Pourquoi les oiseaux meurent
Victor Pouchet

FINITUDE
septembre 2017
192 p.  16,50 €
ebook avec DRM 10,99 €
 
 
 
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E la nave va…

Prêts pour l’aventure ? Alors, embarquez-vous avec Pouchet (oui oui, comme l’auteur), sur le Seine Princess. Pour aller où ? Pour descendre la Seine, de Paris à Honfleur en passant par Bonsecours, Haute-Normandie. Car à Bonsecours, figurez-vous qu’une pluie d’oiseaux morts vient de s’abattre sur la ville et notre ami Pouchet (vous verrez, il est très attachant cet homme-là) est très intrigué par le phénomène.
Ah bon, pourquoi ?
Parce qu’il est originaire de Bonsecours, alors cette affaire le touche (contrairement au reste du monde qui n’en a rien à faire), peut-être aussi parce qu’enfant, il a eu un perroquet nommé Alfred, ce qui l’a sensibilisé à l’ornithologie et puis, au fond, ça fait longtemps qu’il n’a pas vu son père et ce serait l’occasion de resserrer les liens comme on dit. Enfin, il doit travailler ses cours et il n’en a pas vraiment envie…
Cela fait donc au moins quatre bonnes raisons de s’intéresser à cette chute d’oiseaux morts, alors, il embarque pour mener son enquête : et si c’était l’apocalypse, la fin du monde ? Qui sait ? Peut-être y a-t-il urgence ? Pouchet le sauveur de l’humanité, le super héros des temps modernes… Suivons-le !
D’abord, des pluies d’animaux, il y en a plein la Bible : des grenouilles, des taons, des sauterelles, cailles et autres bestioles en tous genres tombent du ciel… et autant le dire tout de suite, ça n’annonce rien de bon. Un signe ? s’interroge Pouchet (ce nom me fait toujours penser à Pécuchet ) . Une piste ? Qui sait ?
Pris en charge par Suzanne, la « commissaire de bord », notre aventurier, « de 40 ans au moins le benjamin » de toute la petite troupe, découvre les activités proposées par la compagnie maritime, grignote quelques viennoiseries, discute avec Jean-Pierre, ingénieur dans l’armement, qui lui fait un exposé détaillé sur le « Pigeon Project » (ou comment on avait imaginé utiliser des pigeons pour guider les missiles pendant la guerre) et regagne le pont afin d’observer les usines produisant des fumées capables de tuer quelques milliers d’oiseaux innocents. La pensée de Pouchet s’égare, il repense à son enfance, à ce qu’il est devenu…
La croisière prend son temps et dans sa cabine, notre enquêteur ouvre un à un les nombreux livres qu’il transporte ( Livre des damnés de Charles Hoy Fort, Histoire naturelle de Pline…), recopie des passages dans son cahier, et sombre dans le sommeil « dans un état intermédiaire entre le positif et le négatif, le réel et le néant ».
Il n’ira pas visiter Giverny ni écouter la conférence sur « le tournant impressionniste », en revanche, il boira quelques verres en écoutant l’impro du pianiste Cheval, ne manquera pas d’embrasser Clarisse avant de s’abandonner au refuge-sommeil dans sa cabine n°313.
E la nave va…
Entre lectures et déambulations, errements et divagations, Pouchet, qui n’est ni ornithologue ni touriste, espèce de « guignol égaré dans un voyage organisé sur la Seine pour sauver l’humanité courant à sa perte », avance vers un avenir incertain (la fin du monde?) et un passé qu’il se réinvente au gré de son imagination et de sa douce folie, se trouvant un ancêtre célèbre : un Pouchet, un Félix-Archimède Pouchet (et j’ai vérifié – moi aussi je mène mon enquête! –  le fondateur du Muséum d’Histoire Naturelle de Rouen est bien un certain Félix-Archimède Pouchet. De la famille de l’auteur ? Qui sait ?)
Où cette minutieuse enquête va-t-elle mener notre pauvre hère ? Peut-être à l’essentiel… donner un sens à sa vie, se divertir en offrant un peu de consistance à une existence bien tristounette : « Cette série d’élucubrations c’était sans doute la seule chose consistante que j’avais faite depuis quelques années. «- A quoi as-tu occupé ta jeunesse ? – J’ai rempli un cahier d’oiseaux morts. – Ah, très bien. »
Ou bien, est-ce le début de quelque chose de plus grave dépassant notre pauvre personnage et nous concernant tous : une espèce de menace qui s’appelle la disparition des espèces…
J’ai aimé le ton à la fois mélancolique et ironique de ce roman, qui met en scène un voyage insolite, absurde, une espèce d’embarquement, métaphore d’une quête intime, de soi et du père, un retour vers le passé, vers l’enfance d’un homme (double de l’auteur?) qui, ne sachant plus très bien où il en est et se voyant chuter (comme les oiseaux), se lance corps et âme dans un « river-trip normand » – est-il nécessaire d’aller bien loin pour se trouver ? – qui lui permettra peut-être de mieux se relever, de mieux repartir pour affronter la vie et « les ennemis de ses prochains duels ».
Un très beau texte sensible, drôle et plein de poésie …
A ne pas manquer…

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