Michel Bussi
Presses de la Cité
octobre 2017
464 p.  21,90 €
ebook avec DRM 14,99 €
 
 
 

Quel lecteur êtes-vous Michel Bussi ?

« A quinze ans, j’aimais Othello…

et Hercule Poirot. »

Depuis quelques livres, il est membre du club très fermé des auteurs des best-sellers. Polars atypiques, ses romans nous embarquent à Giverny, aux belles heures de l’impressionnisme (« Nymphéas noirs »), sur les falaises escarpées de la Corse (« Le temps est assassin ») et aujourd’hui à Marseille avec « On la trouvait plutôt jolie » et l’immigration en toile de fond…

Si ce professeur de géographie a toujours lu, il lui a fallu un certain temps pour réaliser qu’il pouvait devenir romancier lui aussi. Depuis un an, il a cessé d’enseigner pour se consacrer à l’écriture. Ce qui ne l’empêche pas de rester un lecteur curieux et généreux.

Quels sont vos premiers souvenirs de lecture ?
Ma mère était institutrice, donc il y avait des livres à la maison. J’ai dévoré les fameuses «bibliothèque rose et verte», avec une prédilection pour la série des Alice, dont j’aimais le petit côté chasse au trésor. J’étais moins friand des livres dits sérieux.

Comment choisissiez-vous vos livres ?
Dans le petit village de Normandie où nous vivions, il y avait un bibliobus. Qui est devenu plus tard une bibliothèque. C’est là que je me fournissais. La lecture était vraiment l’un de mes passe-temps favoris.

Comment ont évolué vos goûts ?
Je continuais à lire beaucoup et à dévorer tout ce qui était policier : les romans d’Agatha Christie, Arsène Lupin, Sherlock Holmes. Puis, peu à peu, je me suis tourné vers la littérature française, les grands best-sellers de l’époque comme « Monsieur Papa » ou « E=mc2, mon amour » de Patrick Cauvin, l’histoire de deux gamins qui tombent amoureux. Je me souviens aussi de « La nuit des enfants-rois » de Bernard Lentéric, « La Mort est mon métier » ou « Malevil » de Robert Merle. Et puis Barjavel, Marcel Aymé, des livres qui flirtaient avec le fantastique et la science fiction.

A l’école, vous avez bien dû lire des classiques pourtant ?
Oui et cela ne m’a pas passionné ! Zola, Balzac m’ont un peu ennuyé à l’époque. Ce n’était pas ma tasse de thé. Ce que m’a apporté l’école en revanche, c’est l’univers de la science fiction. Dès la 4e, j’ai découvert Tolkien. Il n’était pas très connu en France à l’époque, car il n’y avait pas encore eu l’adaptation cinématographique du « Seigneur des anneaux ». Je me rappelle également avoir dévoré Shakesperare, en 3e. J’étais probablement trop jeune pour en comprendre toutes les subtilités, mais l’aspect très romanesque et surtout le côté historique m’enthousiasmaient. J’ai fait un exposé sur lui et ma prof était ravie d’avoir enfin un élève concerné par ses cours. Mais lorsque, le trimestre suivant, je lui ai proposé un compte-rendu sur « Poirot quitte la scène » d’Agatha Christie que j’aimais tout autant qu’« Othello », elle s’est montrée très déçue !

Pourquoi n’avez-vous pas suivi d’études littéraires ?
Pour deux raisons. D’abord parce que j’ai été très vexé de ma note de français au bac, alors que c’était ma meilleure matière. La question était quelque chose comme « a-t-on encore besoin des classiques » et j’ai dû répondre « pas du tout » ! Et puis, comme je me dirigeais vers le métier de professeur, je ne me voyais pas enseigner toute ma vie l’orthographe et la grammaire. Alors que dans l’histoire-géo, il y a quelque chose de très ancré dans le monde…

Cette formation d’histoire-géo vous aide-t-elle dans l’écriture ?
Sans doute, mais il est difficile de déterminer à quel point, car cela reste très inconscient pour moi. Mais il est vrai que mes romans sont assez situés, ils ne sont pas apatrides.

Avez-vous continué à lire pendant vos études ?
Moins. Jusqu’à la thèse, mon temps de lecture était limité, mais je me suis alors tourné vers la BD. J’ai découvert de vrais talents de scénaristes. Notamment Jean Van Hamme, un as du retournement à qui l’on doit « Largo Winch », « XIII ». Jean-Michel Charlier qui a signé les scénarios des « Blueberry », dignes des grands westerns. Leur souffle m’a certainement influencé dans la façon de raconter des histoires.

Et après la BD ?
Je suis devenu maître de conférence à la fac, avec plus de temps que pendant mes études. Je me suis remis à lire des choses qui correspondaient à ce que j’aimais, qui allaient m’inspirer, comme « Les fourmis » de Bernard Werber, « Les rivières pourpres » de Jean-Christophe Grangé, « Le Parfum » de Patrick Suskind, les livres de Stephen King.

Quel livre provoquera le déclic pour écrire ?
« Un long dimanche de fiançailles » de Sébastien Japrisot. Tout de suite après l’avoir terminé, je me suis dit, c’est ça que je veux faire. Japrisot situe son roman dans une réalité très poétique et met en scène les tranchées. Je sens le lien entre l’histoire et le lieu où elle se déroule. J’aime que l’on m’emmène quelque part. Je connais bien les plages du débarquement à côté desquelles j’ai grandi. C’est ainsi qu’est né mon premier roman, « Gravé dans le sable ». Mais à cette époque, je dévore aussi « La maison assassinée » de  Pierre Magnan, dans lequel il y a une intrigue extrêmement forte, un assassinat dans une ferme et des rebondissements.

Cherchez-vous toujours la même chose dans la lecture ou le fait d’être devenu écrivain a-t-il changé votre regard de lecteur ?
J’ai moins de spontanéité, surtout dans mes lecture de polars. Je vois les coutures, mais je reste quand même très bon public. Un Frank Thilliez, un Bernard Minier et je me laisse avoir ! Je suis curieux, et j’aime bien décortiquer le texte, comprendre pourquoi un livre marche.

Vous dirigez-vous vers d’autres lectures ?
Effectivement, grâce aux rencontres que je fais dans les festivals et les salons, j’emprunte d’autres chemins. J’adore par exemple « Pas de temps à perdre » et « Comme dans un film » de Régis de Sa Moreira, même si ce n’est pas mon univers. Il a un style original qui me plaît. J’ai aussi beaucoupé apprécié dernièrement « Mal de pierre » Milena Agus, « La folle allure » de Christian Bobin ou « Neige » de Maxence Fermine, un récit poétique avec une économie de mots.

Ces nouvelles lectures vous influencent-elles ?
Pas pour l’histoire, mais cela me pousse vers une écriture plus épurée, plus poétique, cela m’encourage à jouer avec les mots, à montrer plus d’audace…

 

COMMENT LISEZ-VOUS ?

Tablette ou papier ?
J’ai trop lu de thèses d’étudiants sur ordinateur, j’en ai marre ! Je préfère donc le papier.

Marque-pages ou pages cornées ?
Pages cornées. J’adore quand quelqu’un vient en signature avec un livre tout pourri, gondolé parce qu’il est tombé dans le bain !

Debout, assis ou couché ?
Le plus souvent couché, car je bouquine avant de m’endormir. Mais aussi assis et debout, car je lis beaucoup dans les transports en commun.

Jamais sans mon livre ?
J’ai effectivement toujours un livre sur moi.

Un ou plusieurs à la fois ?
Un généralement, même s’il y a une pile à côté de mon lit. Mais je n’aime pas mélanger les lectures.

Combien de pages avant d’abandonner ?
Trois, quatre ! J’abandonne rarement, mais en revanche, si je n’accroche pas tout de suite, je laisse tomber.

 

LES CINQ INCONTOURNABLES

« Un long dimanche de fiançailles » de Sébastien Japrisot

« Dix petits nègres » d’Agatha Christie

« L’écume des jours » de Boris Vian

« Le petit prince » d’Antoine de Saint-Exupéry

« Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part » d’Anna Gavalda.

Propos recueillis par Pascale Frey
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