Midi
Cloe Korman

Le Seuil
cadre rouge
août 2018
224 p.  18 €
ebook avec DRM 12,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

Théâtre d’été et fantômes d’hiver

Dans ce troisième roman, Cloé Korman parle magnifiquement de l’enfance, ce monde à part, innocent et cruel, et des adultes qui ne savent pas toujours écouter et recueillir ses mots/maux. Entre un Paris hivernal et les souvenirs d’un été marseillais, entre culpabilité et sensualité, on se laisse happer par ce beau roman troublant.
L’été de l’insouciance
Juillet 2000 : Manu et Claire arrivent à Marseille pour un travail saisonnier, l’encadrement d’un stage pour enfants dans un théâtre associatif dirigé par Dom, un jeune homme du quartier charismatique. Rapidement, les deux filles tombent sous son charme, et un triangle amoureux s’instaure entre eux. Entre les activités avec les enfants qui adaptent et montent « La Tempête » de Shakespeare, et les moments insouciants sous le soleil méditerranéen, les adultes oublient un peu leurs responsabilités. Pourtant, au milieu du groupe, une enfant différente et inquiète attire l’attention. Mais, timorés et l’esprit occupé, les animateurs repoussent la confrontation avec une réalité dérangeante qui se terminera tragiquement.
L’hiver de la culpabilité
Cette histoire ressurgit quinze ans plus tard, alors que Claire, devenue médecin, retrouve Dom agonisant dans son service hospitalier parisien, qui la replonge dans le souvenir de cet été fatidique. Le roman est ainsi construit comme une tragédie rétrospective ; le dénouement a déjà eu lieu et demeure immuable, avec des péripéties qui apparaissent après coup comme autant de négligences criantes. Entre fantômes anciens et culpabilité rémanente, les personnages sont devenus spectateurs de leur propre passé, se colletant avec le drame de cet été-là dans l’espoir que la catharsis opère enfin. « Midi » est un très beau roman sur les mots, ceux qu’on dit, ceux qu’on tait ou qu’on ne veut pas entendre, et sur les rôles que la vie oblige à endosser. L’écriture sensuelle et sensible dit l’entre-deux, la légèreté et l’impuissance des jeunes adultes, l’enfance solaire et meurtrie. Un grand coup de cœur !

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