b i e n t Ô t

« Sharko»
de Franck Thilliez 
paraîtra le 11 mai 2017 aux éditions Fleuve noir

Lucie Henebelle et Franck Sharko, flics au 36 quai des Orfèvres, mariés et parents de deux petits garçons doivent enquêter autour d’un meurtre. Banal. Ce qui l’est moins, c’est que ce sont eux qui l’ont commis ce meurtre. Lucie, en dehors de toute procédure légale, a dû tuer un homme. Et Franck a maquillé la scène de crime…

En voici le début :

« L’homme avait trouvé son maître sur l’échelle des prédateurs : le requin, fruit de millions d’années du travail de la nature, remarquable conclusion d’une évolution sans faille. Une machine aux multiples rangées de dents, à la silhouette aérodynamique parfaite, capable de sentir une goutte de sang diluée dans une piscine olympique. Un générateur de peur.

La peur… Elle aussi, rescapée du fond des âges, gardienne de la survie des espèces. En ce moment même, elle saisissait à la gorge le jeune Lucas, ridicule petit bonhomme sous les grands ventres blanc et gris qui glissaient au-dessus de sa tête. Cette peur, c’était la première fois qu’il la ressentait avec une telle intensité, comme si de minuscules archers tendaient chacun de ses muscles pour qu’il prenne ses jambes à son cou. Même protégé par des vitres en métacrylate de plus de vingt centimètres d’épaisseur, l’enfant se serrait contre la cuisse de son père, chez qui les terreurs de jeunesse avaient laissé place à la fascination depuis longtemps.

Tout comme les visiteurs à ses côtés, Philippe aimait défier les monstres, en sécurité dans l’une des attractions principales de l’aquarium Océanopolis. De ce fait, il approchait son visage au plus près de la vitre, ses yeux enfoncés dans ceux glacés des requins-zèbres, taureaux, marteaux et tigres. Ces derniers étaient les plus impressionnantes de tous. Certes, l’animal n’était pas le grand blanc créé par Spielberg, mais il n’avait rien à lui envier : quatre mètres, cinq cents kilos, des centaines de dents recourbées pouvant déchiqueter un être de la constitution de Lucas en trois coups de mâchoires.

Une clameur s’éleva dans la foule lorsqu’un chapelet de bulles perturba l’apparente quétude du colossal aquarium. C’était pour ça qu’ils se réunissaient tous ici : vivre la peur par procuration. Un saut infernal dans la grande émotion du danger.

La silhouette d’un plongeur se dessina au fond du bassin, slalomant entre les rochers à renforts de lents battements de palmes. Il s’approcha de la vitre, adressa un signe d’amitié au public et appuya sur un bouton du cadran fixé à son poignet. Philippe reconnut un appareil utilisé pour mesurer le rythme cardiaque. L’homme-grenouille alla collecter des dents dispersées au sol, sous l’œil attentif d’un collègue dont on devinait à peine l’ombre à la surface du bassin, six mètres plus haut. Présent pour la sécurité. Au cas où.

Lucas renforça son étreinte autour de la jambe de son père.

-Il est fou ! Ils vont le manger !

Philppe ne releva pas – ce faux suspense qui terrifiait son fils l’amusait. Il savait que les prédateurs naviguaient repus, qu’ils ne développeraient aucune forme d’agressivité envers le soigneur. Pourquoi trembler ? Triste spectacle en définitve que ce plongeur nageant avec des requins gavés et dont la plupart ne présentaient aucun danger.

Il observa d’un œil discret les visiteurs à proximité. Pourquoi s’agglutinaient-ils tous là, si nombreux, à observer cet homme en tenue ridicule ramasser des stupides morceaux d’émail ? N’entretenaient-ils pas l’espoir, comme lui, qu’il se passe quelque chose ? A bien y regarder, les prédateurs ne paradaient pas qu’à l’intérieur de l’aquarium.

Traversé par un bref courant de honge, Philippe prit son fils par la main.

-On y va. On va aller manger une glace.

Lucas apprécia la proposition. A 7 ans, il préférait sans commune mesure les boules vanille aux requins. Ils avaient à peine fait trois pas qu’une nouvelle clameur agita la foule.

-Le couteau ! »

 

 
 
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