L'Empreinte
Alexandria Marzano-Lesnevich

traduit de l'anglais par Héloïse Esquié
Sonatine
janvier 2019
480 p.  22 €
ebook avec DRM 14,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

Marie-Laure Delorme notre critique invitée (Le JDD) a choisi L’empreinte de Alexandria Marzano-Lesnevich et elle nous dit pourquoi ici

Cet ouvrage est le coup de coeur de o n l a l u dans
 le #53 de notre rubrique q u o i l i r e ?

partagez cette critique
partage par email
 Les internautes l'ont lu
nuit blanche

CONDITIONS HUMAINES

Depuis Truman Capote et son « De sang froid » indépassable, on sait que le récit peut-être force de littérature comme peu de romans. La récit du fait divers. Le fait divers qui, avant d’alimenter les statistiques est ce qui arrive partout, chaque instant, sans même qu’on le remarque, qu’on le note, qu’on y fasse attention, souvent. Le fait divers s’évapore ainsi, se dissout dans l’histoire collective, l’air de rien, mais tout en la caractérisant, en la définissant. Le fait divers est l’histoire collective, est l’Histoire, tout court. Sa multiplicité en fait au final un monstre qui dit plus que bien des guerres, davantage que bien des réussites.
Mais tout le monde n’est pas Capote, tout un chacun, se proclame-t-il écrivain, n’est pas à même de raconter le fait divers, d’en faire un fait majeur, une histoire décisive, incontournable, célèbre et dépassant bien des imaginations.
Il faut une plume, bien sûr, un esprit aussi, pour approcher ces accidents et les restituer à un nombre plus grand que les personnes directement concerné.
Marzano Lesnevich (que nous appellerons Alexandria) s’empare d’un de ces faits sordides, le meurtre d’un enfant, pour le faire entrer en collision avec son histoire personnelle, elle même sordide, victime d’un grand père immonde, et pédophile. Le sujet est le pédophile capturé, jugé, et condamné, et l’autre pédophile, son grand père, jamais pris, jamais jugé, jamais condamné, noyé dans l’indulgence familiale qui est souvent de mise dans les cas d’inceste.
D’un coupable l’autre, Alexandria interroge cette justice, ces deux justices, celle qui se rend, et celle qui fuit, pour devenir injustice. Elle questionne notre rapport aux monstres, à notre promptitude à en exécuter beaucoup, à vivre avec les autres. Et, enfin, elle interroge notre capacité à sortir de tout ça, s’en affranchir, avancer quand même, sans plonger soi même, à tenter d’effacer l’empreinte laissée, profonde et tenace.
Tout est terrible dans son livre, les non dits comme les négligences de l’enquête, les oublis comme les aveux. Tout est terrible dans ce récit de conditions humaines à nu, tous cadavres sortis soudain des placards, laissant ici, là, les courageux et les vaincus.

partagez cette critique
partage par email