Ça aussi, ça passera
Milena Busquets

Folio
Monde entier
mai 2015
192 p.  6,60 €
ebook avec DRM 6,49 €
 
 
 
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« Il n’y a pas de conversation plus pathétique au monde, plus vouée à l’échec que celle de deux individus essayant d’évaluer leur amour. »

Blanca est une grande fille toute simple : quarante ans, deux fils de deux précédentes unions, des amies, des amis et plus si affinités. Elle vient de perdre sa mère et même si elle est très entourée, le monde s’écroule pour elle – à jamais. Sa mère était à ce point tout pour elle qu’elle déambule depuis, ni tout à fait là ni complètement absente. C’est l’été, tout le monde se retrouve dans la maison familiale au bord de la mer. Comment fait-on son deuil ? Blanca a sa façon à elle, faite de sexe, de vin blanc très frais, de flirts innocents (ou prometteurs) et de plâtrées de moules après un bain glacial. Tout comme elle aime édicter des sentences à visée profonde (« Ce que nous pensons n’est pas si important que ça, c’est ce que nous voyons qui compte »), tout en balayant comme mesquin tout ce qui pourrait – même de loin – lui porter ombrage. Son ex-compagnon ne veut pas reprendre la vie commune ? Beaucoup trop rigide, de toute façon, hier soir il a tiqué parce que les garçons dînaient de trois crêpes au chocolat. Sa copine prend mal son flirt avec son amoureux ? Mais c’est ça, l’amitié, c’est tactile, elle embrasse quand même qui elle veut, non mais. Tout est sur ce mode, qui s’aimerait léger, aérien, sans conséquences, une espèce d’allégorie du dandysme, la politesse des esprits vraiment libres, et le charme est présent, il n’y a pas de doute à ce sujet; le corollaire étant un manque de substance qui fait qu’on est parfois à la limite du désintérêt – en tout cas je l’ai été.

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coup de coeur

Enterrement sous le lumineux soleil de Cadaqués

En refermant ce beau roman, on imagine Almodovar derrière la caméra, nous montrant le décor et la lumière de Cadaqués et rassemblant ici une galerie d’actrices et d’acteurs qu’il sait si bien dénicher. Le Claude Sautet des Choses de la vie aurait sans doute aussi pu mettre en scène l’histoire de Blanca dont le scénario tient en quelques lignes, voire en quelques mots : « C’est fait. Ma mère est morte. Je crois que je vais m’installer à Cadaqués. »
Au seuil de la quarantaine, ce décès est l’événement qui va entraîner l’introspection : « lorsque le monde commence à se dépeupler des êtres qui nous aiment, nous nous transformons peu à peu, au rythme des morts, en inconnus. »
Pour essayer de supporter sa solitude nouvelle, elle choisit de quitter Barcelone pour la maison familiale, entourée de ses amies Sofia qui « transforme tout en événements frivoles et festifs dont elle est le centre » et Elisa, de ses deux ex-maris, Óscar et Guillem, sans oublier les amis et voisins installés dans la petite ville côtière.
« Assis à l’arrière, il y a les trois enfants, Edgar, Nico et Daniel, le fils de Sofia, à côté d’Úrsula, la baby-sitter. Je conduis et Sofia joue le copilote. Je continue à trouver bizarre et un peu absurde que ce soit moi qui dirige tout ça, moi qui décide de l’heure de départ, tienne le volant, donne les instructions à Úrsula, choisisse les affaires que vont emmener les enfants. »
Pour se changer les idées, elle regarde les autres vivre, pour mettre entre parenthèse la mort elle a aussi recours au sexe. Elle qui a la chance d’avoir entrevu l’esprit des années 1960, croit toujours à la liberté sexuelle, même si comme le décor qui l’entoure, les choses ont beaucoup changé et la nostalgie prédomine : « Les souvenirs s’amoncellent les uns sur les autres et forment un voile compact qui, pour une fois, ne m’étouffe pas. J’imagine qu’une maison familiale, c’est cela, un lieu qui a vu passer tout le monde et où tout est arrivé. »
Entre la chronique de cette parenthèse estivale et la relation de ses souvenirs Milena Busquets raconte la relation d’une fille avec sa mère, raconte cette mère avec beaucoup de pudeur et de subtilité et la peur de ce qui va arriver, la crainte de ne pouvoir maîtriser ce manque, cette absence.
C’est avec beaucoup de finesse et de subtilité que l’auteur évite les écueils du pathos ou de la mièvrerie. Elle sait, à l’image de cette amie qui vient la secouer, que la vie doit l’emporter. « Ta mère est morte, elle était âgée et très malade, pendant les derniers mois elle a beaucoup souffert et t’as fait beaucoup chier, mais elle a eu une vie merveilleuse, elle a aimé et a été aimée, elle a réussi, elle a eu des amis, des enfants, elle s’est amusée et, d’après ce que tu dis, elle a toujours fait ce qui lui plaisait. Et tu l’aimais, et tu es triste et un peu paumée, mais ça ne te donne pas le droit de foutre en l’air la vie de tout le monde. »
Peut être que le beau ténébreux croisé à l’enterrement – comment drague-t-on dans un cimetière ? – lui permettra de panser ses plaies…

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coup de coeur

Un roman lumineux

Il émane de ce livre de la chaleur, de la lumière et une émotion qui grandit peu à peu, trouvant son paroxysme dans les trois pages d’épilogue. Le passage très remarqué de Milena Busquets dans l’émission « La Grande Librairie » m’avait donné envie (et je ne suis certainement pas la seule) de découvrir ce que pouvait bien écrire cette femme si sympathique, naturelle, pétillante, impertinente, et dont le charme faisait briller les yeux de tous les hommes présents sur le plateau.

Alors je me suis laissé guider par Blanca, dans les ruelles de Cadaquès, chauffées par le soleil de l’été et bordées par une mer scintillante « comme si toutes les étoiles de la nuit précédente y avaient sombré ». Blanca vient de perdre sa mère, l’enterrement est encore récent et c’est donc le premier été sans elle dans la maison familiale de Cadaquès, à proximité du cimetière où elle demeure à présent. Blanca est une contradiction ambulante, à la fois femme-enfant peinant à rompre le cordon ombilical et femme libérée entourée de ses deux ex-maris (chacun étant le père de l’un de ses fils). Blanca aime la vie par-dessus tout, l’amour, le sexe. Le sexe qui la fait se sentir vivante. Avec Oscar, ex-mari numéro 2, malgré leur impossibilité à vivre ensemble. Avec Santi son amant, marié de son côté, en vacances à Cadaquès lui aussi. Et pourquoi pas avec cet inconnu aperçu lors de l’enterrement de sa mère et qu’elle ne cesse de croiser dans les rues de la petite ville.

Pendant ces quelques jours de farniente à la plage, de sorties en bateau, dans une ambiance de famille recomposée un peu bohème et élargie aux amis avec ses grandes tablées, Blanca commence en fait son deuil. Sauf qu’elle bannit la tristesse, choisit la lumière, marchant ainsi sur les traces de sa mère qu’elle qualifie de « femme de sa vie ». S’esquisse alors le portrait d’une femme exigeante, libre, vivante, dont la petite fille puis l’adolescente devait sans cesse capter l’attention et à laquelle elle continue à s’adresser mentalement, avec tendresse, humour et une pointe de reproches. Cette femme qui lui a transmis cette chose précieuse qui consiste à apprécier la vie et surtout à la vivre. Parce que tout passe. « La douleur et la tristesse passent, comme la joie et le bonheur ».

Ce livre est incroyablement dense compte tenu de sa faible pagination. Et il n’a rien de léger malgré les apparences, la personnalité de Blanca ou la crudité du ton, parfois. C’est un hommage à une merveilleuse relation et un très beau portrait de femme. C’est une ode à la vie, à la liberté, un éloge de la transmission, une incitation à la grandeur, à la hauteur de vue et à la légèreté. En cela, les trois dernières pages sont tout simplement bouleversantes.

Un roman lumineux, un vrai coup de cœur dont je ferais bien mon livre de chevet pour les prochains mois et que je conseille à chacun de glisser dans son sac cet été.

Retrouvez Nicole G.  sur son site 

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on n'aurait pas dû

La vogue pour ce livre est incompréhensible

J’ai été profondément déçue par ce livre : un cas typique de narcissisme, d’autoapitoiement et de centrage sur soi-même d’une femme sans intérêt et sans morale.

Cherche-t-elle à choquer quand elle raconte qu’elle passe ses vacances avec ses deux ex maris, couche avec l’un en fantasmant sur un troisième croisé à l’enterrement de sa mère?

Cherche-t-elle à démontrer que tout est possible, racontable et que l’on peut vivre en ayant la tête vide, un manque de responsabilité total?

Avec une touche de snobisme sur Cadaquès, sur une impression de vacances sans contrainte, un peu de boboisme, on a ce livre qui, certes, se lit vite, mais ne laisse aucune impression sinon d’étonnement que les critiques ne puissent dire la vérité sur ce livre.

De quels appuis bénéficie l’auteur? en Espagne ou en France?
Voilà mes impressions, passez votre chemin sauf si vous aimez Cadaquès et lisez ou relisez un autre roman.

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