critique de "Le groupe", dernier livre de Jean-Philippe Blondel - onlalu
   
 
 
 
 

Le groupe
Jean-Philippe Blondel

Actes Sud Junior
actes sud junior
mars 2017
125 p.  13 €
ebook avec DRM 9,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Plus on écrit… plus on écrit

Lorsque Marion, professeur de philosophie, lui propose de monter un atelier d’écriture avec des élèves de terminale, François n’a pas le cœur de refuser. Écrivain et professeur d’anglais, il devient alors le capitaine d’un bateau, guidant des marins vers ce qui le fait vibrer le plus au monde : l’écriture. Dans ce groupe de douze -dix élèves, deux adultes-, aucun jugement ni conseil, mais une parole libérée de toutes contraintes. La théorie de François : plus on écrit, plus on écrit… c’est à dire que plus on s’exerce, moins on aura de difficultés à s’exprimer. Une heure par semaine pendant un an, réunis en huit clos, le groupe va s’entraîner grâce à de petits exercices, retranscrits chaque fois sur les pages, exercices qui les amèneront à réfléchir, et à faire part de leurs sentiments, de leurs doutes, de leurs questionnements intérieurs.

Tout le monde à égalité

Pendant soixante minutes, les participants sont sur un pied d’égalité. Dans la petite salle de réunion, le rapport professeurs/élèves n’existe plus. Penchés sur leurs feuilles, le stylo à la main, ils écrivent, de concert. Subtilement, l’auteur nous fait entrer dans les pensées des personnages : celles de lycéens, Léo, Nina, Émeline, Maxime… et celles des deux enseignants. Grâce à leurs textes parfois malhabiles, leurs vies vont apparaître, comme par enchantement.

Le jeu de l’intime

Roman polyphonique, « Le groupe » ne conte pas seulement les récits de vie croisés de lycéens ; il tend surtout à laisser apparaître les émotions face à l’écriture, le processus d’une action tellement personnelle que les élèves ne doivent pas relever la tête lorsqu’ils écrivent, seul ordre du professeur, afin de ne pas perturber les autres. Peu à peu, s’astreignant avec toujours plus de rigueur aux activités d’écriture proposées par François, ils finissent chaque fois par jouer le jeu dangereux de l’intime, même en se glissant dans la peau d’un autre. Le piège se referme sur eux, et leur aventure au départ personnelle, sera désormais pleinement collective. De ce cloisonnement, dont ils ne pensaient pas qu’il irait aussi loin, ils en sortiront grandis, bouleversés, désabusés… et le lecteur aussi.

 

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 Les internautes l'ont lu

A partir de 14 ans

Sur une initiative de la prof de philo, de janvier à mai dans un lycée de Troyes s’établit un atelier d’écriture. Ils sont dix élèves de terminale à s’inscrire, toutes orientations confondues (et non pas que des profils « L »), et deux profs à l’animer. Il y a Marion, donc, et monsieur Roussel, le prof d’anglais. Enseignant depuis plusieurs décennies dans ce même lycée, il est également écrivain, à la notoriété établie. C’est la première fois qu’il se lance dans un projet de cette nature, il ne sait pas vraiment où ça peut les mener, même s’il est convaincu d’une chose : « S’ils ne jouent pas le jeu, s’ils trichent, s’ils essaient de faire les malins, cela va être très décevant. Mais s’ils se donnent vraiment, s’ils font tomber les barrières, alors prépare-toi, c’est renversant. » Ils seront douze à être renversés…
A son habitude, Jean-Philippe Blondel mêle sa vie à la fiction et place des filtres qui semblent transparents – mais évidemment on n’en sait rien. Ce qu’on sait, en revanche, c’est que le roman donne drôlement envie de s’inscrire soi-même à un atelier d’écriture. Il y a quelque chose de très stimulant dans ces rendez-vous hebdomadaires et l’auteur nous fait toucher du doigt la manière dont chacun s’enrichit réellement au contact de l’autre, loin de l’image de l’écrivain solitaire et maudit. On admire les textes produits sous contraintes par ces jeunes si attachants et on prend plaisir à se poser des questions sur l’épilogue.

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