Virginie Despentes
Le Livre de Poche
litterature
octobre 2007
160 p.  6,10 €
 
 
 
Edith Wharton
Gallimard
l'imaginaire
février 1984
210 p.  8,50 €
ebook avec DRM 3,99 €
 
 
 

Les beaux jours 

illustration Brigitte Lannaud Levy

L’engagement. Voilà la valeur première qui règne au sein de cette belle librairie généraliste de la ville de Tarbes.  Pour Florence Andrieux, les livres sont là avant tout pour bousculer  les attendus, remettre en question l’ordre établi  et surtout ne jamais caresser les esprits dans le sens du poil. Rien d’étonnant à ce que cette orientation soit clairement identifiée et qu’il y ait une attente forte et plus particulière des clients sur cette offre de textes de révoltes. C’est après avoir vu sur une banderole de manifestant cette promesse « Les mauvais jours finiront », qu’elle trouve l’idée du nom de son enseigne qu’elle ouvre en 2011 avec une associée. Aussi surprenant que cela puisse paraître, cette préfecture des Hautes-Pyrénées n’avait jusqu’alors plus de librairies indépendantes. Et c’est dans le très bel espace d’une ancienne pharmacie qu’elles s’installent en gardant les meubles d’apothicaire en bois avec l’idée qu’ici on continue d’une certaine façon à soigner, mais en se concentrant sur les âmes avec les livres pour remèdes. «On ne cherche pas à conseiller des choses consensuelles. Surtout pas de fast-librairie  » nous déclare Florence Andrieux. Elle conçoit « les Beaux jours » comme un véritable refuge, avec la volonté que les lecteurs puissent prendre leur temps, pour regarder, découvrir, « Pour s’émerveiller comme dans un jardin anglais » nous dit-elle avec poésie.

Quel est votre conseil de lecture du moment ?
Un petit livre de Thomas Vinau qui fait suite à « 76 clochards ou presque » (Le Castor astral ). Il s’intitule « Des étoiles et des chiens. 76 inconsolés ». Voilà un auteur qu’on aime beaucoup. Ces deux livres vont ensemble.  Ce sont des portraits d’artistes, de peintres, de musiciens, d’écrivains. Des marginaux célèbres ou méconnus qui sont allés au bout de leur art et y ont laissé des plumes.  Jim Harrison, Henri Calet, Amy Winhouse… Tomas Vinau est un poète au départ, dont on reconnaît la prose à la première ligne. Il a ce goût unique pour les mélancoliques, pour les êtres fragiles dont les émotions sont aussi une force et offrent de jolies perspectives.

Et du côté des auteurs étrangers ?
« Gorille mon amour » de Toni Cade Bambara. (Ypsilon).  Un recueil de nouvelles  sur la communauté noire américaine. Dans un style direct et spontané, cette auteure admirée et soutenue par Toni Morison raconte des histoires cocasses, pétillantes et  impertinentes. Comme si « Zazie dans le métro » était revisité par Spike Lee. C’est un livre magnifique.

Y-a-t-il un premier roman qui vous a marquée ?
La réédition en poche d’un premier roman coup de poing « L’attente du soir » de Tatiana  Arfel  ( Corti).  Le style est éblouissant, l’histoire d’une originalité folle. Je le remets en pile régulièrement et le défends avec cœur. Trois marginaux, trois âmes perdues nous racontent à tout de rôle leur sombre parcours et comment ils vont repousser leurs murs intérieurs pour donner des couleurs à leur vie. C’est très beau, c’est presque un conte.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
Impossible de choisir, je vous en citerai deux. :

« King Kong théorie » de Virginie Despentes (Grasset). Un livre d’utilité publique que l’on a toujours en pile sur le comptoir. Au-delà de son côté emblématique du nouveau féminisme, c’est un grand texte, un livre politique qui remet beaucoup de choses à l’endroit.  Virginie Despentes y a tout écrit bien avant le mouvement « Me too » ou « Balance ton porc ». Un livre à lire pour tous les hommes et les femmes de 7 à 77 ans tant il casse les préjugés et les hypocrisies. Il a une dimension sociale très forte, portée par une écriture puissante, une rage incroyable.
« Ethan Frome »  de Edith Wharton.  (P.O.L #Format poche), dans la formidable traduction de Julie Wolkenstein. C’est un pur diamant noir.  Une histoire d’amour entre un jeune homme pauvre et une jeune femme qui n’est pas de la même condition que lui. Un roman très sombre sur le déterminisme social. La fin est une claque absolue.

Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
J’ai essayé à plusieurs reprises de lire « Le bruit et la fureur » de William Faulkner sans y parvenir, tant je suis déstabilisée par ce texte. Mais il y a tellement de gens dont j’estime les goûts littéraires pour qui c’est le roman préféré que je me suis juré de le reprendre.  Il y a aussi « Les frères Karamazov »  le chef-d’œuvre absolu de Dostoïevski.

Une brève de librairie
Nous faisons un métier de transmission, nous sommes des passeurs qui peuvent être à contre-courant.  Aussi l’été dernier j’étais fière, heureuse de défendre et vendre  « Jérôme » de Jean Pierre Martinet. (Finitudes). Nous en avons fait le best-seller de l’été de la librairie. On mesure alors l’importance du conseil et à quel point les lecteurs nous suivent.  En l’occurrence, « Jérôme » c’est la voix d’un damné, un fou, un tordu qui vit chez sa mère de tous ses fantasmes. Pourquoi recommander l’été des livres légers alors qu’on peut faire l’effort de plonger dans des textes  exigeants et sombres. On a justement du temps, de la disponibilité pour cela. Dans ce roman, la beauté du style de Jean Pierre Martinet tient la noirceur du sujet à distance, et ce n’est pas du glauque pour du glauque. C’est un livre injustement méconnu porté par une écriture hallucinante.  A découvrir.

Propos recueillis par Brigitte Lannaud Levy
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Les beaux jours
18 avenue de la Marne
65000 Tarbes

 

 

 

 

 

 
 
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