rose. Mais Rose, rattrapée par son passé, est internée dans un hôpital psychiatrique. Difficile donc pour elle d’enquêter sur cette vague de crimes qui déferle sur Copenhague, où un serial chauffard s’attaque à des femmes jeunes, jolies et pauvres…

En voici le début :

« Elle ne savait pas depuis combien de temps elle donnait des coups de pied dans les amas gluants de feuilles mortes. Elle savait seulement que ses bras nus étaient devenus glacés et que les cris venant de la maison résonnaient de tant de colère et de méchanceté qu’elle en avait mal dans la poitrine. Elle avait envie de pleurer, mais ça, c’était hors de question.

« Tu vas avoir la figure toute ridée, Dorrit », lui aurait dit sa mère qui aimait lui enseigner ce genre de conseils.

Dorrit contempla les larges sillons noirs qu’elle avait creusés dans les tas de feuilles recouvrant la pelouse et se remit à compter les fenêtres et les portes qui trouaient la façade. Elle en connaissait le nombre par cœur, mais c’était une bonne façon de passer le temps. Deux portes à double battant, quatorze grandes fenêtres, quatre fenêtres étroites donnant sur le sous-sol et si elle comptait toutes les vitres, elle arriverait au nombre de cent quarante-deux.

Je sais compter jusqu’à beaucoup, songea-t-elle, fière d’elle. Elle était la seule de sa classe à être capable de compter aussi loin.

Elle entendit la porte du sous-sol de l’aile est grincer sur ses gonds, ce qui n’était pas  bon signe.

« Je m’en fiche, je ne rentrerai pas », murmura-t-elle pour elle-même en voyant la femme de chambre marcher dans sa direction.

Le fond du jardin était envahi de buissons et de coins sombres où elle avait l’habitude de se cacher pour rester toute seule, pendant des heures si nécessaire. Mais cette fois, la domestique la prit de vitesse et la main qu’elle referma sur son poignet était dure et sans appel.

« Tu es complètement folle, Dorrit. A quoi est-ce que tu penses? Te promener dehors avec tes jolis souliers! Mme Zimmerman sera très en colère en voyant que tu les as salis. Tu le sais pourtant! »

 

Elle se tenait debout en chaussettes devant le canapé, mal à l’aise sous le regard des deux femmes qui avaient l’air de ne pas comprendre ce qu’elle faisait là.

Sa grand-mère avait une expression glaciale, annonciatrice de tempête, et le visage de sa mère était larmoyant et hideux. Aussi ridé que celui qu’elle prédisait à sa fille.

« Pas maintenant, ma petite Dorrit. Ta grand-mère et moi avons des choses à nous dire, pleurnicha-t-elle.

-Où est papa ? » demanda Dorrit.

Les deux femmes échangèrent un regard. Sa mère lui fit soudain penser à une petite souris apeurée, traquée dans l’angle d’un mur. Ce n’était pas la première fois qu’elle la voyait ainsi. »

 
 
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