Cox ou la course du temps
Christoph Ransmayr

traduit de l'allemande par Bernard Kreiss
ALBIN MICHEL
août 2017
336 p.  22,50 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Le temps, le temps…

Christoph Ransmayr est un auteur autrichien un peu confidentiel en France, qui mérite d’être lu plus largement. Après « La montagne volante » (2008) et « Atlas d’un homme inquiet » (2015), il publie aujourd’hui un roman somptueux qui nous entraîne dans la Chine du 18e siècle en compagnie du plus célèbre horloger européen de son temps. Un enchantement !

 Maître des hommes et du temps

La passion du siècle des Lumières pour les automates, horloges et autres miniatures a gagné les contrées les plus lointaines. Ainsi l’illustre horloger anglais Alistair Cox et trois de ses compagnons traversent les mers pour se rendre à Pékin, à l’invitation de l’empereur Qianlong. Ce dernier passe commande à son hôte de trois horloges imitant les moments de l’enfance, des mourants et des amants. Mettre en mouvement le temps ressenti, voilà un véritable défi pour lequel le seigneur de la Cité interdite met à la disposition de Cox serviteurs, interprète, demeure et atelier luxueux. Hélas, le maître horloger n’est pas le maître du temps, qui en a fait la douloureuse expérience avec la mort de son enfant, mais les désirs de Qianlong ne souffrent aucun refus, et pendant plusieurs mois, la cité impériale est suspendue aux travaux de l’Anglais et aux caprices du despote.

Célèbres et mortels

 Dans ce pays du Levant où tout n’est qu’ordre et protocole par la volonté de son tyran, comment oser évoquer le temps qui passe, partant la mort, la décomposition et l’oubli ? Car l’homme le plus puissant d’Extrême-Orient ne saurait échapper à la fuite du temps, ni la mécanique la plus ingénieuse du monde arrêter son cours. Christoph Ransmayr mêle savamment réalité et fiction dans ce conte mélancolique et poétique, un peu à la manière des orientalistes, avec des personnages incarnés et fragiles, une sensibilité au paysage, et de magnifiques expériences sensorielles transmises avec grâce au lecteur. Les rapports du pouvoir et de l’art au temps sont au centre de cette aventure humaine et philosophique servie par la beauté de l’écriture et l’élégance de la traduction. Vous l’aurez compris, un coup de cœur absolu, un roman comme un rêve dont on n’a pas envie de s’éveiller.

 

 

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coup de coeur

comment maîtriser la fuite du temps

Alister Cox un horloger constructeur d’automates et ses trois compagnons abordent les côtes chinoises le jour où l’empereur fait couper le nez à vingt-sept fonctionnaires des impôts.
Qianlong, fils du ciel et seigneur du temps suivit d’une cohorte de quarante et une épouses, cinq mille courtisans et trois mille concubines, entend tout,voit tout, même quand il dort, il peut décider de la vie ou de la mort de tout un chacun. L’égal des dieux demande à Cox de construire des horloges qui mesurent la course variable du temps, car le temps ne passe pas à la même vitesse, selon que l’on est un condamné à mort, ou un enfant.
Une horloge alimentée par le force variable du vent comme le mouvement du temps de l’enfance.
Une horloge mue par la braise pour indiquer l’heure de la vie d’un condamné qui part en fumée.
Mais surtout une horloge capable de mesurer l’éternité, un mouvement qui ne s’arreterait jamais, sans avoir besoin de le remonter, une horloge tirant son énergie de la variation de la pression atmosphérique avec un noyau fait de mercure. L’horloge des horloges.
Cox et ses compagnons se mettent à l’ouvrage sans se rendre compte que cette horloge risque de sonner leur dernière heure.
Même si tout est inventé, l’histoire, les personnages, on entre avec plaisir dans ce récit dont la fuite du temps est le thème central. L’auteur nous fait pénétrer derrière les murs infranchissables de la cité interdite la ville pourpre et à Jehol la résidence d’été de l’empereur. le Seigneur des Dix Mille Ans, qui détermine les saisons, qui possède tout sauf la maitrise du temps. Une écriture précise comme le mouvement de l’horloge pour décrire les fastes de la cour impériale, les tortures que subissent ceux qui ont osé porter un regard sur le Très-Haut, la beauté de la nature enneigée et le désespoir d’un homme brisé par la mort de sa fille unique. Une parabole sur le temps qui représente la vie et le désir fou d’un homme d’atteindre l’éternité.

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