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« Les jours enfuis»
de Jay McInerney  
paraîtra le 11 mai 2017 aux Editions de l’Olivier

Derrière les apparences (vernissages à succès, loft à TriBeCa et vacances dans les Hamptons), la réalité est moins souriante et le couple formé par Russell et Corrine connaît de nouvelles turbulences.
Les héros de Jay McInerney ont vieilli et le New York des années Obama se réveille avec la gueule de bois. Ce nouveau roman s’annonce comme l’événement du printemps.

En voici le début :

« Autrefois, il n’y a pas si longtemps, les jeunes gens rejoignaient la grande ville parce qu’ils aimaient les livres, qu’ils voulaient écrire des romans, des nouvelles ou même des poèmes, ou parce qu’ils rêvaient de participer à leur fabrication et à leur diffusion, et de travailler avec ceux qui les avaient créés. Manhattan apparaissait, aux yeux de ceux qui hantaient jadis les bibliothèques de banlieue et les librairies de province, comme l’île enchantée du monde des lettres. New York, New York : ces lettres s’étalaient sur les couvertures, c’était la ville d’où provenaient les livres et les magazines, là où se trouvaient toutes les maisons d’édition, les locaux du New Yorker et de la Paris Review, là où Hemingway avait mis son poing dans la figure d’O’Hara, où Ginsberg avait séduit Kerouac, Hellman intenté un procès à McCarthy et Mailer cogné tout le monde, là où – du moins était-ce ainsi qu’ils se l’imaginaient – les assistants d’édition prenaient leur travail à cœur et les futurs romanciers fumaient dans des cafés en récitant du Dylan Thomas. Le grand poète avait rendu l’âme au St Vincent Hospital après avoir ingurgité dix-sept whiskys à la White Horse Tavern, où on continuait à offrir à boire aux touristes et aux écrivains en herbe qui affluaient là pour lever leur verre en hommage au barde gallois. Ces rêveurs appartenaient au peuple du livre, ils vénéraient les textes sacrés de New York : Chez les heureux du monde, Gatsby le Magnifique, Petit déjeuner chez Tiffany, etc. mais aussi tout ce qui allait avec : les histoires d’amour ou la mythologie qui y étaient liés – les liaisons et les addictions, les querelles et les bagarres à coups de poing. Comme tout le monde dans leur « sale bahut », ils avaient lu L’Attrape-Cœurs, mais au contraire des autres, ils en avaient été profondément ébranlés – ce roman leur parlait dans leur propre langue – et ils avaient formé en secret le projet de partir vivre à New York et d’écrire un roman qu’ils intituleraient Où vont les canards en hiver, ou tout simplement Canards en hiver.

Russell Calloway était l’un d’eux. Originaire d’une petite ville de banlieue du Michigan, il avait connu une véritable épiphanie quand son professeur d’anglais, en classe de troisième, leur avait fait lire « Fern Hill » de Dylan Thomas., ensuite de quoi il avait décidé de consacrer sa vie à la poésie jusqu’à ce que Portrait de l’artiste en jeune homme de Joyce le convertisse au roman. Sur la côte Est, il était allé à Brown Université, déterminé à acquérir les compétences qui lui permettraient d’écire « le » grand roman américain, mais après avoir lu Ulysse – qui rendit par la suite la plupart de ses lectures décevantes – et comparé les premières nouvelles qu’il avait essayé d’écrire à celles de Jeff Pierce, son camarade de cours, il résolut qu’il avait davantage l’étoffe d’un éditeur, comme Maxwell Perkins, que d’un Fitzgerald ou d’un Hemingway. »

 
 
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