En attendant Bojangles
Olivier Bourdeaut

FINITUDE
janvier 2016
160 p.  15,50 €
ebook avec DRM 6,49 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Tendre est la folie

Il fallait bien pour nous consoler un peu des drames de la fin d’année qu’apparaisse dans le paysage littéraire de cette rentrée de janvier ce livre-surprise dont tout le monde parle et qui visiblement fait l’unanimité : lecteurs, libraires et media réunis. Ce « feel good book » comme les appellent les Anglo-saxons est d’ores et déjà promis à une best-sellerisation garantie car tous les ingrédients d’un large succès sont là. Il n’était même pas encore sorti en France qu’il était déjà vendu dans sept pays et ce n’est qu’un début. Par ailleurs, ce qui ne peut être qu’un indéniable atout, c’est que ce primo romancier de 36 ans, n’est pas sans rappeler par son charme, l’auteur suisse à succès Joël Dicker. Il devrait comme ce dernier porter haut et fort les couleurs de ce roman familial « very full sentimental ». On imagine déjà qu’en mars prochain il y aura foule pour sa signature au Salon du livre de Paris rebaptisé « Livre Paris ». Et c’est tant mieux tout cela, parce que ce premier roman un peu dingo et profondément extravagant parvient avec délicatesse à toucher toutes les cordes sensibles du lecteur en le faisant passer sans crier gare du rire aux larmes avec élégance et une confondante simplicité. Olivier Bourdeaut qui avoue dans l’avant –propos avoir tricoté son texte au point mousse «  avec des mensonges à l’endroit, à l’envers, parce que la vie est comme ça », est déjà sans conteste la grande sensation éditoriale version 2016, comme l’ont été avant lui, à leur époque, Anna Gavalda, David Foenkinos ou Grégoire Delacourt . Voilà le nouveau venu de la prose populaire de qualité. Et ne boudons pas notre plaisir, un peu de poussière d’étoiles dans les yeux cela ne fait jamais de mal.

Tout d’abord il y a cette chanson de Jerry Jeff Walker « Mr Bojangles ». Toute la B.O de ce roman tient à celle-ci dans sa version la plus émouvante, chantée par l’éblouissante Nina Simone. George, son épouse et leur jeune fils dansent inlassablement sur cet air-là, dès qu’ils l’écoutent. C’est à dire tout le temps. Toujours ce même et unique vinyle sur leur tourne -disque : « Cette musique était vraiment folle, elle était triste et gaie en même temps et elle mettait ma mère dans le même état ». En une phrase, voilà résumée toute l’histoire d’« En attendant Bojangles ». Celle d’une femme à la fragilité « borderline », racontée par son petit garçon tout aussi attendri que subjugué par cette maman originale et totalement barrée, toujours prête à déraper pour ne pas dire dévisser. On découvre aussi l’amour fou que lui porte son mari « chasseur de mouches au harpon », à travers la lecture d’extraits de ses carnets secrets. Cette épouse et mère anti-modèle, délicieusement excentrique assume ses failles en dansant avec sa démence. « J’ai toujours été un peu folle alors un peu plus un peu moins, ça ne va pas changer l’amour que vous me portez ».

Chez eux tout est poussé à l’extrême et pas seulement les sentiments. Leur animal de compagnie est une grue de Numidie appelée «Mademoiselle superfétatoire», parce qu’elle ne sert à rien ; leur meilleur ami qu’ils adorent est surnommé affectueusement « l’ordure »; le courrier n’est jamais ouvert encore moins jeté et s’accumule en pile vertigineuse; les meubles recouverts de lierre sont arrosés chaque jour ; leur fils est déscolarisé, il est nourri de façon désynchronisée: on lui donne du gigot d’agneau au goûter; la vérité se doit d’être drôle comme un mensonge: c’est une obligation; on boit beaucoup de cocktails alcoolisés et particulièrement quand on fait de la gym (c’est la gym tonic) ; ils possèdent un château en Espagne, un vrai… Et quand on enferme leur mère et épouse bien-aimée chez les « décapités de la tête », une seule solution s’offre au père et au fils, kidnapper leur belle.

Marguerite, Renée, Joséphine, Marylou, Louise, Colette… Si Georges n’appelle jamais sa femme plus de deux jours par le même prénom, cette dernière s’amuse beaucoup de cette habitude qui n’est qu’une excentricité parmi tant d’autres de ce mari éperdu d’amour et prêt à se perdre pour elle. C’est un engagé volontaire d’une cause que l’on pressent perdue d’avance. Elle pourrait s’appeler aussi Nicole ou Zelda tant elle nous fait penser à l’héroïne de « Tendre est la nuit » et à celle qui l’a inspirée : l’épouse psychotique de Francis Scott Fitzgerald aux rêves de danseuse brisés. S’il y a des échos avec l’univers de l’auteur américain, la comparaison s’arrête définitivement là. Disons que chez Olivier Bourdeaut la folie est plus twistée, plus douce et plus diluée. Esthétique dirons-nous. On pourrait regretter que trop de bons sentiments dans les facéties accumulées de ses personnages rendent cette romance un peu trop sirop. Mais ce très léger coup de griffe n’enlève rien au plaisir que vous ressentirez à la lecture de ce livre enchanteur. Faites-vous plaisir, accordez-vous ce swing et plongez confortablement dans cette folle romance. En écoutant « Mr Bojangles » bien sûr.

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coup de coeur nuit blanche

Une petite merveille.

Une petite merveille. Attention objet littéraire particulier. Il m’a fait vivre une palette d’émotions intenses, c’est juste un enchantement. A lire en écoutant la magnifique chanson de Nina Simone « Mr Bojangles » qui continue à me trotter dans la tête. C’est depuis le début que ce roman m’attirait mais son énorme succès m’avait rendue un peu méfiante, j’avais tort. Ce livre est jubilatoire. Attention bienvenue dans une famille hors du commun, dans un monde « onirique » et peu moral. Une famille – où le prénom de la maman change chaque jour -, qui passe ses soirées à danser, boire et faire la fête. C’est une famille où l’on mange à pas d’heure, où l’on décide tout à coup de partir au château en Espagne. Il y a un tas de courrier non ouvert qui s’accumule comme un matelas de feuilles mortes dans lequel on a envie de se jeter dedans. C’est une famille où l’on se vouvoie, où l’on s’invente des journées extraordinaires… bref une famille vivant hors norme dans laquelle le fils qui nous raconte ici ses souvenirs d’enfance. Il les regarde émerveillé mais il devra faire la part des choses entre ce qu’il vit au quotidien et la réalité de notre monde. J’ai d’emblée adhéré à cette vie fantasque assimilant rapidement à la lecture le récit à « L’écume des jours » de Vian. Avec du recul, il me fait également penser à l’univers d’Alexandre Jardin… C’est fluide, c’est l’amour fou et inconditionnel d’un couple. C’est une narration à double voix, celle du fils qui est entraîné dans la vie folle de ses parents qui nous raconte ses souvenirs d’enfance et le regard croisé au travers du journal intime de son père ou mari qui nous fait partager sa passion et le chemin pris qu’il savait dangereux. Dangereux car dans la seconde partie du récit, tout bascule. Du fantasque, pétillant, de la vie, de l’extravagance, on bascule dans les émotions vers le tragique. C’est un immense coup de coeur, une histoire magnifique traitant de la folie, de l’amour, s’aimer à la folie, l’envie de jouer le jeu jusqu’au bout, souffler le chaud et le froid. C’est frais, c’est original, poétique, rempli d’humour, une écriture juste magnifique qui ne laisse en tout cas pas indifférent. Quelle magnifique surprise. Merci à Julie ma binôme de me l’avoir proposé en LC, vous trouverez son avis et celui de beaucoup d’autres qui se sont joints à nous. Ma note : ????? Les jolies phrases Je me suis déjà mariée mille fois avec lui, car voyez-vous, le mariage étant le plus beau jour de la vie, nous avons décidé de nous marier tous les jours, ainsi notre vie est un perpétuel paradis. Je mentais à l’endroit chez moi et à l’envers à l’école, c’était compliqué pour moi, mais simple pour les autres. Tout le monde faisait des petits mensonges parce que pour la tranquillité c’était mieux que la vérité, rien que la vérité, toute la vérité. Je m’étais dit que j’étais moi aussi légèrement frappé de folie et que je ne pouvais décemment pas m’amouracher d’une femme qui l’était totalement, que notre union s’apparenterait à celle d’un unijambiste avec une femme tronc, que cette relation ne pouvait que claudiquer, avancer à tâtons dans d’improbables directions. Et moi dans ce cirque, j’avais accepté d’endosser le rôle de Monsieur Loyal, d’enfiler une redingote à breloques, de mettre en scène les envies, les concours, les orgies, les fantaisies et, avec ma baguette, tenter de diriger ces folles opérettes. Tu sais, fiston, Suzon a beaucoup d’imagination, elle joue avec tout, même sa filiation, mais dans l’arbre, ta Maman, ce sont les racines, les feuilles, les branches et le tête en même temps, et nous, nous sommes les jardiniers, nous allons faire en sorte que l’arbre tienne debout et qu’il ne finisse pas déraciné, lui avais-je répondu par une métaphore confuse enroulée dans un enthousiasme forcé, tandis qu’il acceptait dubitativement sa mission sans la comprendre vraiment.

Retrouvez Nathalie sur son blog 

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coup de coeur

En attendant Bojangles… la révélation de 2016!

Commençons par goûter les belles qualités de visionnaire d’un auteur sur de son fait et qui fait dire à son narrateur: «J’avais appelé son roman En attendant Bojangles, parce qu’on l’attendait tout le temps, et je l’avais envoyé à un éditeur. Il m’avait répondu que c’était drôle et bien écrit, que ça n’avait ni queue, ni tête, et que c’était pour ça qu’il voulait l’éditer. Alors, le livre de mon père, avec ses mensonges à l’endroit à l’envers, avait rempli toutes les librairies de la terre entière. Les gens lisaient Bojangles sur la plage, dans leur lit, au bureau, dans le métro, tournaient les pages en sifflotant, ils le posaient sur leur table de nuit, ils dansaient et riaient avec nous, pleuraient avec Maman, mentaient avec Papa et moi…» Ajoutons que ce premier roman a effectivement suscité un tombereau de critiques élogieuses et que je ne vais pas déroger à la règle. Voilà une œuvre qui brille par son originalité, son humour, sa folie et sa petite musique. Une légèreté apparente qui emporte tous les suffrages. Poursuivons avec quelques mots sur la construction et le style. En donnant la parole à un enfant, l’auteur peut pointer les incongruités de la vie d’adulte et la difficulté de comprendre les choses les plus anodines, à l’exemple de ce sénateur, ami de la famille : «La journée, il allait travailler au palais du Luxembourg, qui se trouvait bien à Paris, pour des raisons que j’avais du mal à comprendre. Il disait qu’il allait travailler tard mais revenait toujours très tôt. Le sénateur avait un drôle de train de vie. En rentrant il disait que son métier était beaucoup plus drôle avant la chute du mur, parce qu’on y voyait beaucoup plus clair. J’en avais déduit qu’il y avait eu des travaux dans son bureau, qu’on avait cassé un mur et bouché les fenêtres avec.» L’autre bonne idée dans la construction du roman est d’offrir au lecteur des extraits du récit écrit par son père, ce qui donne aussi une autre perspective à l’histoire de la famille. Car les excentricités continues finissent aussi par emprisonner ce père amoureux fou : «Après des années de fêtes, de voyages, d’excentricités et d’extravagante gaîté, je me voyais mal expliquer à mon fils que tout était terminé, que désormais, nous irions tous les jours contempler sa mère délirer dans une chambre d’hôpital, que sa Maman était une malade mentale et qu’il fallait attendre sagement de la voir sombrer. Je lui avais menti pour pouvoir continuer la partie.» Arrivons enfin au bel aphorisme de Chris Marker, «l’humour est la politesse du désespoir», pour souligner que jamais il n’aura trouvé meilleure illustration que dans ce beau roman. Je comprends fort bien tous ceux qui ne veulent pas dévoiler la fin du roman à leurs lecteurs, mais pour moi cette histoire d’amour fou est d’abord le cri d’un enfant qui se retrouve seul. Aussi m’attarderai-je davantage sur ce désespoir, qui est beaucoup moins abordé par la plupart des chroniqueurs. Pour moi la formidable réussite de ce roman tient à la manière choisie par Olivier Bourdeaut pour nous raconter ce drame absolu. Avec la finesse et la légèreté d’une bulle de champagne, il accroche le lecteur en retraçant les différents épisodes de la vie de cette famille qui a choisi de rêver sa vie plutôt que de garder les pieds sur terre. Épisodes épatants, rocambolesques, enchanteurs… avant de basculer dans la folie. On est donc plus proche du Fitzgerald de «Tendre est la nuit», du Vian de «L’écume des jours» que de Queneau ou des comédies de Capra, références souvent mentionnées. Les premières facéties, très amusantes, conduisent à des pathologies plus sévères, à l’internement de la mère du narrateur, puis à son enlèvement et à la fuite de la famille vers l’Espagne. Mais, comme le dit Zola dans La fortune des Rougon : « L’écroulement de ses châteaux en Espagne fut terrible ». Voilà un grand livre, de ceux qui laissent une trace indélébile longtemps après l’avoir refermé.

Retrouvez Henri-Charles Dahlem sur son blog

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coup de coeur

L’amour à la folie

Un fils raconte l’amour fou de ses parents l’un pour l’autre. Depuis le début, Georges joue le jeu et c’est la fête à la maison autour de l’extravagante et imprévisible Louise. Même si le livre est rythmé par le slow de Nina Simone « Mr Bojangles », leur vie ressemble à un tourbillon, une valse éperdue, sensuelle. Tous les trois se vouent une admiration sans borne sous les yeux de Melle Superfétatoire et l’Ordure, sénateur grand ami de la famille. Une histoire d’amour fou. Un jeu de rôles où personne n’est dupe, sans l’avouer. Tous jouent le jeu de la fête éternelle. Le fils a très vite compris que leur vie n’étaient pas la vraie vie et qu’il doit mentir, ne pas mélanger les deux mondes. Derrière les feux de la rampe, il y a le désespoir de la folie. Vouloir arrêter le temps, ne pas ouvrir le courrier, boire des cocktails avec les amis, fuir la réalité, avoir un château en Espagne… Entre les pages du fils, il y a le journal du père. Si le petit garçon vit cette illusion au premier degré, Georges sait, dès le début, que les dés sont pipés. Il vit en connaissance de folie, jusqu’à ce que la folie gagne. Alors, le rideau tombe sur la vraie vie qui les rattrape. L’écriture du fils est enjouée, rapide, celle du père, plus inquiète, nostalgique. Un premier livre pétillant, comme le champagne avec un arrière-goût de fin de fête qui se lit d’une traite. Juste la bonne longueur pour apprécier. Bien sûr, j’écris cette chronique en compagnie de Nina Simone (qui a rythmé une partie de ma vie) et de Mr Bojangles.

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coup de coeur

Champagne!

Quel bonheur que ce livre qui pétille de joie, une vraie coupe de champagne, un moment magique ! Dès la première page, pop, le bouchon a sauté et c’est parti, ça fuse, ça swingue et ça tourbillonne dans tous les sens. C’est l’histoire d’un couple fou d’amour, extravagant, plein de charme : George qui dit descendre d’un prince hongrois ami de Dracula ou bien d’un riche industriel américain et sa femme : Marguerite ou Georgette ou Renée (finalement, on ne connaîtra jamais son vrai prénom !) : « Je n’ai jamais bien compris pourquoi, mais mon père n’appelait jamais ma mère plus de deux jours de suite par le même prénom. » Dans leur sillage, farandole de paillettes et de notes de musique, sont entraînés un petit garçon, le narrateur, qui se demande : « Comment font les autres enfants pour vivre sans mes parents ? », et un animal de compagnie : une grue de Numidie surnommée « Mademoiselle Superfétatoire car elle ne servait à rien ». Ah ! j’oubliais l’ami : l’Ordure avec lequel ils jouent à la bavette, jeu qui consiste à envoyer dans la bouche de celui que l’on a en face des anchois et des amandes salées… Si on vise mal, ça pique ! On découvre une très belle histoire d’amour, un hymne à la vie et au bonheur quoi qu’il arrive : on danse sur « Mr Bojangles » de Nina Simone des slows voluptueux, on fait la fête tous les soirs en buvant des cocktails avec une foule de gens, on se raconte des histoires extraordinaires, on fuit à tout prix la raison, l’ennui, on réinvente ce qui déçoit quitte à mentir « à l’endroit, à l’envers », on oublie tout ce qui empêche de vivre heureux et surtout, on n’ouvre jamais le courrier pour être sûr de n’être pas rattrapé par la triste réalité ! Et l’on danse, on danse, on saute sur les lits et l’on fuit en Espagne, sur un coup de tête, voir les amandiers en fleurs. Hélas, danse rime parfois avec démence et comme le dit l’auteur dans une interview, « on passe alors de la folie douce à la folie pure. » Les carnets écrits par le père sont plus graves et l’on sent le vent tourner… Un texte vraiment plein de charme, de poésie et d’invention : on rit et on est bouleversé par cette tendresse qui émane de ce couple. Jetez-vous sur ce livre, si ce n’est pas déjà fait, c’est le meilleur conseil que je puisse vous donner !

Retrouvez lucia-lilas sur son blog 

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