Claude Simon
Editions de Minuit
double
janvier 1945
400 p.  9 €
ebook avec DRM 8,99 €
 
 
 
Jean Malaquais
Phébus
octobre 2009
560 p.  13 €
 
 
 
Henri Calet
Gallimard
l'imaginaire
juin 1979
182 p.  8,50 €
 
 
 

illustration Brigitte Lannaud Levy

 

« Le Square, c’est une histoire dont on hérite » nous déclare Nicolas Trigeassou en nous racontant comment il y a soixante ans Henri Leterrier forme le projet avec deux amis, anciens résistants comme lui, d’ouvrir chacun une librairie dans une ville de leur choix. Pour l’un ce sera, Poitiers, pour l’autre Dijon et pour lui-même Grenoble. En 1978, à la veille de prendre sa retraite, faute de repreneur,  il doit se résoudre à fermer les portes de son enseigne qui était spécialisée dans le savoir et les publications universitaires. Et c’est la magie du hasard qui fait se croiser Henri Leterrier et un autre Henri du nom de Causse, talentueux directeur commercial des Éditions de Minuit, plus proche collaborateur de feu l’illustre Jérôme Lindon  lui même fervent combattant pour le  prix unique du livre.  Le libraire lui raconte ses difficultés et Henri Causse qui ne peut se résoudre à ce qu’une ville aussi moderne que Grenoble puisse perdre une aussi belle librairie fait le tour de plusieurs confrères  éditeurs qui décident ensemble de sauver l’enseigne.   À cette occasion elle sera rebaptisée et repositionnée. La proximité d’un square et la référence littéraire au livre de Marguerite Duras édité par les éditions de Minuit imposent tout naturellement  un nom, ce sera « Le square ».  Sans se départir de sa caractéristique « universitaire » d’origine, la librairie va fortement développer son rayon littérature et ainsi se généraliser. « Venez nous rendre visite, nous saurons surement vous étonner » peut–on lire sur son site internet. Alors si l’esprit de curiosité vous anime, poussez les portes de cette très graphique  librairie toute bleue…comme une orange et vous ne serez pas déçus tant son offre est vaste et les conseils de son équipe de libraires avisés.  

Quel roman nous recommandez-vous de lire en cette rentrée littéraire ?
Patrick Deville « Taba-Taba » (Le Seuil).  C’est le livre-pivot de son œuvre et le plus abouti. Il y fait remonter la mémoire des géographies et nous parle des fantômes qui peuplent les mondes, de toutes ces vies possibles qui n’ont pas eu lieu. C’est la force de la littérature de pouvoir rendre compte de ça.

Et du côté des auteurs étrangers que nous conseillez-vous ?
Un véritable bijou écrit entre 1961 et 1964, « Le 28 Octobre » de Pier Chiara exhumé par les éditions La Fosse aux Ours. Un jeune home fuit sa ville natale et dans le train se remémore les faits qui l’amènent au 28 octobre 1932. Un texte dense, court sur le début du fascisme en Italie, mais aussi sur la découverte du plaisir et sur la lâcheté des hommes.

Y- a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
« Climats de France » de Marie Richeux (Sabine Wespieser). Ce que j’aime dans ce livre c’est la fragilité sur laquelle il repose. Qu’ont en commun des gens qui vivent en Algérie dans la cité « Climats de France » à Bab El Oued et ceux de l’ensemble de «  La cité heureuse» à Meudon où l’auteure a grandi ? Ces deux réalisations architecturales sont l’œuvre d’un seul homme :  Fernand Pouillon. Un texte d’une grande fraîcheur construit par fragments, comme des respirations qui laissent toute sa place au lecteur.  

À qui attribueriez-vous le prix Goncourt ?
À Patrick Deville, mais il n’est plus dans la liste. Alors Eric Vuillard pour son œuvre et sinon à Alice Zeniter pour « L’art de perdre » (Flammarion) qui démontre toute la puissance de la fiction pour faire rejaillir une mémoire enfouie.

Quel est le livre culte le plus emblématique de la librairie que vous défendez depuis toujours avec ferveur ?
Je suis incapable de n’en citer qu’un. Aussi je vous en donnerai  trois :

« La belle lurette » de Henri Calet, (L’imaginaire Gallimard) car la langue c’est l’écart ;
« Planète sans visa » de Jean Malaquais (Phébus) parce qu’il parvient à nous raconter tout ce qu’il y a comme contingences dans le tragique de l’histoire et enfin
« L’acacia » de Claude Simon (Éditions de Minuit), le seul auteur qui a inventé une langue pour dire l’épaisseur du temps.

Une brève de librairie
La générosité du photographe Bernard Plossu qui nous a proposé une exposition inédite de portraits d’écrivains. Elle est accrochée depuis l’automne sur nos murs et, quand on entre dans la librairie, tous ces regards bienveillants d’auteurs qui vous accueillent, c’est très fort. Principalement dans l’entrée,  il y a le portrait d’Albert Cossery, tout droit, muet, puissant. Il est venu ici pour une rencontre il y a vingt ans. Et par la magie de la photo, il est là aujourd’hui. C’est une belle émotion.   

Propos recueillis par Brigitte Lannaud Levy
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Le Square
3 place Docteur Léon Martin
38000 Grenoble
04 76 46 61 63

 

 

 
 
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