Librairie Saint Christophe (Lesneven) - onlalu
   
 
 
 
 
 
Gabriel García Márquez
Points
novembre 2014
430 p.  10,95 €
 
 
 

 Illustration de Brigitte Lannaud Levy

Sa passion pour la littérature devenant un toc, un jour Jean-François Delapré s’est dit : « Je vais arrêter d’acheter des livres, je vais acheter une librairie ». C’est ainsi qu’en 1991, ce fou de lecture est devenu libraire au pays des légendes bretonnes en reprenant la Librairie Saint Christophe à Lesneven. C’est en conteur né qu’il nous livre l’histoire de cette enseigne qui a vu le jour en 1946 par la volonté d’un homme hors du commun : Joseph Dourmap.  Alors que ce dernier était monté sur un pylône de ligne à haute tension pour une réparation, il reçut une décharge de 20.000 volts et fut amputé de ses membres du côté droit : bras et jambe. Il s’en sortit de justesse quoique sévèrement handicapé et pensa devoir sa vie à une médaille de St Christophe que sa mère lui avait déposée sur son lit d’hôpital alors qu’il luttait entre la vie et la mort.  Avec l’humour qui le caractérise, il disait « comme quoi, tout n’était pas grillé chez moi » puisqu’au sortir de son cauchemar, alors qu’il était lourdement handicapé, il rencontra celle qui deviendra sa femme et lui donnera cinq enfants. Lorsqu’il créa la première librairie religieuse de Bretagne, il la baptisa tout naturellement du nom de son sauveur : St Christophe. Quatre décennies plus tard, Jean-François Delapré ancien client, lecteur passionné, rachète la librairie et en fait une enseigne généraliste qui propose aujourd’hui 18.000 références sur 160 mètres carrés. Souvent on lui demande les raisons de ce nom religieux.  Il l’a gardé  pour avoir le plaisir tout simplement de raconter le destin extraordinaire du père fondateur de ce lieu, devenu une  figure légendaire du coin et à qui il aime ainsi rendre hommage au fil du temps.  Rencontre avec un passeur d’histoire aussi passionné que passionnant.

Quel roman nous conseillez-vous de lire ?
« Nos richesses » de Kaouther Adimi (Le Seuil). Edmond Charlot a 21 ans lorsqu’il ouvre en 1931 sa minuscule librairie baptisée « Les vraies richesses ». Son idée était  de publier des auteurs inconnus. C’est ainsi qu’il devient l’éditeur du premier texte d’Albert Camus. Ce roman est une magnifique histoire d’amour avec la littérature. Il est étonnant de voir cet auteur, ce petit bout de femme, porter un tel livre et sortir de l’oubli cette figure marquante de la littérature du 20e siècle. Très impressionnant.

Et du côté des auteurs étrangers, que nous recommandez-vous ?
« Ör » de Audur Ava Ólafsdottir (Zulma). Un roman extraordinaire. Ör signifie cicatrice en Islandais. C’est l’histoire d’un homme d’une cinquantaine d’années qui pense avoir raté sa vie, et de trois femmes: son ex, sa fille et sa mère. Il n’aime rien tant que réparer, restaurer. Aussi au bout du rouleau, il part réinventer sa vie avec sa caisse à outils dans un pays ravagé par la guerre. Il atterrit en zone de conflit dans un hôtel décati tenu par deux jeunes. Là,  il va réparer des petites choses, mais qui en temps de guerre ont une immense valeur. Un roman avec lequel on s’évade et  qui fait un bien fou.

Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
« Le courage qu’il faut aux rivières » d’Emmanuelle Favier (Albin Michel). Un texte étonnant. En Albanie, des femmes refusent de se marier. Elles compressent leurs seins,  se travestissent en hommes et acquièrent ainsi les droits octroyés au sexe dit fort. Dans ce pays, c’est tout à fait normal et accepté. L’héroïne de cette histoire, une femme-homme va tomber amoureuse d’une femme. Se pose alors la question de l’identité, du genre et de la sexualité. Cet auteure a une grande finesse dans l’approche psychologique de ses personnages. Tout est écrit dans la nuance.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez depuis toujours avec ferveur ?
« Cent ans de Solitude » de Gabriel Garcia Márquez (Points). C’est à lui que je dois d’être devenu libraire. Pour moi ce chef d’œuvre résume toute la littérature, il contient du fantastique, une géographie, une écriture, une folie. D’un livre j’attends qu’il me raconte tout simplement une histoire. Et là quelle histoire ! Je l’ai lu une dizaine de fois et j’avoue que je l’ai volé dans une librairie brestoise. J’avais révélé ce larcin honteux à Marie Paul Kermarec de Dialogues à Brest. Et elle a eu ce mot  plein de philosophie: « Le jour où on ne nous volera plus de livres, c’est que le livre est mort ».

Une brève de librairie :
En 2000, j’étais  au Salon du livre, le Portugal était le pays  invité d’honneur. Je gérais un stand de ce pays et accueillais les auteurs en dédicace.  Arrive un homme d’une rare élégance portant des lunettes d’écaille qui me demande où il était possible de prendre un café. Je ne le connais pas et le reconnais encore moins. Je l’accompagne et il m’offre de m’asseoir avec lui et m’offre un café. Il était d’une gentillesse et d’une immense simplicité. Plus tard je découvre que c’était José Saragamo, un auteur majeur de la littérature de la fin du 20e siècle qui avait été Nobel de littérature.

Propos recueillis par Brigitte Lannaud Levy
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Librairie Saint Christophe
11 rue du Général de Gaulle
29260 Lesneven
02 98 83 01 97

 

 

 
 
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