Et mon luth constellé
Ariane Schreder

Héloïse d'Ormesson
janvier 2018
252 p.  18 €
ebook avec DRM 13,99 €
 
 
 
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Poétique, magnifique.

Et mon luth constellé, une phrase empruntée à Gérard de Nerval « El desdichado », un de mes poèmes préférés ado nous emmène vous l’avez compris vers l’amour des mots et de la littérature.

Louise revient dans son village natal après l’annonce du décès brutal d’Iris. Elle se replonge quinze années en arrière et essaie de comprendre la raison pour laquelle Iris avait quitté furtivement le village sans lui faire ses adieux.

Louise avait dix ans lorsqu’Iris a débarqué au village avec sa 2 CV jaune. Iris, actrice de théâtre sans le sou à l’époque. Elle est allé frapper à la porte du vieux Georges et de sa librairie toute empoussiérée. Elle lui a proposé un marché : occuper sa mansarde en échange de lectures publiques dans le village, se chargeant de donner vie à ses livres. Il faut dire que la librairie « Le chat qui dort » est sombre, encombrée de « dolomites » – piles de livres grimpant jusqu’au plafond- , le vieux Georges depuis qu’il est veuf restant à lire des journées complètes à son bureau.

Marché conclu, elle devra lire exclusivement les livres de la librairie, une belle occasion de redécouvrir des classiques. : « Hélène et la guerre de Troyes », « Madame Bovary », « Ana Karénine », « Belle du seigneur », « L’amant de Lady Chatterley », « L’amant » de Duras et « La princesse de Clèves ».

On se réunissait donc dans le bistrot du village pour entendre Iris interpréter ces classiques parée de jolies robes…

Une amitié va naître entre Louise et Iris, une belle complicité, elle sera la seule à avoir le droit d’accéder à la mansarde.

Amour, amitié, mélancolie. Un jour pourtant Iris partira comme elle est venue, sans dire au revoir à Louise. La laissant veiller sur le vieux Georges qui entre temps s’était bien ouvert aux autres.

Un très beau récit, une histoire d’amour, d’amitié. L’amour des gens, de la vie mais aussi l’amour des mots. La plume est très poétique, j’ai fait un très beau voyage, redécouvert des classiques.

A la fin du roman, je n’ai qu’une envie : relire entre autre « La princesse de Clèves »

Ma note : 8.5/10

Les jolies phrases

Iris m’avait suffisamment fait comprendre qu’il valait mieux être comme Hélène, partir sur des bateaux, connaître des hommes et des pays, plutôt que comme Pénélope si patiente, à rester esseulée vieillissante, pour être de nouveau abandonnée.

La poésie, ça sert à faire passer la peine.

C’est quoi une mère-plume-de-canard ?
C’est une mère sur qui tout coule, comme l’eau sur la plume, disait Iris, docte.

Si je devais ne transmettre à Stella qu’une seule parole d’Iris, une seule foi, ce serait, je crois, que les personnages des livres ne disparaissent jamais, et que les histoires ne se terminent pas.

Dire, Les mots dansants légers, sitôt envolés. Oubliés non, pas tout à fait, rangés quelque part simplement, comme les jouets. Déformés, reformés, de la pâte à modeler. Du sable dans le vent, et non des roses dures, si belles soient-elles.

Iris a tissé un fil, et cela a suffi pour que d’autres se tissent. Même si un fil finit en noeud parfois, se casse ou se remplace.

Qui m’avait dit que c’était lutter contre le froid qui était dur et douloureux, que s’y abandonner était doux au contraire. On s’endormait, c’est tout. Et que mourir en dormant, c’est ce que tout le monde pouvait souhaiter, partir à pas de chat, dormir juste un peu plus longtemps.

J’ai compris, dans le silence de la pièce peuplée de livres, combien ils pouvaient apaiser. Des milliers de pages, des milliards de mots pour noyer un chagrin. J’ai hésité presque à demander si je pouvais le lire là, dans le grand fauteuil endormi, et puis je n’ai pas osé.

Me souvenant d’Iris affirmant que si les romans, peut-être, avaient inventé la passion, le bonheur, lui, n’était jamais dedans. Que le bonheur n’avait pas d’histoire, ni besoin de sirènes pour exister.

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