L'Insoumise de la Porte de Flandre
Fouad Laroui

Julliard
août 2017
144 p.  17 €
ebook avec DRM 11,99 €
 
 
 
 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

Fatima est issue d’une famille marocaine vivant à Molenbeek. Son quartier a changé les dernières années, de longues robes noires recouvrent les corps, un voile cercle l’ovale des visages des femmes, c »était pas comme cela avant…

Fatima est très intelligente et cultivée, elle poursuit des études supérieures à l’université libre de Bruxelles avec brio, elle est libre mais depuis deux mois elle a décidé aussi de porter le niqab et la djellaba à la surprise de ses parents, influencée sans doute par le poids des regards dans son quartier.

Lorsqu’elle quitte son quartier, elle se métamorphose en se changeant chez sa copine en jeune fille moderne, libérée, sexy même. Elle a « mis en suspens  » ses cours pour disparaître l’après-midi rue de Malines où elle devient Dany et exhibe son corps nu dans un sex-shop. Elle a dit-elle envie de se venger du regard des hommes. Elle reviendra bientôt à ses études fermant cette parenthèse.

Tout va pour le mieux si l’on peut dire mais il y a Fawtzi. Il vend des téléphones portables dans son quartier et il s’est auto proclamé son fiancé… Un jour il la prend en filature et tout basculera. Un journaliste Eddy Koekboek sera témoin de l’affaire à sa façon….

Je m’arrête ici pour ne pas gâcher votre plaisir de lecture et les rebondissements à venir.

Un sujet d’actualité, dans un quartier hypermédiatisé ; Molenbeek, on parle des « corbeaux » comme certains les appellent , toutes vêtues de noir, telle est la vision de la femme musulmane. Fatima s’étonne en effet du changement d’attitude de son père lorsqu’adolescente devenant, elle ne trouve plus la place sur les genoux de son père, plus jamais un câlin paternel…

Le poids des traditions, de la religion. La femme est la « chose » de l’homme. L’auteur avec beaucoup d’adresse démontre aussi les motivations et interprétations que l’on peut donner à certains actes; c’est facile de parler « terrorisme » et de dire qu’un acte isolé en est. Des oeillères et des préjugés empêchent souvent d’être rationnel. Il ne faut pas se fier aux apparences.

J’ai vraiment beaucoup apprécié la plume de Fouad Laroui que je découvrais ici. Elle est fluide, teintée d’humour et d’ironie, très juste et nous amène à nous poser des questions sur une société en changement guidée par des préjugés et de l’irrationnel sur un sujet brûlant.

C’est un coup de coeur ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Et puis cette phrase lue dans un livre de Ben Jelloun, à propos d’une jeune femme mariée à un vieillard pieux : « il lui lève les jambes, dit « Au nom de Dieu » et enfonce son membre dans la chair qui palpite dans l’obscurité ». Le sacrificateur enfonce le couteau bien aiguisé dans la chair de l’animal.

Que dit le verset coranique ? « Vos femmes sont un champ pour vous » Labourez et semez, complète-t-elle en pensée. Cheval de labour. Cheval de trait. Elle voit distinctement une image. Ardennais, Brabançon. Elle, qu’est-elle ? Jument, pouliche ?

Elle se venge des uns en se dénudant pour les autres, et se venge de ceux-là en ne leur accordant rien.

Honte ? Non. Je n’ai pas de honte. Personne ne connaît mon nom. Je n’y suis pour personne. Dès que les lumières s’éteignent, je cesse d’apparaître. On peut paraître et ne pas être : c’est moi, ça. Ma condition. De femme, objet, corps.

C’est plus compliqué, quand il s’agit de franchir le pont qui mène à la Porte de Flandre, celui qui enjambe le canal qui sépare les Marocains des Belges.

On se fait des idées, mais les idées tuent.

L’ampleur de la trahison se révèle par bribes. La chevelure en cascade sur les épaules… Il a l’impression qu’elle marche nue (ne disait-on pas, chez lui, ‘elle est sortie nue’ pour exprimer ‘elle est sortie en cheveux ‘?), il croit revivre ses rêves qui le hantent fréquemment où elle s’offre nue la nuit de noces – mais ce n’est jamais en pleine rue, et certainement pas dans celle des Poissonniers.

Le point commun est celui-ci : la radicalisation précède la conversion. L’islam n’est qu’un prétexte, comme le fut autrefois le tiers-monde ou « la cause du peuple » (il mima de ses doigts les guillemets) ou la révolution prolétarienne.

Ce n’est pas en répétant à ces hébétés qu’il y a un islam pacifique, ce n’est pas en essayant de les orienter vers le soufisme qu’on va les convaincre. Autant proposer une tasse de camomille à quelqu’un qui réclame de la vodka – si j’ose dire, vu le sujet…

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