Ce vain combat que tu livres au monde
Fouad LAROUI

Julliard
août 2016
288 p.  19 €
ebook avec DRM 7,99 €
 
 
 
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coup de coeur

Ali est né et a grandi au Maroc. Il vit à Paris depuis plusieurs années. Il y a poursuivi des études d’ingénieur en informatique et il a maintenant un très bon poste dans une grosse entreprise. Il dirige une équipe qui travaille sur un projet très important.

Ali est amoureux de Malika, née en France de parents marocains. Malika, professeur des écoles, est une jeune femme libre et épanouie. Il lui propose de s’installer ensemble sans passer par la case mariage : ils sont suffisamment ouverts d’esprit tous les deux pour l’assumer. D’ailleurs, aucun des deux ne pratique les interdits prônés par l’islam.

Quelques mois plus tard, l’entreprise qui emploie Ali, et grâce à son travail, a décroché un gros contrat avec une entreprise travaillant pour le ministère de la Défense. Mais tous les employés qui travailleront sur l’exécution du projet doivent être approuvés par une commission et ladite commission a barré le nom d’Ali : en ces temps de terrorisme, mieux vaut ne pas prendre de risque…

Ali, sonné, écoeuré, donnera sur le champ sa démission. Lui qui avait toujours cru avoir été accueilli, être un membre à part entière du pays des droits de l’homme, ne peut croire qu’il a ainsi été rejeté. Et là, c’est le drame…

Le jeune homme, d’abord désorienté et déprimé, va tomber peu à peu dans les théories intégristes de son cousin Brahim. Il va tout d’abord changer de comportement avec Malika, devenant dur, lui reprochant d’être libre et sous l’influence de sa meilleure amie Claire qu’il accuse de la débaucher :

« – Non, ça ne me suffit pas. C’est rien le corps, c’est méprisable.

Ah, nous y voilà ! Vous êtes bien tous les mêmes dans toutes les religions. Judaïsme, christianisme, islam : le corps est sale, suspect, méprisable, . Le corps, il vieillit, il se flétrit, mais l’âme, l’hâââme est immortelle. Moyennant quoi, bande de tartufes, vous matez en douce le corps des femmes, dès que vous en avez l’occasion. Dans le métro, ils me déshabillent du regard dix fois par jour tes coreligionnaires…et après, je suppose qu’ils vont à la mosquée me vouer à l’enfer après s’être bien rincé l’oeil ? Et en même temps, ils bavent, l’oeil exorbité, comme le loup de Tex Avery, en pensant aux nénettes qu’ils vont se taper au paradis…Bonjour la cohérence … »

Malika, après cet épisode, quittera Ali qui, lui, va tomber dans les filets de recruteurs infiltrés dans la mosquée qu’il fréquente avec son cousin Brahim. Devenu une sorte de zombie, il partira en Syrie où il va découvrir l’horreur : « On l’invitait à venir assister à une défenestration. Il crut avoir mal entendu. Eh bien,non : on défenestrait, en cet étrange califat, on précipitait du haut des remparts…non : du haut des immeubles des jeunes hommes pas assez virils, pas musculeux, pour tout dire efféminés, une question d’hormones paraît-il, une imprécision de la nature, une erreur dont personne n’est responsable. »

Fouad Laroui signe là un très bon roman, d’un style très vivant (comme à son habitude) et la gravité du sujet n’empêche pas une bonne dose d’humour. Il a eu la riche idée d’introduire entre les chapitres des pages de discussion entre deux personnages qui expliquent l’Histoire entre les pays arabes et l’occident ; la façon dont les événements sont perçus et vécus par chacun des deux côtés et qui nous permet de nous faire une idée précise des raisons de la situation actuelle.

Je terminerai ma chronique avec ce passage sur le kamikaze : « Qu’est ce qui conduit un être humain à se faire exploser, c’est à dire se suicider ? Et si le kamikaze était tout simplement un mélancolique, traversant parfois des épisodes maniaques ? Et s’il était le symptôme du monde arabe actuel ? Le mal pernicieux dont souffre cette grande famille humaine ne réside pas dans la théologie mais dans une mélancolie latente, masquée. Pris dans l’étau d’un rêve orgueilleux de grandeur, plongeant ses racines dans un brillant Moyen Age défunt, rêve désormais inaccessible, confronté à un présent sociopolitique médiocre, fait de mauvaise gouvernance, de disproportion abyssale des richesses, de corruption, d’impuissance politique, ce monde-là ne peut que sombrer dans la désespérance et la mélancolie. »

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