critique de "Les cygnes de la cinquième avenue", dernier livre de Mélanie Benjamin - onlalu
   
 
 
 
 

Les cygnes de la cinquième avenue
Mélanie Benjamin

traduit de l'anglais par Christel Gaillard-Paris
ALBIN MICHEL
litt.generale
mars 2017
432 p.  22 €
ebook avec DRM 14,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

Le lac des signes

Melanie Benjamin raconte une histoire d’amour inattendue entre un cygne et un vilain petit canard. Le cygne s’appelait Babe Paley, une « socialite » richissime comme il se doit, somptueuse, qui considérait l’élégance comme un travail à plein temps. Elle était également adorable, généreuse, soucieuse des autres. Le canard, lui, avait pour patronyme Truman Capote. Il était écrivain, auteur d’un livre devenu mythique,« De Sang froid », inventeur de la littérature non fictive, et grand ragoteur devant l’éternel. Il ressemblait à une sorte de clown triste qui amusait sa galerie de cygnes (comme il les avait surnommées), car la ravissante Babe était entourée de dauphines, tout aussi riches, tout aussi chics, mais certainement moins bienveillantes.

Un suicide social

Le cygne Babe et le canard Truman étaient inséparables, chacun comblant le vide affectif de l’autre. Le mari de Babe, qui était souvent occupé à butiner ailleurs, regardait cette amitié d’un œil amusé puisqu’il savait que sa femme ne risquait pas de perdre sa réputation, Capote préférant notoirement les hommes. Le cygne et le canard passaient leurs journées à nager dans un New York de rêve, leurs discussions se poursuivant parfois tard dans la nuit. Et puis un jour le canard fit un truc insensé. Il commit un suicide social, qui fut presque un suicide tout court car il mourut peu de temps après. En manque de célébrité peut-être, et le scandale est un moyen comme un autre de l’obtenir, il publia une nouvelle dans le magazine Esquire (que vous pouvez trouver aujourd’hui dans le Quarto consacré à Capote et dont je vous recommande vivement la lecture), « La côte basque 1965 », dans laquelle il rapportait bon nombre de confidences de son cygne chéri et de ses amies, et surtout s’amusait des infidélités dont sa chère Babe était la victime, avec détails croustillants et crapoteux à la clé. A partir de la minute de la parution du magazine, il fut banni de la bonne société new yorkaise et ne fit plus que croiser ses cygnes, qui l’ignoraient superbement.

Une  comédie humaine new yorkaise

A travers ce drame intime, cette incompréhensible trahison qui eut des conséquences terribles pour tous les protagonistes, Melanie Benjamin raconte le New York des années cinquante-soixante, une comédie humaine chez les rich and famous, very rich même. Elle décrypte cette société, avec un mélange de distance et de fascination. C’était un monde en soi, avec ses propres règles, ses failles, son indolence, mais aussi son charme. Le roman de Melanie Benjamin est un bonheur de lecture, et comme pour tous les bonheurs, on aurait aimé qu’il dure beaucoup plus longtemps.

partagez cette critique
partage par email
 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

Les Cygnes de la Cinquième Avenue

j’ai eu très envie de lire ce roman (de beaux souvenirs sur la 5ième avenue), tout en pensant qu’il s’ agissait d’une bluette vite lue . Que nenni !
Dans les années 1950 régnait sur NY un escadron de jeunes femmes très élégantes, très riches et formatées pour la majorité d’entre elles pour devenir des maitresses de maison accomplies, des épouses parfaites et des icônes de mode. Dior, Chanel, et aute grands noms sortaient quotidiennement chez Tiffany ou autre lieu à la mode de l’époque.
Bref, des femmes parfaites.
Elles avaient pour nom, Agnelli , Guinness, Churchill-Harriman, Paley , etc …
La plus remarquable d’entre elles était justement Babe Paley, mais comme chacune d’entre elles, elle cachait sa tristesse, ses manques(autres que matériels!) aux photographes paparazzi qui ne cessaient de rapporter leurs sorties et leurs toilettes.
Un jour, accidentellement invité par un des leurs, débarque un petit homme amusant, léger, homosexuel maniéré ; il devient le chouchou de ses dames, leur amuseur, toléré par leurs maris aux situations tellement importantes, qui ne craignent pas la compagnie de cet avorton pour leurs épouses .
Ce jeune homme , écrivain inconnu à l’époque, s’appelle Truman Capote.
Il est introduit partout, et aidé matériellement par toutes ces dames. Petit à petit, Babe Paley lui ouvre son cœur , lui raconte son enfance , le désert intime de sa vie ; ses amies aussi se laissent aller à des confidences. Entre Babe et Truman s’installe une sorte d’amour platonique apparemment, et surement sincère pour les deux.
Truman devient célèbre, il a écrit « De sang-froid », se met à boire plus que de raison, ne veut plus être amuseur, et sa propension à colporter des ragots vrais ou inventés d’ailleurs prend de telles proportions qu’elle finira par tuer.
Comme on apprend dès la première page qu’un drame s’est produit, on ne peut prendre à la légère la vie dorée en apparence de ces femmes. Quant à Truman Capote, certains lecteurs pourront voir dans son comportement une victime du « système », moi je n’y ai vu qu’un sale type près à tout pour qu’on parle de lui.
Cela dit je vais relire « Desang-froid », la génèse de ce livre est ici si bien racontée.
J’ai vraiment aimé cette lecture bien plus profonde que son titre ne le laisse soupçonner.

partagez cette critique
partage par email