Entre deux mondes
Olivier Norek

Michel Lafon
octobre 2017
413 p.  19,95 €
ebook avec DRM 12,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

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Le livre de la jungle

Dans l’avalanche de romans noirs ou policiers de cet automne, voici sans doute le plus poignant, peut-être le plus personnel… Un livre-choc où l’auteur a tant mis de ses tripes qu’il laisse les nôtres nouées. Avec « Entre deux mondes », Olivier Norek change de calibre. Il n’est plus ce fonctionnaire de police qui nous fait partager son vécu des banlieues difficiles. Il devient un romancier qui nous interpelle sur une question de société.

Les deux mondes en question sont deux faces d’une même désespérance. Des damnés de la Terre du Moyen-Orient ou d’Afrique ont fui la guerre, guidés par un bouche-à-oreille incontrôlable vers le Royaume-Uni. Ils échouent aux portes de cet eldorado fantasmé, à Calais, dans le plus grand bidonville d’Europe. Les Iraniens l’appellent « la Forêt » : « jangal » dans leur langue. En s’incrustant dans cette « Jungle », les réfugiés effraient les touristes et les routiers. Leur pauvre univers vient en téléscoper un autre : celui des riverains, autres oubliés, autres survivants.

Tout cela, Olivier Norek nous le raconte dans une fiction aux puissants accents de vérité, où tout respire le terrain, hommes ou situations, problématiques ou anecdotes. Il n’est pas moins à l’aise pour nous donner à voir la Syrie meurtrie du tyran Bachar al-Assad qu’un commissariat français délabré, pour nous ballotter en Méditerranée sur un radeau de migrants ou dans une émeute commanditée par les passeurs, la nuit, sur l’autoroute A16.

Il en fait émerger des figures fortes, chacune symbole d’une douleur. A l’intérieur des barbelés, le Syrien Adam, policier et opposant clandestin, qui ne reverra jamais sa femme et sa fille. Et avec lui le petit Soudanais Kilani, chair à canon en son pays, chair à plaisir dans l’enceinte du camp, sans loi mais pas sans ordre. Hors de la « Jungle », mais aussi salis que s’ils y dormaient, des policiers usés et sans illusions, jusqu’à douter de leur propre humanité. Autour d’eux, d’autres migrants et d’autres flics, comme autant d’angles et de points de vue.

Dans ce cadre ultra-réaliste, la trame policière ne s’estompe jamais. Un meurtrier a frappé. Un recruteur de Daech s’est infiltré. On s’observe, on se méfie, on regarde par-dessus son épaule. Mais le vrai suspense, celui qui nous fait languir, c’est de savoir si les deux mondes vont savoir se parler et se comprendre.

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 Les internautes l'ont lu

Deux hommes, deux vies, deux pays, deux destins.

2016 -Adam, flic en Syrie mais indic des rebelles, doit organiser le départ de sa femme et sa fille au plus vite : il risque d’être démasqué par un rebelle arrêté et torturé. Elles devront partir avant lui pour rejoindre l’Angleterre via Calais et lui les rejoindra très vite.

Mais le voyage n’est pas sans risque et lorsqu’il arrive à Calais, il n’aura qu’une idée en tête les retrouver et atteindre la terre de tous les espoirs.

Bastien, flic en France, arrive à Calais, sa nouvelle affectation, avec sa femme, dépressive depuis la mort de son père et sa fille de 14 ans.

Je cherche la définition de jungle :  » La jungle est l’incarnation de l’inhumanité invivable, et la loi de la jungle une forme de chaos qui fait office d’épouvantail politique ». C’est pas moi qui le dit ….. (référence Wikipédia) et un mot n’a jamais eu autant de sens que celui-là pour ce roman.

Voilà vous savez à quoi vous en tenir. On entre dans un monde où les règles sont régies par les différentes ethnies, circonstances et forces en présence. Au-delà de ce territoire, on observe, on adapte les textes pour ne pas avoir à s’emmêler. Et pendant ce temps là…..

Bastien découvre ce no man’s land que représente la Jungle : une ville dans la ville, une zone de non droit où chacun s’emploie à ne pas agir, on laisse faire,on surveille de loin, on ramasse les corps comme ont compte les points, quelle importance : ils n’ont pas de noms, pas d’origine, ils ne font que transiter avant de gagner ce qu’ils pensent leur El Dorado : l’Angleterre. Et puis toutes les nuits c’est la ruée pour se glisser dans un camion, risquer sa vie pour tenter de vivre ailleurs.

Mais des meurtres vont être commis dans cette jungle et les deux flics vont faire alliance pour aider un enfant à sortir de ce bourbier mais cela ne sera pas sans conséquence sur leurs vies respectives……

Deux hommes de deux pays différents mais que le sens du devoir, de l’humanité rapprochent.

Dès sa sortie ce livre a remporté un vif succès que ce soit sur les blogs, dans les magazines. Comment l’ignorer. Je ne suis pas une lectrice de polar, de policier, de thriller et pourtant celui-ci …… Wouahhhhh

Mais il n’est pas pour moi un « vrai » policier car l’énigme est le prétexte à une enquête d’un tout autre genre : c’est plus un constat d’une situation, qui se passe ici, chez nous, à quelques kilomètres. Calais : la Jungle, oui elle porte bien son nom car ici ce qui règne c’est la loi des non-lois : ce qui compte c’est survivre, un jour de plus à part pour les passeurs, les traficants et les recruteurs. Les clans, les trafics, les viols, les violences c’est le quotidien de ceux qui y vivent, au vu et su de toute une population soit impuissante, soit aveugle, soit découragée se sentant abandonnée.

Un roman policier / politique : on ferme les yeux, on se passe la patate chaude, on  trahit, on promet mais on ne tient pas ses promesses.

Bastien et Adam ont beaucoup de choses communes : un métier, une femme et une fille, la découverte d’une nouvelle affectation pour l’un, la découverte d’un nouveau pays pour l’autre, de nouveaux collègues pour l’un, de nouveaux voisins pour l’autre, une femme et une fille à retrouver pour l’un, sauver son couple et comprendre sa fille pour l’autre.

L’histoire est très bien construite, les éléments nous sont révélés au compte gouttes mais si très vite certaines réponses sont apportées mais l’on a besoin de l’ensemble pour réaliser l’ampleur et l’horreur du récit. Vous ouvrez le livre et vous ne le lâchez pas.

Un roman policier pour nous mais une réalité pour des humains qui ne cherchent qu’à fuir la misère, le sang, les larmes et c’est le genre de récit qui reste longtemps en tête.

C’est presque un cri d’alarme. Olivier Norek que j’ai eu la chance de rencontrer pendant le Printemps de Montaigu, a séjourné à Calais, ancien flic, il connaît le fonctionnement de la police, de ses hommes, parfois au bord du découragement mais dont certains gardent une âme, ont le sens du devoir et doivent parfois faire des choix.

Ecoutez-le quand il parle de son roman : il est intarissable. Il est enthousiaste, il sait : il était flic, il a été à Calais pour obserVer : le camp, la police, les calaisiens et il navigue entre les différents mondes en essayant de rester objectif. Il pose les faits, il nous oblige à écouter notre conscience comme les flics doivent eux aussi renier le métier qu’ils ont choisi pour protéger, aider, secourir.

Entre deux mondes errent des hommes, des femmes, des enfants qui cherchent une terre d’asile mais que l’on entasse dans des « camps », dans des conditions indignes de notre XXIème siècle, où chacun est responsable à son niveau.

Voilà un roman réaliste : pas besoin d’inventer, pas besoin d’aller imaginer des scènes d’horreur : elles se passent ici, maintenant, nous en sommes témoins. L’auteur n’a fait que relater un fait, une actualité en y incorporant une intrigue policière, un alibi pour attirer l’attention.

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coup de coeur nuit blanche

Waouh… c’est du très bon, n’y allons pas par quatre chemins. Quelle maîtrise, Monsieur Norek ! Je suis bluffée comme on dit. Sont réunis ici tous les ingrédients qui font un excellent polar : une construction au millimètre, une langue fluide et des dialogues dynamiques, du suspense (impossible de reposer le bouquin), une plongée dans un univers, des personnages émouvants et très attachants… Tout y est : vraiment j’ai adoré !
Bon, que je vous raconte un peu : si je vous dis « Calais », vous allez penser à quoi ? Son beffroi de 78 mètres, ses fameux bourgeois immortalisés par Rodin, son port, sa plage ?
Pas vraiment, me direz-vous… Les mots qui vous viendront à l’esprit sont La Jungle, les migrants, le rêve du passage vers l’Angleterre (Youké, comprenez UK), la survie sous une tente, le froid, la faim, la misère, la violence, la mort.
Et c’est là qu’Olivier Norek donne rendez-vous à ses personnages, dans ce lieu qui n’en est pas un, dans cet espace où la police ne met pas les pieds, le plus grand bidonville d’Europe : « vous y allez souvent ? – Aux abords tous les jours. A l’entrée, quand il le faut. Mais dedans, rarement. C’est à la fois une zone de non-droit et un bidonville » où des enfants, des femmes, des hommes tentent de survivre comme ils peuvent, épuisés par un voyage qu’aucun de nous ne ferait. Bref, un endroit à la marge, « entre deux mondes », une espèce de no man’s land avec des hommes, enfin, ce qu’il en reste. Pour une plongée, c’est une plongée (l’auteur a partagé trois semaines la vie des réfugiés mais il a rencontré aussi les policiers, les politiques, les journalistes, les calaisiens…) et vous verrez, quand vous entendrez parler de Calais et des migrants, vous n’envisagerez plus tout à fait les choses de la même façon… et pour cause…
Extrait d’une discussion entre flics en faction de nuit à Calais :
« -C’est comme dans les films d’horreur, tu sais, quand la nana court dans la forêt, qu’elle se casse la gueule tous les trois mètres et que l’assassin la suit, tranquille en marchant.
– Je vois pas le rapport.
– Mais si, attends. Bon, elle a réussi à sortir de la forêt et elle tombe sur une petite maison. Elle cogne à la porte, elle dit qu’elle va se faire égorger, qu’un fou la suit et tout et tout. Là, le proprio, s’il ouvre pas, les spectateurs le traitent d’enfoiré. Normal, non ?
– Ouais. Non-assistance à personne en danger. Mais je vois toujours pas le rapport.
– Le rapport c’est qu’on fait exactement la même chose. Tous ces migrants, là, c’est comme s’ils fuyaient un assassin en série, qu’ils frappaient à notre porte et que nous, on faisait semblant de pas entendre.
– D’accord, sauf qu’ils sont dix mille à toquer. Et avec le phénomène d’aspiration, si on ouvre pour ceux-là, dix mille autres se présenteront, puis dix mille autres.
– Je sais, mathématiquement, ça tient, mais humainement, ça bloque toujours… »
Bon, un peu longue ma citation, mais elle pose en quelques mots toute la complexité d’un problème quasi insoluble dont Olivier Norek nous dresse, sans manichéisme aucun, un état des lieux… A nous de nous interroger…
Adam Sarkis, ancien membre de l’Armée syrienne libre, recherché dans son pays pour trahison, se retrouve là, à Calais. Il attend sa femme Nora et sa fille Maya qui sont parties avant lui, pour plus de prudence. De Damas, elles doivent passer par Beyrouth, Amman, Tripoli, Pozzalo, puis… Calais. Voilà ce qui est prévu. Ils sont censés maintenant se retrouver. Après, ils verront. Mais pour le moment, elles ne sont pas encore là…
Arrive aussi, à peu près au même moment, un flic, le lieutenant Bastien Miller affecté à la brigade de sûreté urbaine de Calais. On le prévient tout de suite, Calais, ce n’est pas une sinécure. Poids lourds pris d’assaut, agressions en tous genres, barrages sur l’autoroute, morts de migrants, vengeances, magouilles, meurtres, viols, tensions entre communautés (comme le dit Ousmane, un réfugié : « Tu dois faire attention aux Afghans. Ils ne sont pas pires que les autres, mais comme ce sont les plus nombreux, ils essaient de faire la loi. C’est naturel. C’est la survie. Nous devenons tous des monstres quand l’Histoire nous le propose. ») Présence, aussi, des recruteurs pour Daech. Et, bien sûr, des humanitaires débordés. De plus, la cohabitation est ultra-tendue avec les Calaisiens : des bagarres sont à déplorer, la ville perd ses touristes, les magasins ferment, le taux de chômage grimpe, les maisons ne valent plus rien… Il faut gérer ça au quotidien. Bref, Bastien est prévenu. Ses collègues n’en peuvent plus : dépressions, tentatives de suicide, arrêts-maladie, problèmes de couple et impossible de muter : quand on y est, on y reste.
Et puis, il y a un problème dans cette Jungle (qui doit son nom au fait que les migrants iraniens ont appelé ce secteur boisé « La forêt » à savoir « jangal » en persan  : or, tout le monde a cru entendre « jungle »…), difficile d’intervenir comme l’expliquent les collègues de Bastien : « … tous ces types dans la Jungle fuient la guerre ou la famine. On n’est pas sur une simple migration économique mais sur un exil forcé. Ce serait un peu inhumain de leur coller une procédure d’infraction à la législation sur les étrangers et de les renvoyer chez eux. On passerait pour quoi ? Mais d’un autre côté, c’est plutôt évident que personne ne veut se soucier de leur accueil puisqu’on les laisse dans une décharge aux limites de la ville. Alors on leur a créé le statut de « réfugiés potentiels ». Un statut qui n’existe qu’à Calais : avec cette appellation de réfugiés potentiels, ni on ne les arrête, ni on ne les aide. On les laisse juste moisir tranquilles en espérant qu’ils partiront d’eux-mêmes. »
Des gens que l’État français refuse de faire entrer dans son système judiciaire, ce qui reviendrait d’une certaine façon, à les intégrer. Et de ça, pas question… Alors, tout se passe comme s’ils n’existaient pas, n’avaient pas vraiment de statut, d’identité. Une zone de non-droit habitée par des fantômes qu’on espère de passage. Et le pire peut y arriver.
Donc, tous les soirs, ça recommence, c’est l’assaut des camions, les grenades lacrymogènes en quantité qu’il faut jeter pour aveugler tout le monde, l’hélico qui survole et repère, les chiens surexcités, la trouille des chauffeurs et des migrants prêts à tout pour passer. Le cauchemar. Au quotidien.
Enfin, Bastien sera prévenu : « -Réfléchissez pas trop lieutenant. C’est pas une bonne idée. Ce job, il se fait en apnée. Tentez pas de respirer sous l’eau. »
Mais, comme vous l’imaginez, ce n’est pas forcément son genre au gars Bastien de ne rien dire et de ne rien voir… Trop humain pour fermer les yeux.
« A la fin il faudra regarder tout ce qu’on a accepté de faire. Et ce jour-là, j’ai peur de me dégoûter. »
Encore une fois, un polar rythmé, efficace, très bien documenté (une année d’enquête et six mois d’écriture) qui va vous faire découvrir un monde que vous n’imaginez même pas dans vos pires cauchemars ! Et des personnages que vous ne serez pas près d’oublier…
A lire absolument !

LIREAULIT http://lireaulit.blogspot.fr/

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Bienvenue dans la jungle de Calais

 » Tous les pays riches, n’ont qu’une seule trouille, c’est de voir l’autre partie du monde venir se décrotter les pompes sur leur paillasson.  »

Calais 2016, les pelleteuses chargées de réduire à néant le camp de migrants mettent à jour sept cadavres.

Damas juin 2016, quand le prisonnier va parler, il donnera son nom, Adam deviendra une cible , sa femme Nora et sa fille Maya aussi. Elles doivent quitter immédiatement la Syrie, sans lui. Adam est un agent de l’armée Syrienne libre, infiltré dans la police du régime syrien.
La torture c’est aussi du répit, sinon ça ne fonctionne pas, les fils électriques, l’acide, les yeux arrachés, un abattoir rempli de cadavres humains, bienvenue chez Bachard-el-Assad.
Nora et Maya passent une nuit en Libye, puis c’est la traversée de la méditerranée en zodiaque surchargés de migrants

Bastien Miller nommé au commissariat de Calais va faire la connaissance d’Adam qui est à la recherche de sa femme et de sa fille dans la jungle calaisienne. Dix mille personnes qui n’ont rien à faire de leur journée qu’attendre le milieu de la nuit pour tenter de monter dans un camion vers l’Angleterre. Quand il pleut à Calais, c’est de la grosse grêle, cailloux, briques écrous de chantier. Les commerces fermes, les touristes se barrent. Réglements de comtes, punitions, viols et agressions. Deux mosqués dont l’une version intégrale et brutale sert de base aux recruteurs de l’état islamique. Soudanais et Afghans se disputent le leadership sur le camp à coups de machettes et de couteaux.

Après sa trilogie sur les banlieues, Olivier Norek nous propose un roman noir ayant pour fond la jungle de Calais.Une fois de plus il ne fait pas dans la dentelle, tout sonne juste, on est à la limite du reportage notamment pendant la traversée de la méditérranée, où lorsque des centaines de migrants partent à l’assaut des camions L’écriture sans fioriture de l’auteur nous décrit l’horreur du quotidien de la jungle où l’atrocité n’a pas de limite. Des personnages remplis d’humanité apportent un peu de lumière à ce roman sombre et dérangeant. Comment oublié Kilani l’enfant soldat devenuun homme du jour au lendemain une arme à la main. « Face à la violence de la réalité, je n’ai pas osé inventer, seule l’enquête de police, basée sur des faits réels, a été romancée », écrit Olivier Norek, voilà tout est dit.

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