Véronique Olmi
Albin Michel
août 2017
455 p.  22,90 €
ebook avec DRM 15,99 €
 
 
 

i   n   t   e   r   v   i   e   w
Véronique Olmi

« Jamais je ne retrouverai une héroïne comme Bakhita« 

Bakhita est née au Darfour dans les années 1870, elle a été enlevée à sept ans pour être vendue comme esclave, a subi toutes les horreurs que l’on peut subir dans de telles circonstances puis, rachetée par le consul d’Italie, a fini par être affranchie avant d’entrer dans les ordres et d’être canonisée par Jean-Paul II. Quel destin ! Bakhita aurait pu dix fois devenir l’héroïne de films ou de livres, mais il faut croire qu’elle attendait Véronique Olmi pour la sortir de l’ombre. Celle-ci s’est emparée de cette histoire avec passion, envoûtée par son personnage. Et les voici toutes deux, après un long périple, au cœur de la rentrée littéraire… 

Comment avez-vous « rencontré » Bakhita ?
J’ai une maison en Touraine et un été, à la sortie du marché, je suis entrée dans l’église pour la visiter. La messe était célébrée par un prêtre africain et Bakhita était la patronne de cette église. Il y avait son portrait avec quelques repères biographiques. J’ai été happée par ce visage, et une fois rentrée chez moi, je l’ai googelisée. Rien n’avait été écrit sur elle à l’exception d’un ouvrage ancien et officiel, « La storia meravigliosa ». J’ai jeté le roman sur lequel j’étais en train de travailler, et je suis partie en Italie avec ma vieille voiture. La Touraine-Venise… pas très direct comme trajet, mais fabuleux !

Qu’est-ce qui vous a fascinée dans ce destin ?
Ce qui m’a frappée d’abord, c’est que Bakhita n’était pas son vrai prénom, car elle ignorait le sien. Je me suis demandé comment il était possible de se construire lorsque l’on avait tout oublié des lieux, des gens, et qu’on ne pouvait même pas se nommer. Elle n’avait plus aucun repère de sa propre enfance, pas une photo, un dessin, un témoin, un lieu, un objet. Quelle force était la sienne pour continuer à vivre malgré tout, et d’où lui venait cette force ? C’est une héroïne puissante et lumineuse. Une énigme aussi.

Même si vous êtes romancière, n’avez-vous pas été tentée de lâcher la fiction pour un récit purement historique ?
Ce qui m’intéressait, c’était le retentissement de Bakhita en moi, ce parcours intérieur qu’elle avait suivi. J’ai rencontré les sœurs de son couvent, marché, rêvé sur ses traces. Mais je n’ai pas effectué de vérification dans les archives ou dans la bibliothèque du Vatican, je ne suis pas allée en Afrique. Mais j’ai respecté les dates, les lieux, les repères cruciaux. J’ai recommencé ce roman plusieurs fois, je n’arrivais pas à trouver comment raconter cette histoire. C’est un personnage complexe, qui lutte tout le temps, qui a honte de son ignorance. 

Avez-vous l’impression qu’écrire ce livre était une expérience différente des précédentes ?
C’est la première fois qu’un livre s’impose. Pendant trois ans, je ne parlais que d’elle à mes amis, je leur disais « Bakhita a six ans », et deux mois plus tard, « elle a huit ans »… Je voyais bien qu’ils commençaient à s’inquiéter pour moi ! Et j’ai terminé lors d’un soir difficile dans ma vie, j’étais comme en autohypnose et je n’ai pas dormi pendant vingt-quatre heures. Mais jamais je ne retrouverai une héroïne comme elle. Elle m’a véritablement changée, j’ai décidé que dorénavant l’angoisse ne serait plus mon moteur, et que j’attaquais la deuxième partie de ma vie.

Propos recueillis par Pascale Frey

 
 
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