critique de "Purity", dernier livre de Jonathan Franzen - onlalu
   
 
 
 
 

Purity
Jonathan Franzen

traduit de l'anglais par Olivier Deparis
Points
mai 2016
840 p.  9,40 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Un Jonathan Franzen au top

Jonathan Franzen publie là sans conteste son meilleur livre depuis « Les Corrections ». Son talent pour camper des personnages incarnés, son don pour dérouler une histoire avec une logique implacable, tout en interrogeant le sens du secret dans nos vies à l’ère d’Internet, font de « Purity » un roman passionnant de bout en bout.

Après ses études pour lesquelles elle a contracté une dette de plus de 100 000 dollars, Purity, alias Pip, travaille dans une agence de télémarketing et habite un squat communautaire à Oakland, tâchant de se libérer de la possessivité d’une mère qui l’a élevée seule en lui cachant l’identité de son père. Pip se cherche, connaît des amours décevantes, déteste son travail, mais a une idée fixe : retrouver son père pour qu’il assume son devoir et l’aide à rembourser son prêt. Un jour, elle entend parler d’Andreas Wolf, un homme à la réputation sulfureuse, expatrié en Bolivie où il a fondé le Sunlight Project, sorte de lanceur d’alerte. Certains voient cette organisation comme une secte de pirates informatiques servant les intérêts mégalomanes de son gourou, tandis que d’autres considèrent les Andreas Wolf comme les garants de la transparence et de l’indépendance face aux transactions entre Etats, groupes financiers et médias. Toujours est-il que le Sunlight Project recrute, et que Pip se laisse convaincre par l’aventure, attirée par le charisme du meneur.

L’auteur déploie avec brio sa toile romanesque autour de Pip, qui devient à son insu le rouage principal d’une vengeance qui la dépasse. Certains personnages sont étonnants, comme le méphistophélique Andreas Wolf, venu d’Allemagne de l’Est, sur laquelle le romancier pose un regard aussi critique que sur l’Amérique contemporaine. On se laisse transporter par les parcours de chacun, rattrapés par leurs secrets les plus intimes. Du reste, peut-on encore demeurer anonyme, hors des radars numériques ? Comment préserver sa part cachée quand on est amoureux ? Autant de questions que Pip se pose au fil du roman, qui mène parallèlement une réflexion sur le journalisme d’investigation à l’heure où tout internaute a le pouvoir de s’improviser témoin. Cette densité romanesque, imprégnée des mythes qui révèlent les écueils de l’amour, de la parentalité et de l’individualisme, se fond dans les atmosphères des banlieues américaines, de l’Allemagne des années 80 et de la nature bolivienne.

Un bonheur de lecture et un roman qui nous habite longtemps : Jonathan Franzen n’a vraiment pas usurpé son titre de « Grand Romancier Américain » décerné par Time Magazine.

partagez cette critique
partage par email