Le diable en personne
Peter Farris

traduit de l'anglais par Anatole Pons
Editions Gallmeister
neo noir
août 2017
265 p.  20,50 €
ebook avec DRM 13,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Sauve qui peut la vie

Faire se croiser deux personnalités que rien ne rapproche est un ressort de scénario puissant s’il est utilisé avec talent. L’Américain Peter Farris en joue avec maîtrise et doigté dans « Le Diable en personne », son deuxième roman après « Dernier appel chez les vivants », publié en 2015. Une histoire de cavale sans temps morts, que le lecteur traverse en apnée.

L’action se passe dans le sud profond des Etats-Unis, dans les forêts de Géorgie. Elle démarre en trombe dans le coffre d’une voiture où une jeune prostituée a été enfermée par deux brutes. La fille comprend qu’ils vont l’éliminer et leur échappe. Dans sa fuite, elle trouve asile sur la propriété d’un vieil illuminé, solitaire et armé.

Le danger écarté, ils croient pouvoir reprendre leur chemin et se passer l’un de l’autre. Mais la fugitive détient sans le savoir des secrets explosifs et reste une cible. Son vieil allié, plus malin qu’il en a l’air, devine la menace. Il flaire également, chez la jeune femme, une profondeur étouffée par les maltraitances. Cette découverte réciproque de deux personnalités marginales constitue le principal moteur de l’intrigue.

L’auteur ne s’en tient pas là. Un sherif bourru et incorruptible, qui veille dans l’ombre, apporte au roman une dimension purement policière dosée avec justesse. Avant les plats de résistance promis pour la rentrée, ce « Diable en personne » (« Ghosts in the Fields » en V.O.) est déjà mieux qu’une simple mise en bouche. Un vrai coup de coeur et une révélation.

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The devil inside

Maya est une prostituée, une fille de Mexico, gangster proxénète qui règne sur une ville du Sud-Est des Etats-Unis avec l’aide ou en soutien du maire de la plus grande ville de l’Etat de Georgie.

Malheureusement pour Maya, le maire s’est entiché d’elle, se l’accapare et partage tout avec elle : ses projets et donc ses magouilles. Maya est ainsi devenue celle qui en sait trop et qu’il faut éliminer. Dans ces cas-là, Mexico a la solution : des terrains marécageux infestés de crocodiles qui ont l’avantage de ne pas laisser traîner de traces.

Heureusement pour Maya, les sbires de Mexico ne brillent ni par leur intelligence ni par leur efficacité. Elle va parvenir à s’enfuir et va trouver refuge auprès de Leonard qui manie le fusil comme on manipule un truc avec lequel on a grandit : avec aisance et naturel. Chez Léonard, l’hospitalité n’est pas un vain mot, qu’on soit ami ou ennemi : on y reste longtemps… mais pas dans le même état physique.

Loin de révolutionner le genre, Peter Farris livre néanmoins ici un récit parfaitement maîtrisé. On ne s’attachera pas trop à la stricte cohérence ou crédibilité des situations décrites. Elles ont pour vocation à servir de canevas au récit de la relation, ambiguë ce qu’il faut, entre Maya et Leonard. On cherche à deviner qui apprivoise qui : qui du vieux bougon qui défend bec et ongles son territoire, comme il l’a toujours fait, ou de la jeune fille à l’esprit vif séduit l’autre, sans parler de Marjean, la « femme » de Leonard, mais c’est encore une autre histoire. Le rôle de ce personnage clef du roman pourrait faire l’objet d’une analyse à lui tout seul mais en livrer une ici serait déflorer une partie de son mystère. On peut dire en tout cas qu’il crée un lien physique, on ne peut pas dire charnel, entre Leonard et Maya. Il endosse aussi le rôle capital et salutaire de catharsis qu’il remplit avec une aisance et une présence rare.

La rencontre du vieil excentrique et de la jeune paumée en fuite s’avère aussi efficace qu’explosive, Maya emmenant dans son sillage ce que Mexico propose de plus méchant et de plus pervers.

Pour autant, Peter Farris se garde bien de faire des gentils purement gentils. Si les méchants sont particulièrement méchants, retors, sans pitié… les gentils ne sont pas de gentils agneaux inoffensifs. Peter Farris les pousse dans leur retranchement pour en faire suinter, pour en expurger, quand bien même cela se fait dans le cadre d’une noble cause de défense du pot de terre contre le pot de fer, le pire. Comme si la méchanceté des truands était une maladie contagieuse qui se propagerait dans les corps et les esprits des gentils, comme si le monde envisagé par Peter Farris était forcément corrompu, comme la ville d’Atlanta, jamais citée mais pourtant présente à l’esprit, ou l’état de la Géorgie gangrenés par la plus vile des corruptions et les plus perverses collusions entre politique et grand banditisme.

Peter Farris construit son récit autour de personnages chez lesquels il va chercher les meilleurs des pires et le pire chez les meilleurs… Un livre diablement efficace !

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« Appelle-moi Leonard et dis-moi « tu ». »

Maya en sait trop, elle doit être éliminée. Deux sous-fifres l’emmènent dans le coffre de leur voiture au fin fond de la Géorgie du Sud, une région sous leur coupe où ils planquent toutes sortes de choses. Hélas pour eux, ils s’aventurent sur les terres de Leonard.
A quoi tient une réputation ? Certes, Leonard a mille ans et vit avec un mannequin de cire (qu’il emmène partout), fut un bootlegger renommé et est devenu un misanthrope pratiquant. Mais entre Maya et lui se construit une relation.
Parviendra-t-il à faire le poids devant ceux qui cherchent à l’atteindre ?…
Un roman tendu et nerveux qui s’y entend pour installer ses atmosphères. Certaines images sont tellement fortes qu’elles perdurent dans le cerveau, ce champ aux épouvantails erratiques, ces grottes sombres aux dédales dangereux, la sensation d’être une souris prise au piège dans cette cabane qui semble bien fragile en regard de ceux qui lui veulent du mal, tout nous place instinctivement du côté de Leonard, pourtant loin d’être un saint. Un western efficace et prenant.

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