Annie Ernaux
Gallimard
quarto
octobre 2011
1088 p.  25,90 €
 
 
 


Illustration Brigitte Lannaud Levy

Faire vivre l’esprit buissonnier dans leur librairie, celui qui porte à s’évader dans les chemins de traverse pour ne pas aller là où l’on souhaitait se rendre et se laisser surprendre. Tel a tout de suite été la volonté de Manuel Hirbec et de Betty-Duval Hubert quand ils ont repris en 2010 la librairie l’Armitière d’Yvetot en pays de Cau. Yvetot, terre d’enfance de l’immense Annie Ernaux, terre de littérature et de culture.  Pour affirmer sa différence et son indépendance c’est en 2012  que la librairie  est baptisée « La Buissonnière » et offre une nouvelle identité visuelle en rouge et blanc évoquant de façon graphique ces chemins de découvertes et de curiosités en milieu rural. Cette dénomination  lui va comme un gant tant elle exprime la façon singulière qu’a son équipe d’animer les lieux. Ils aiment  surprendre les lecteurs en leur faisant découvrir les livres auxquels ils ne s’attendent pas, mais aussi en leur proposant une démarche originale que Manuel Hirbec qualifie d’ « inclusive et participative ». Ils ont constitué un collectif de fidèles clients, fervents lecteurs à qui ils remettent en juin les services de presse des éditeurs pour faire une sorte de comité de lecture de la rentrée d’automne. Les échanges qui en ressortent sont passionnants et riches d’enseignement pour les libraires eux-mêmes, qui font en retour de belles découvertes littéraires  et cassent ainsi certains a priori sur les livres et leurs auteurs. Ils impliquent aussi les lecteurs avant l’été en les faisant participer à une sélection de livres de poche. Sans parler d’une forte dynamique en terme de rencontres et d’évènements. Voilà une librairie pas comme les autres, où l’on peut véritablement se sentir comme chez soi.

Quel roman nous conseillez-vous de lire ?
«Quelques jours dans la vie de Thomas Kusar» de Antoine Choplin (La Fosse aux Ours). L’histoire d’un personnage fictif, garde-barrière en Tchécoslovaquie qui, par les hasards de la vie, rencontre Václav Havel, ce qui va bouleverser son destin.  Une belle histoire de taiseux qui ne parlent pas beaucoup, mais parlent juste. Ce n’est pas un livre politique, mais un très beau roman sur l’engagement de chacun.

Et du côté étranger ?
Je vais être buissonnier et faire un pas de côté  en vous proposant un essai, celui de l’historien Patrick Boucheron: « L’histoire mondiale de la France » (Seuil). Cette somme est devenue immédiatement un livre de fonds qui va rester. Au moment où la relation à l’autre n’a jamais fait aussi peur, cette réflexion sur l’identité collective de la France nous apporte un recul dont nous avions besoin. Ça balaie l’histoire de la France, de la grotte Chauvet jusqu’à 2015. Une histoire qui se construit à travers les liens entretenus avec le reste du monde qui la nourrit.

Quel premier roman vous a particulièrement marqué ?
«Eremia» de la poétesse bulgare Zinaïda Polimenova. Un roman court d’une centaine de pages publié par les Éditions du Chemin de fer. Une plongée au cœur des Balkans à la fin du 19e siècle. L’histoire d’un jeune garçon Stoyan, une âme pure, entraînée  dans les luttes d’indépendance au crépuscule de l’Empire ottoman.  Une écriture douce, sans violence, au bénéfice d’une histoire intense de révolte. Une jolie découverte, avec un travail remarquable de l’éditeur dans la conception-fabrication avec des magnifiques monotypes de Yann Bagot.

Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
« Polisseur d’étoiles » qui est l’intégrale des poésies  de Federico Garcia Lorca (Erès,collection po&psy) . Un très bel objet-livre illustré. 1142 pages à savourer au fil du temps.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez depuis toujours avec ferveur ?
De toute évidence, pour sa puissance littéraire et son lien avec Yvetot, « Écrire la vie » d’Annie Ernaux (Quarto-Gallimard). Bien évidemment nous avons tout le fonds Ernaux à la librairie et quand nous l’avons reçue pour cette publication, il y avait 500 personnes pour cette rencontre. En dehors de son œuvre, qui y est présentée de façon chronologique, il y aussi des inédits, des extraits de son journal, un cahier photographique où l’on peut voir l’immeuble de la librairie.

Une brève de librairie
Je vais vous parler d’une émotion. Celle de Pierre Martot, comédien de la série télé «Plus belle la vie» , originaire d’Yvetot, qui est venu faire une lecture lors de la soirée inaugurale du changement de nom. Il y avait une centaine de personnes. Sa mère était là, son émotion était telle qu’il l’a transmise au public lui-même très ému. Inoubliable.
Propos recueillis par Brigitte Lannaud Levy
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Librairie La Buissonnière
10 place Victor Hugo
76190 Yvetot
02 35 56 19 10

 

 

 

 

 

 
 
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