b i e n t Ô t

« Tout un été sans facebook»
de Romain Puértolas 
paraîtra le 4 mai 2017 au Dilettante

Romain Puértolas a une imagination qui déborde et un sens du loufoque inégalable. Nous avions beaucoup aimé « L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea« . Le voici aujourd’hui qui se lance dans un polar « américano-puertolien », et ça promet !

En voici le début :

« Au fin fond d’une clairière au fin fond de l’Amérique, au bout d’une route sinueuse qui serpente pendant des kilomètres et des kilomètres le long des Rocheuses, se trouve, taillé dans ce qui fut un jour le tronc d’un sapin millénaire, un petit panneau signalétique rectangulaire de soixante centimètres sur quarante.

Caché derrière, par le jeu des angles et de la perspective, un village de cent cinquante âmes, invisible depuis le ciel et coupé du monde, retient son souffle. Situé dans un cul-de-sac, on ne s’y rend qu’à propos, ou, plus communément, lorsqu’on se perd. Le maire, réticent à tout type de tourisme sur ses terres, a fait construire cent quatre-vingt-dix-huit ronds-points afin de permettre aux malheureux qui s’y seraient engouffrés par erreur de faire demi-tour à tout moment. Mais lorsqu’on pense trop aux étrangers, on en oublie ses propres électeurs. Une étude locale récente a révélé que traverser le village d’un bout à l’autre aurait sur une personne de constitution normale l’effet d’un tournis équivalent à l’ingurgitation de deux bouteilles et demie de champagne français et que la moitié de la population souffrirait de torticolis chronique. »
On raconte que c’est en jouant au golf et en cherchant sa balle perdue que Remington Brown aurait découvert ce havre de paix, en 1863, après deux jours de marche dans le terrible désert de Gibson puis trois de pirogue sur la North River. Était-ce par ténacité ou avarice, nul ne le sait, mais tous les spécialistes sportifs s’accordent à dire qu’il avait un sacré swing.

Soucieux de s’épargner la route en sens inverse, il décida de s’installer à l’emplacement exact où il avait trouvé sa petite balle de caoutchouc naturel issu des feuilles de l’hévéa, à savoir dans la gueule d’un crocodile, avec la peau duquel il avait fini par se confectionner de belles bottes, toujours exposées au musée local.

 
 
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