Crans-Montana
Monica SABOLO

Pocket
août 2015
192 p.  6,95 €
ebook avec DRM 13,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

La vie est un roman

Monica Sabolo est née à Milan, a grandi à Genève et vit aujourd’hui à Paris où elle est journaliste et romancière. Enfin, de plus en plus romancière et de moins en moins journaliste. J’avais beaucoup aimé, il y a deux ans, « Tout cela n’a rien à voir avec moi », une sorte d’autopsie à la fois perspicace et décalée du chagrin d’amour. Et bien j’aime aussi beaucoup « Crans-Montana », un livre très différent du précédent, dans lequel elle poursuit cependant cette (en)quête introspective, chassant les secrets de famille à coup de taloches, pour éviter, qu’en se perpétuant, ils continuent à empoisonner la vie de ceux qu’ils touchent.

Son récit se déroule dans station chic et suisse qui, au cœur des années 60, accueillait les riches Européens. Ceux-ci prenaient leurs quartiers pour l’hiver, déplaçant simplement au cœur des Alpes la vie dorée et oisive qu’ils avaient l’habitude de mener le reste de l’année. Car cette génération, née juste après la guerre, un peu perdue, sans repères, voulait s’amuser avant tout.

Monica Sabolo raconte cette époque à travers la fascination qu’éprouve une bande de garçons pour trois jeunes filles inséparables, deux Françaises, une Italienne. Elles sont apparemment libres, certainement riches, ravissantes chacune à sa façon, et nimbées de mystère. Pourtant, derrière cette façade de « dolce vita » se cachent un univers infiniment plus complexe, beaucoup d’excès et encore plus de douleur. Comme dans le précédent ouvrage de Monica Sabolo, rien n’est vrai, tout est vrai. Elle est partie d’un album photos retrouvé par hasard, pour réinventer la vie. Et, tout le monde le sait, la vie est un roman.

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nuit blanche

Crans-Montana, chrinique des années 60-70

Comme les garçons et les filles de mon âge connaîtrai-je
Bientôt ce qu’est l’amour
Comme les garçons et les filles de mon âge je me
Demande quand viendra le jour
Où les yeux dans ses yeux et la main dans sa main
J’aurai le cœur heureux sans peur du lendemain

Fort souvent, à la lecture de ce roman, j’ai pensé à la chanson de Françoise Hardy «Tous les garçons et les filles », à la fois pour les paroles – entre blues et espoir – et pour cette petite musique nostalgique. Les garçons dont il est question ici sortent à peine de l’adolescence et, à l’occasion de leur séjour au ski sur le plateau de Montana-Crans, vont plus se préoccuper des filles que de prouesses sportives. Il faut dire que les trois C. ont de quoi faire tourner les têtes. Chris (que seule sa mère appelait Christine), Charlie (qui se prénommait encore Charlotte) et Claudia (cheveux blonds, teint pâle, sourire enjôleur) sont deux parisiennes et une italienne qui, « en un clin d’œil, se sont métamorphosées en jeunes femmes ravissantes ».
« On les voyait « toujours ensemble, bras dessus bras dessous, ou assises nonchalamment sur une banquette, un mollet replié sous une cuisse, si différentes, et pourtant elles formaient une entité parfaite, une sorte de constellation. » La vie semblait alors se résumer, pour cette jeunesse dorée, aux pistes de ski, à la piscine, la discothèque, aux cafés ou aux magasins. On y boit du Fanta en bouteille à la paille, de l’Ovomaltine (dont on prend soin de collectionner les emballages), joue de la guitare et s’habille à la dernière mode. Il arrive même qu’on se change plusieurs fois par jour. Les jeux de l’amour, les tentatives de conquête, la rivalité et la timidité mais aussi les scandales et les provocations rythment le quotidien de ces jeunes.
L’actualité du monde tient plus du mystère ou du fait divers. Quand un habitué n’est pas au rendez-vous, lorsque l’on se rend au Credit Suisse avec des valises ou des sacs de voyage ou encore quand une jeune femme prend rendez-vous à Lausanne pour «effacer» les conséquences d’une liaison coupable.
De fait, c’est davantage l’actualité mondaine qui préoccupe la bande de copains. On croise Sheila, Lino Ventura, Alessandra Mussolini, Alain Delon, Brigitte Bardot et sa rivale Gina Lollobrigida et l’on retrouve au fil des pages l’ambiance que dépeint Jean d’Ormesson dans ses premiers romans, L’amour est un plaisir (1956) et Un amour pour rien (1960) qui «célèbrent avec une belle insolence, entre légèreté et cruauté, les jeux de l’amour d’une jeunesse qui se croit libre».
Puis le temps va passer jusqu’à un jour funeste qui mettra un terme brutal à l’histoire, révélant un lourd secret de famille.
Monica Sabolo qui est née à Milan, a grandi et fait ses études à Genève, passé ses vacances à Crans-Montana et, après d’autres pérégrinations a atterri à Paris nous livre ici une «tranche de vie» qui, pour peu que l’on gratte le vernis de l’insouciance et de la nostalgie, laisse apparaître les failles et la gravité d’une époque en pleine mutation.
Retrouvez Henri-Charles Dahlem sur son blog 

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