L'Empreinte
Alexandria Marzano-Lesnevich

traduit de l'anglais par Héloïse Esquié
Sonatine
janvier 2019
480 p.  22 €
ebook avec DRM 14,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

Marie-Laure Delorme notre critique invitée (Le JDD) a choisi L’empreinte de Alexandria Marzano-Lesnevich et elle nous dit pourquoi ici

Cet ouvrage est le coup de coeur de o n l a l u dans
 le #53 de notre rubrique q u o i l i r e ?

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je joue !

jusqu'au 22 septembre 2019

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 Les internautes l'ont lu

Ce livre n’est pas un roman mais un récit, celui du cheminement de l’auteure à travers son histoire familiale jusqu’à sa résilience.

Ricky Langley a été condamné à mort pour le meurtre d’un jeune garçon de 7 ans, puis après deux révisions de son procès à la réclusion à perpétuité. Il avait déjà été condamné pour pédophilie auparavant.

Alors qu’elle est étudiante en première année de droit à Harvard, Alexandria fait un stage dans un cabinet d’avocats en Louisiane. Ce cabinet est spécialisé dans la défense d’accusés qui risquent la peine de mort. C’est là qu’elle va visionner le témoignage de Ricky.

Contre toute attente, ceci va faire remonter à la surface de sa conscience la souffrance vécue dans son enfance : elle-même a été victime pendant des années des attouchements sexuels commis par son grand-père.

Son intérêt pour cette affaire va vite lui faire comprendre qu’elle serait tout à fait incapable en tant qu’avocate de défendre un auteur de tels actes. Elle prendra donc la décision de quitter le droit pour s’orienter vers la littérature.

Toutefois, elle n’abandonnera pas pour autant le cas Ricky Langley. Elle est attirée comme un aimant par cette affaire, allant même jusqu’à se rendre sur les lieux du crime. Elle est persuadée qu’en comprenant l’histoire de cet homme, elle comprendra mieux l’histoire de sa famille et pourra mettre un terme à la souffrance morale et physique qu’elle traîne depuis sa petite enfance.

Sans pathos et sans porter de jugement, Alexandria Marzano-Lesnevich dresse le tableau de vies aux conditions matérielles et psychologiques difficiles et nous fait prendre conscience que certains humains ont des chemins de vie terribles.

On peut se poser la question du choix du titre français : l’empreinte. A t-on voulu faire référence aux empreintes des doigts du meurtrier sur le cou de sa jeune victime ou sur l’empreinte de cette histoire sur l’auteure ?

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« Il s’agit toujours de la même conviction simple, fondamentale : celle que chaque individu est une personne, quoi qu’il ait pu faire, et que prendre une vie humaine est mal. »

Rick Langley. Il a tué un petit garçon en Louisiane. Lors de ses études de droits, Alexandria Marzano-Lesnevich tombe sur le dossier et l’histoire de Rick Langley. Alexandria qui a toujours été contre la peine de mort remet alors en question ses convictions. Pendant dix ans, elle va recueillir des informations sur Langley, sur son enfance, ses antécédents pédophiles, et tout va faire remonter à la surface sa propre histoire.

L’auteure mélange brillamment le thriller, l’enquête journalistique et l’autobiographie pour nous livrer un récit aussi captivant que glaçant. Elle aborde les sujets de la pédophilie, de l’inceste et de la peine de mort d’une manière à la fois éprouvante et douce. On est souvent mal à l’aise et à la fois, on souffre avec elle. Il faut en passer par les émotions les plus bouleversantes pour comprendre.

« […] ce qu’il me fallait, c’était tout ce qui ne figurait pas dans les dossiers que j’avais lus. Les émotions. Les souvenirs. L’histoire. le passé. »

L’empreinte. Ce qu’on pense parfois avoir oublié ou enfoui au plus profond de soi, n’est souvent finalement qu’en veille. Il ne tient qu’à un fil que tout resurgisse, il faut alors reconstituer le puzzle de sa mémoire. Certaines cicatrices ne sont pas visibles, elles sont là pour témoigner de qui est arrivé, mais il faut les porter, et apprendre à vivre avec. Et finalement, ce livre, c’est le cheminement d’Alexandria Marzano-Lesnevich pour aller de l’avant et vivre enfin pleinement. Car notre histoire oriente nos convictions, parfois de manière inconsciente.

« Nous sommes dans un cimetière. Mais pour moi, le passé n’est pas dans la terre. le passé est dans mon corps. »

Je ne trouve pas les mots pour bien vous parler de ce livre. En tant que mère, j’ai été très touchée par les mots d’Alexandria. Ce qui lui est arrivé m’a glacé le sang. Mais les actes et la conscience de Rick également. J’ai éprouvé divers sentiments à son égard. Son combat contre la pédophilie, sa volonté de se soigner, ses séjours en prison, son enfance, cela ne laisse pas indifférent malgré tout.

L’empreinte est telle une thérapie pour l’auteure. C’est le récit déchirant et bouleversant des traumatismes enfouis. Un livre empreint d’une grande sensibilité. Un livre qui dénonce, mais qui cherche aussi à comprendre et à apaiser. Pour se libérer.

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nuit blanche

CONDITIONS HUMAINES

Depuis Truman Capote et son « De sang froid » indépassable, on sait que le récit peut-être force de littérature comme peu de romans. La récit du fait divers. Le fait divers qui, avant d’alimenter les statistiques est ce qui arrive partout, chaque instant, sans même qu’on le remarque, qu’on le note, qu’on y fasse attention, souvent. Le fait divers s’évapore ainsi, se dissout dans l’histoire collective, l’air de rien, mais tout en la caractérisant, en la définissant. Le fait divers est l’histoire collective, est l’Histoire, tout court. Sa multiplicité en fait au final un monstre qui dit plus que bien des guerres, davantage que bien des réussites.
Mais tout le monde n’est pas Capote, tout un chacun, se proclame-t-il écrivain, n’est pas à même de raconter le fait divers, d’en faire un fait majeur, une histoire décisive, incontournable, célèbre et dépassant bien des imaginations.
Il faut une plume, bien sûr, un esprit aussi, pour approcher ces accidents et les restituer à un nombre plus grand que les personnes directement concerné.
Marzano Lesnevich (que nous appellerons Alexandria) s’empare d’un de ces faits sordides, le meurtre d’un enfant, pour le faire entrer en collision avec son histoire personnelle, elle même sordide, victime d’un grand père immonde, et pédophile. Le sujet est le pédophile capturé, jugé, et condamné, et l’autre pédophile, son grand père, jamais pris, jamais jugé, jamais condamné, noyé dans l’indulgence familiale qui est souvent de mise dans les cas d’inceste.
D’un coupable l’autre, Alexandria interroge cette justice, ces deux justices, celle qui se rend, et celle qui fuit, pour devenir injustice. Elle questionne notre rapport aux monstres, à notre promptitude à en exécuter beaucoup, à vivre avec les autres. Et, enfin, elle interroge notre capacité à sortir de tout ça, s’en affranchir, avancer quand même, sans plonger soi même, à tenter d’effacer l’empreinte laissée, profonde et tenace.
Tout est terrible dans son livre, les non dits comme les négligences de l’enquête, les oublis comme les aveux. Tout est terrible dans ce récit de conditions humaines à nu, tous cadavres sortis soudain des placards, laissant ici, là, les courageux et les vaincus.

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