Dans les rapides
Maylis de Kerangal

Gallimard
folio
juin 2014
128 p.  6,30 €
ebook avec DRM 5,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Rock fiction

L’écriture de Maylis de Kerangal est déjà en soi très musicale, alors quand elle joue de sa plume pour nous raconter une histoire d’ados et de rock’n roll, attention aux riffs de ses mots, à la rythmique cadencée de ses phrases, « Dans les rapides » est un livre « rock, rock, rock ».

Nina, Lise et Marie ont 15 ans au Havre en 78. Elles sont soudées comme on peut l’être à cet âge-là et vibrent d’une connivence absolue. Leur quotidien s’organise dans une profonde monotonie. C’est la vie ordinaire d’adolescentes entre maison, lycée, café, tours en centre-ville. Elles font partie d’un club d’aviron, mais ce n’est pas en dévalant les rapides des rivières qu’elles vont ressentir ensemble, à l’unisson, leurs premières sensations fortes. C’est en écoutant « Parrallel Lines » de Debbie Harry par inadvertance, alors qu’elles font du stop, qu’elles ont une révélation. Avec sa voix unique « qui chante vite, et fort, et vite et fort et vite », la sensuelle Blondie devient leur idole, un modèle de mode, de féminité, de liberté et de volonté. Un rêve américain enfin à leur portée. Mais la musique comme l’amitié supporte difficilement les désaccords. Quand Nina tombe sous le charme de l’Anglaise Kate Bush et de sa pop aussi romantique qu’ouvragée, leur amitié se disloque comme cela arrive souvent au sein des groupes de rock. Debbie les avait réunies, Kate va les diviser.

Dans ce texte vintage, ardent et fiévreux, Maylis de Kerangal nous « fait respirer le passé » et ressentir les parfums oubliés de notre propre adolescence. Effet revival garanti. Cet auteur qui a grandi au Havre dans les années 70, a sans aucun doute mis beaucoup d’elle même dans le personnage de la narratrice Marie qui, à la fin de ce roman, fait ses premiers pas d’auteur pour un fanzine : « Alors ce fut le moment d’écrire, et mes doigts ont frappé à toute vitesse les premiers caractères, tactactac, c’était moi qui donnais maintenant le rythme ». Prémonitoire. Trente ans plus tard, Maylis de Kerangal n’a pas perdu ce rythme, bien au contraire. Il s’est accéléré, lui offrant une place de premier choix et très méritée sur le devant de la scène littéraire.

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