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« Une colonne de feu »
de Ken Follett  paraîtra le 14 septembre 2017 aux Robert Laffont

Ils ne sont pas moins de cinq traducteurs à s’être emparé du nouveau roman (923 pages tout de même) très attendu de Ken Follett. L’auteur de l’emblématique best-seller, « Les Piliers de la terre » considéré comme l’inspirateur de la série « Game of Thrones », renoue avec la ville de Kingsbridge deux siècles plus tard, au moment de l’accès au trône d’Elizabeth 1ère.

En voici le début :

« Ned Willard arriva à Kingsbridge, sa ville natale, en pleine tempête de neige.

Il avait remonté lentement le fleuve depuis le port de Combe dans la cabine d’une barge chargée de drap d’Anvers et de vin de Bordeaux. Quand il estima qu’ils devaient approcher de Kingsbridge, il serra sa grande cape française plus étroitement autour de lui, rabattit le capuchon sur ses oreilles, sortit sur le pont ouvert et regarda devant lui.

Il fut tout d’abord déçu : il ne voyait que la neige qui tombait. Mais son désir d’apercevoir la ville était comme une douleur et il lissa les yeux dans les rafales, frémissant d’espoir. Enfin, son vœu fut exaucé : la tourmente s’apaisa. Une échappée de ciel bleu apparut soudain. Portant le regard au-delà des cimes des arbres qui l’entouraient, il distingua la tour de la cathédrale – haute de quatre cent cinq pieds, comme le savaient tous les écoliers de Kingsbridge. L’ange de pierre qui veillait sur la ville depuis le sommet de la flèche avait aujourd’hui les ailes ourlées de neige, et l’extrémité des plumes avait viré d’un gris tourterelle à un blanc éclatant. Sous les yeux de Ned, un rayon de soleil fugace frappa la statue et la neige en renvoya l’éclat, telle une bénédiction ; puis la tempête reprit de plus belle, et l’ange disparut.

Pendant un moment, Ned ne vit plus rien que des arbres, mais un flot d’images lui envahissait l’esprit. Il allait retrouver sa mère après une absence d’un an. Il ne lui dirait pas combien elle lui avait manqué : à dix-huit ans, un homme devait être indépendant et n’avoir besoin de personne.

Celle qui lui avait le plus manqué pourtant était Margery. Il s’était épris d’elle au mauvais moment, quelques semaines seulement avant de quitter Kingsbridge pour aller passer un an à Calais, un port sous domination anglaise situé sur la côte nord de la France. Il connaissait depuis toujours la fille malicieuse et intelligente de sir Reginald Fitzgerald. Mais elle avait grandi, et son espièglerie s’était parée de nouveaux attraits. Il était arrivé à Ned de se surprendre à l’église, les yeux rivés sur elle, la bouche sèche et le souffle court. Alors qu’il se serait contenté de la dévorer du regard, car elle avait trois ans de moins que lui, elle n’avait que faire de tels scrupules. Ils s’étaent embrassés dans le cimetière de Kingsbridge, dissimulés derrière la tombe massive du prieur Philip, le moine qui avait commandé la construction de la cathédrale quatre siècles auparavant. Leur long baiser passionné n’avait rien eu d’enfantin ; puis elle s’était enfuie dans un éclat de rire.

Elle lui avait accordé un nouveau baiser dès le lendemain. Et le soir qui avait précédé le départ de Ned pour la France, ils s’étaient avoué leur amour. »

 
 
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