Ouvre les yeux
Matteo Righetto

Traduit de l'italien par Anne-Laure Gonin-Marquer
La dernière goutte
janvier 2017
175 p.  17 €
 
 
 
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coup de coeur

Marcher ensemble pour renouver avec son passé

Ils se sont rencontrés, se sont aimés, se sont mariés, ont eu un enfant, un garçon prénommé Giulio, le vrai bonheur. Las ! Ils se sont moins aimés, se sont disputés, se sont séparés. La vie quoi !
Ils ont refait leur vie comme l’on dit. Pourtant, par un beau jour, avec l’accord des nouveaux conjoints, ils décident de refaire l’ascension qui les a marqués du mont Latemar dans les Dolomites. Pourquoi ce besoin ? Je ne veux pas divulgâcher et me tais. Non, même sous la contrainte, je ne dirai rien. Combien ? Ce n’est pas assez !!
Matteo Righetto raconte cette excursion à deux sur les pas de leur passé commun. La force de ce livre tient dans le mode de narration. Il y a le récit de leur ascension où le narrateur utilise le tu qui s’adresse à Luigi, puis le vous lorsqu’ils feront l’ascension et les flashbacks de leur vie commune écoulée. La narration de leur vie commune est au passé. Le passé et le futur avancent côte à côte jusqu’au dénouement final.
Une façon originale de parler de la vie, de leurs vies. Un art de l’écriture très abouti qui tient les personnages et le lecteur à distance, tout en marchant à leurs côtés, avec eux ; Assez difficile à expliquer. Lisez, vous comprendrez le pourquoi du titre et l’émotion sera là.
Un livre pudique, intime Tout n’est que retenue, sensibilité. Un superbe roman.

« Tu comprendras qu’un long voyage commence toujours par un premier pas. »
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coup de coeur

Cime intérieure

Nombreux sont les auteurs à être inspirés par les cimes : tout récemment, citons Céline Minard, Michel Jullien, avant eux Thomas Mann ou Pétrarque parmi les plus célèbres. Voici que l’écrivain italien Matteo Righetto nous livre aussi un très beau roman sur l’ascension de la montagne, s’inscrivant dans une tradition qu’il renouvelle avec subtilité et gravité.

Un jour, Francesca et Luigi se sont aimés, ils ont formé à Milan un couple heureux et moderne, ont eu un enfant qui a grandi, puis se sont séparés. Rien que de très banal, mais ce conformisme se fracasse un jour contre le mur de l’impensable. Lorsque la tragédie fait irruption dans leur vie, l’ascension du mont Latemar, dans les Dolomites, s’impose comme un devoir, bien davantage qu’un acte mémoriel et apaisant : un acte d’amour. Dans ce court roman, on ne s’attarde pas sur les détails, la vie passe à toute allure, jusqu’au coup de frein brutal. Tout est alors remis en question, les certitudes et la confiance s’effondrent, les évidences n’en sont plus. Tout à coup, l’urgence est ailleurs, au sommet de la montagne.

Le lecteur avance vers l’essentiel le souffle court et la gorge serrée, au cours d’une narration alternant les chapitres au futur et au passé, comme si nos personnages ne vivaient jamais au présent. Parce que le drame surgit, Luigi et Francesca décident tous deux d’oublier leurs anciens griefs pour aller à la recherche de ce temps perdu, dans un effort commun qui les transcende. Il s’agit de gravir la montagne pour atteindre cet endroit où la terre et le ciel se rejoignent, de surmonter le vertige de l’ascension et les obstacles du chemin. C’est ainsi qu’au fil de la montée grave et silencieuse on prend conscience de la quête réparatrice. Voici un roman douloureusement beau sur la perte, sur l’effort que la vie exige, et la consolation de l’injustice du destin par le miracle de la beauté.

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