b i e n t Ô t

« Quand sort la recluse»
de Fred Vargas  
paraîtra le 10 mai 2017 aux Editions Flammarion

Fred Vargas accélère le rythme. Deux ans seulement après la parution de « Temps glaciaires », elle publie son nouveau roman. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, on retrouve Adamsberg, Danglard et toute la compagnie pour élucider de mystérieux assassinats.

En voici le début :

« Adamsberg, assis sur un rocher de la jetée du port, regardait les marins de Grimsey rentrer de la pêche quotidienne, amarrer, soulever les filets. Ici, sur cette petite île islandaise, on l’appelait « Berg ». Vent du large, onze degrés, soleil brouillé et puanteur des déchets de poisson. Il avait oublié qu’il y a un temps, il était commissaire, à la tête des vingt-sept agents de la Brigade criminelle de Paris, 13e arrondissement. Son téléphone était tombé dans les excréments d’une brebis et la bête l’y avait enfoncé d’un coup de sabot précis, sans agressivité. Ce qui était une manière inédite de perdre son portable, et Adamsbert l’avait appréciée à sa juste valeur.

Gunnlaugur, le propriétaire de la petite auberge, arrivait lui aussi au port, prêt à choisir les meilleures pièces pour le repas du soir. Souriant, Adamsberg lui adressa un signe. Mais Gunnlaugur n’avait pas sa tête des bons jours. Il vint droit vers lui, négligeant le début de la criée, sourcils froncés, et lui tendit un message.

Fyrir pig, dit-il en le montrant du doigt. (Pour toi)

Eg ? (moi ?)

Adamsberg, incapable de mémoriser les rudiments les plus enfantins d’une langue étrangère avait acquis ici, inexplicablement, un bagage d’environ soixante-dix mots, le tout en dix-sept jours. On s’exprimait avec lui le plus simplement possible avec force gestes.

De Paris, ce papier venait de Paris forcément. On le rappelait là-bas, forcément. Il ressentit une triste rage et secoua la tête en signe de refus, tournant son visage vers la mer. Gunnlaugur insista en dépliant le feuillet puis en le lui glissant entre les doigts.

Femme écrasée. Un mari, un amant. Pas si simple. Présence souhaitée. Informations suivent.

Adamsberg baissa la tête, sa main s’ouvrit et laissa filer la feuille au vent. Paris ? Comment cela, Paris ? Où était-ce, Paris ?

-Un mort ? demanda Gunnlaugur

-Oui.

-Tu pars, Berg ? Tu pars ?

Adamsberg se redressa pesamment, leva le regard vers le soleil blanc.

-Non, dit-il.

-Si, Berg, soupira Gunnlaugur.

-Oui, admit Adamsberg.

Gunnlaugur lui secoua l’épaule, l’entraînant avec lui.

-Boire, manger.

-Oui.

Le choc des roues de l’avion sur le tarmac de Roissy-Charles de Gaulle lui déclencha une migraine subite, telle qu’il n’en avait pas connu depuis des années, en même temps qu’il lui semblait qu’on le rouait de coups. C’était le retour, l’attaque de Paris, la grande ville de pierre. A moins que ce ne fussent les verres avalés la veille pour honorer son départ, là-bas, à l’auberge. Ils étaient poutant bien petits, ces verres. Mais nombreux. Et c’était le dernier soir. Et c’était du brennivin.

Un regard furtif par le hublot. Ne pas descendre, ne pas y aller.

Il y était déjà. Présence souhaitée. »

 

 
 
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