Lola Lafon
Actes Sud Editions
août 2017
238 p.  19,80 €
ebook avec DRM 14,99 €
 
 
 

i   n   t   e   r   v   i   e   w
Lola Lafon

« Comment combat-on un monde immoral,
comment se bâtit-on un regard critique ?
C’est cela qui m’intéresse »

 

Après « La petite communiste qui ne souriait jamais » dans lequel elle romançait l’étonnant destin de l’athlète Nadia Comaneci, Lola Lafon se lance cette fois un autre pari: raconter la destinée de Patricia Hearst, la fille du magnat de la presse qui, après avoir été enlevée, a pris fait et cause pour ses ravisseurs. Cette histoire est mise en regard d’autres enlèvements de femmes (ceux de Mercy et Mary, capturées par des indiens au siècle précédent), et elle est vue à travers deux personnages, Gene Neveva une chercheuse américaine, et Violaine, sa jeune assistante française. Toutes les deux doivent travailler sur le cas Patricia Hearst dont le procès pour avoir participé à un hold up s’ouvre bientôt. Mandatées par la famille, elles doivent prouver que Patty n’est qu’une victime. Leur enquête les mènera bien ailleurs…

En quoi cet enlèvement, qui s’est produit en 1974, vous a-t-il intéressée ?
Un jour, je suis tombée par hasard sur cette célèbre photo de Patricia Hearst avec un fusil. Cette image a été très pop, beaucoup utilisée par les milieux de la mode et de la musique. A peu près en même temps, j’ai été invitée à un colloque à Smith College, aux Etats-Unis. J’ai visité le village voisin, Deerfield, célèbre parce qu’au cours des 18e et 19e siècles des jeunes filles ont été enlevées par des Indiens. Plusieurs d’entre elles ne sont jamais revenues, parce qu’elles ne voulaient pas revenir. Elle l’ont écrit, se sont expliquées dans des livres devenus des best-sellers. Et ces histoires ont même donné naissance au « Dernier des Mohicans» de James Fenimore Cooper.

Le cas Patricia Hearst est bien sûr beaucoup plus connu pour nous. Qu’en saviez-vous ?
Ce que la presse en avait écrit, mais j’ai découvert ce qu’elle en avait dit. Elle insiste pour dire qu’elle va bien et que c’est l’indifférence de sa famille qui lui fait mal. La mère porte le deuil de sa petite fille alors qu’elle est vivante, le père marchande la rançon… Tant qu’elle était une victime, l’Amérique se sentait rassurée, mais à partir du moment où elle comprend les motivations de ses ravisseurs (donner à manger aux plus démunis), elle se rebelle, devient l’idole des adolescents, donc dangereuse. On ne lui pardonnera pas de tourner le dos à sa famille, à ses origines. 

L’histoire de Patricia Hearst est un récit dans le récit. Car vos deux autres personnages, Gene et Violaine sont aussi, voire plus importants.
Ce qui m’intéresse, ce sont les questions que l’on se pose: comment combat-on ce monde immoral ? Comment se bâtit-on un regard critique? Voici le genre de choses que se demandent les deux femmes à travers le destin de Patty, Mercy et Mary. Ici, l’écueil était de ne pas tomber dans la fascination pour la petite fille riche qui devient révolutionnaire.  

Est-ce que ce roman a été difficile à écrire ?
Comme toujours! Je fais un million de plans. J’ai une idée, je suis contente, puis je trouve le sujet impossible, et je sombre dans le désespoir. Désespoir qui se transforme ensuite en rage contre moi-même pour m’être mise dans une telle situation. Lorsqu’enfin je ne me plains plus, c’est bon signe, mais à partir de ce moment je renonce à toute vie sociale. C’est la raison pour laquelle je ne publie un livre que tous les trois ans

Propos recueillis par Pascale Frey

 
 
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