critique de "La trace", dernier livre de Forrest Gander - onlalu
   
 
 
 
 

La trace
Forrest Gander

traduit de l'anglais par Dominique Goy-Blanquet
Sabine Wespieser
litterature
février 2016
300 p.  22 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Western ou roman noir ?

Captivant, fort, haletant, tel est le livre de Forrest Gander qui s’ouvre sur une scène de roman noir : le meurtre violent d’un individu dont on ne connaît ni l’identité, ni celui de son tueur, non plus que les raisons de ce crime. Or, on est au Mexique, dans une zone réputée pour ses cartels de la drogue, ses trafics et ses homicides. Le ton est donné ? Pas tout à fait…

Chapitre deux : un couple d’Américains fait tranquillement route dans le vaste désert de Chihuahua. Hoa est céramiste d’art, Dale, son mari, enseigne à l’université de Caroline du Nord. C’est lui qui a eu l’idée de ce voyage en lien avec ses travaux sur Ambrose Bierce, l’auteur du célèbre « Dictionnaire du Diable » disparu mystérieusement un siècle auparavant dans cette partie nord du désert mexicain, après avoir rejoint les troupes révolutionnaires de Pancho Villa. Des conjectures circulent sur sa mort, mais aucune certitude n’a jamais été établie, aussi Dale profite-t-il des vacances pour aller enquêter sur le terrain. Ce court voyage d’étude est aussi l’occasion pour le couple de se retrouver après une année éprouvante sacrifiée à leur fils, étudiant à la dérive qui a coupé les ponts avec ses parents. Derrière les vitres de la voiture de location, où s’insinue une chaleur poussiéreuse et accablante, défile un paysage hypnotique composé de vieilles haciendas, de chiens errants, de roche et de sable à perte de vue sous un ciel aveuglant. Bien que Dale ait soigneusement préparé leur itinéraire, ils dévient de leur trajet, s’arrêtent, prennent des raccourcis. Le territoire et le temps s’étirent autour de l’habitacle, petit théâtre intime où rien n’échappe à l’autre, où les silences sont angoissants et les querelles culpabilisantes. L’atmosphère caniculaire et collante se double alors d’une tension grandissante, insufflée par une intrigue parallèle dont on pressent qu’elle va tôt ou tard rattraper nos explorateurs… Difficile d’en dire davantage, car rien n’est donné d’emblée, et le lecteur comprend avec délectation les secrets et les dangers de ce périple au fur et à mesure que les kilomètres s’accumulent et que les pages se tournent.

Il est des histoires qui vous happent comme un vautour se jette sur sa proie. « La trace » est de celles-là. Traversée du désert, odyssée, tous ces mots ont ici un double sens, comme le titre du roman. S’il fallait n’en retenir qu’un, je choisirais celui-ci : l’empreinte que cette pépite romanesque laissera durablement dans votre esprit.

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