critique de "La tresse", dernier livre de Laetitia Colombani - onlalu
   
 
 
 
 

La tresse
Laetitia Colombani

Grasset
mai 2017
224 p.  18 €
ebook avec DRM 12,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Une histoire bien tressée

On ne sait pas « pourquoi, certains livres, avant même leur parution, avant même qu’ils aient été lus, créent le buzz, s’annoncent comme des phénomènes, sont de la graine de best-sellers. C’est le cas avec ce premier roman, « La Tresse », déjà vendu à une dizaine de pays, dont l’Allemagne qui s’est complètement entichée du manuscrit.

L’auteure, Laetitia Colombani, est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a déjà écrit deux films, « A la folie… pas du tout » et « Mes stars et moi ». Elle travaille aussi pour le théâtre, mais n’avait jamais publié de roman. Le fait qu’elle soit scénariste n’est pas anodin, car son texte justement est drôlement bien ficelé, et ce n’était pas gagné : trois histoires, trois femmes, trois pays, tous aux antipodes les uns des autres. Comment boucler cela, en 220 pages seulement, sans nous égarer en route, avec pour seul guide une tresse ?

La première femme, Smita, est indienne. Intouchable. Et comme tous les intouchables, elle accomplit les tâches les plus avilissantes. En ce qui la concerne, nettoyer les toilettes des gens. Elle n’arrive jamais à complètement se débarrasser de cette odeur de merde qui lui colle à la peau, imprègne chaque centimètre de son corps. Mais pour elle, une chose est certaine, sa fille doit se sortir de sa condition en suivant des études.

La deuxième, Giulia, est italienne. Sa famille possède un atelier de perruques. Une affaire dont elle découvre qu’elle est au bord de la ruine. Il lui faut trouver une solution pour la sortir du rouge…

La troisième enfin, Sarah, est américaine. Une avocate à succès dont le salaire mensuel aligne les zéros. Mais elle évolue dans un monde dans lequel le moindre signe de faiblesse signe votre arrêt de mort. Elle a beau vouloir cacher son cancer à son patron et continuer à gagner ses procès comme si elle n’était pas épuisée par les chimio, le secret finira par fuiter…

Laetitia Colombani raconte ces trois destins de femmes unis par une tresse. Trois mèches de cheveux qui lient l’Inde, les Etats-Unis, l’Italie. Une histoire de solidarité, de résilience, un livre séduisant, plein de charme. Seul petit bémol, une certaine frustration car nous ne faisons finalement que survoler les destinées de ces trois héroïnes, alors qu’elles méritaient toutes notre intérêt… 

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 Les internautes l'ont lu

Destins de femmes…

Impossible de faire deux pas ces temps-ci sans voir ce petit livre jaune partout : dans les gares, les aéroports, les aires d’autoroutes, les supermarchés… Impossible d’y échapper ! C’est le grand succès du moment, déjà traduit en vingt langues, et après avoir résisté … moi aussi, j’ai craqué ! J’en ai commencé le lecture de ce petit air supérieur signifiant que moi, je saurai voir tous les défauts de ce best-seller et ne tomberai pas dans le piège de cette lecture facile…
Eh bien c’est encore moi qui ai littéralement dévoré ce court roman et me suis retrouvée en larmes en parcourant les dernières pages ! Oui, ce livre m’a beaucoup touchée, oui, je m’en souviendrai longtemps, oui, je le recommande parce qu’il est porteur d’un message d’espoir et qu’il parle d’un sujet qui me tient à coeur : la situation des femmes dans le monde.
Trois destins : celui de Smita en Inde, de Giulia en Sicile et de Sarah au Canada. Trois existences difficiles pour des raisons différentes. Trois portraits de femmes qui ne vont pas lâcher le morceau, qui vont se battre, refuser de renoncer, dire NON à ce que la société leur propose, trois femmes qui iront jusqu’au bout de leur destin, coûte que coûte.
Parce que, comme vous le savez, la situation des femmes dans le monde n’est pas bien reluisante : Smita est une Intouchable, une Dalit (une opprimée), une « hors caste». Son « darma, son devoir, sa place dans le monde » consiste à aller ramasser la merde des Jatts « à mains nues, toute la journée », « métier » qui se transmet de mère en fille. Elle part tôt le matin avec son seau et sa balayette. Insupportable. Si elle n’y va pas, on lui incendiera sa cahute, on lui coupera les jambes, on la violera ainsi que sa fille. « On naît videur de toilettes, et on le reste jusqu’à sa mort. C’est un héritage, un cercle dont personne ne peut sortir. Un karma . » Mais Smita a décidé que sa fille irait à l’école, qu’elle n’aurait pas le même destin et moyennant une somme d’argent qu’elle a donnée à l’instituteur du village, Lalita apprendra à lire et à écrire. Sa fille s’en sortira, elle en est certaine !
Giulia vit à Palerme en Sicile : elle travaille dans une petite entreprise où l’on trie les cheveux que l’on récupère un peu partout, chez les coiffeurs notamment (la coutume s’appelle la cascatura), on les lave, on les démêle, on les teint de façon à en faire des postiches ou des perruques. C’est l’arrière-grand-père de Giulia qui a créé l’entreprise en 1926 : dix ouvrières en vivent et Giulia ne quitterait pour rien au monde ce métier qu’elle adore. Mais lorsque son père est victime d’un accident, ce qu’elle va découvrir la plonge dans une angoisse terrible et des décisions très difficiles à prendre s’imposent à elle.
Enfin, Sarah, à Montréal, est une « executive woman » : de vie personnelle, elle n’en n’a pas . Tout pour le travail : en tant qu’avocate, elle ne vit que pour ses dossiers, y passant ses nuits et ses jours, ne retrouvant ses enfants que le soir pour les embrasser rapidement. Le lendemain, debout à cinq heures, Sarah recommence la même routine, s’oubliant, oubliant son coeur et son corps mais ce dernier va très vite la rappeler à l’ordre.
Dédié « aux femmes courageuses », ce livre plein d’humanité et d’espoir parle d’elles, de ces femmes qui grâce à leur courage, leur force, leur persévérance font avancer le monde, se battent tous les jours pour être libres et rester dignes.
Si ce roman pouvait donner à toutes les femmes le courage de refuser ce que leur imposent au quotidien la société, la famille, la religion, les coutumes, ce serait déjà un pas en avant. Et c’est comme cela que petit à petit, on avance.
A lire, évidemment !

Lire au lit : http://lireaulit.blogspot.fr/

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coup de coeur

Une belle parabole

Ce livre est extrêmement touchant et surprenant.
Nous passons les trois quarts du livre à nous demander quel peut être le lien entre les trois héroïnes et quand on finit par le comprendre il nous apparaît encore plus évident que chaque destin est unique mais que nous avançons tous ensemble, au delà des frontières, des races, des modes de vie, des religions…
Ce livre se lit très facilement, et peut être que la psychologie et la destinée de chacune des héroïnes auraient pu être encore plus développées ..la suite est à écrire… Et peut être que c’est au lecteur de l’imaginer…La tresse est infinie!

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coup de coeur

Le courage des femmes

Trois qualités :Courage, abnégation, tenacité.
Trois femmes:Smita , Giulia , Sarah .
Trois pays:Inde , Sicile , Canada.

Une construction intéressante et maligne pour raconter le destin de ces trois femmes qui « à priori » n’ont aucun lien entre elles, et qui pourtant sont reliées par des fils invisibles qui se concrétiseront à la fin de leur histoire.
En Inde , Smita veut éviter à sa petite fille le destin des Intouchables qui leur colle à la peau.
En Sicile, Giulia reprend en main l’atelier de son père qui périclite, et finit par imposer un amour jusque là improbable.
Sarah, au Canada, « executive woman » dans toute sa splendeur et son arrogance va faire l’apprentissage de la discrimination professionnelle quand son entourage apprend qu’elle a un cancer.
Ces trois femmes magnifiques de courage sont infiniment bien décrites par L. Colombani , dont c’est le premier roman. J’en ai en effet abordé la lecture avec un peu de recul, tant « on en parle » , et bien parlons en encore parce que c’est un coup de maître.

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Hymne à la femme. La tresse. Laëtitia Colombani

Puissant, solaire, émouvant, lumineux, « La tresse » de Laëtitia Colombani, publié par Roman-Grasset est époustouflant. Décrire subrepticement les mèches qui, les unes après les autres, sont les marches d’une force de conviction, elles en deviennent piliers fondateurs. La montée vers le palais de l’exutoire est une merveille hors pair. Ce roman est bien plus que cela, il est le battement du cœur de chacune des protagonistes. Laëtitia Colombani écrit avec art et beauté. Aérienne, envolée, son écriture est le regard de la femme.
• Trois femmes, Smila, Giulia, et Sarah font des lignes de l’auteur, la symbolique du courage et le souffle d’air frais en devenir. Ce livre est une respiration, une tresse magnifiée qui répand ses larmes sur la confiance et la persévérance. C’est un livre qui brise les aprioris des femmes aux diktats préconçus. C’est un livre d’engagement, de terre, d’eau et de feu et de cheveux. C’est un cri qui monte et qui redescend en cascade d’artifice sur le regard de chaque femme du monde entier. Cette signature transcendante est un pas l’un après l’autre, une porte que l’on ouvre, les unes après les autres. Trois destins qui s’emmêlent, et qui deviennent paraboles du tout possible. Le style est fluide, les mots ciselés en tresse d’une rare beauté, le plan de l’histoire est posé, pragmatique et travaillé avec sérieux et conviction. Les séquences défilent doucement en astre conjuguant l’emblème d’une chevelure et le parcours de vie de ces trois femmes battantes et formidables. On vit cette coiffure toute de douceur féminine, palpitante, combattante, douloureuse parfois. « Dans ces cheveux, qui dansent tout au bout de mes doigts » Cette histoire est un miroir de chevelure, une valeur qui œuvre au chant de la femme. Elle ne laisse pas le lecteur à la croisée des chemins de ces trois femmes. Au contraire, ce roman est sublime et indique la voie à prendre pour se renforcer. C’est un livre qui donne sans attente d’un retour. C’est un diamant dans une tresse, une étoile qui file sur un cheveu d’or, un lever de rideau riche de plénitude. Ce livre majeur est rare, son envergure foudroie. « La tresse » de Laëtitia Colombani est un futur incontournable. Le destin de ces trois héroïnes est bien plus qu’une signature d’une force hors pair, c’est le cri du monde qui s’élève de l’âme pour une renaissance parabolique. Cet hymne à la femme bouleverse, et fait grandir le lecteur, qui regardera après le point final, toute chevelure comme pacte de renouveau. Splendide.

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Le livre des liens universels

Une très belle surprise, ce premier roman. Je l’ai commencé durant un après-midi frisquet et j’ai tout de suite été touchée par les trois personnages féminins qui composent l’intrigue, tels les trois mèches d’une future tresse. Trois personnages qui m’ont accompagnée toute la nuit dans la hâte que j’avais de les retrouver. Emue, rattrapée par un sentiment de solidarité envers ces femmes si différentes mais pourtant si semblables dans leurs luttes contre l’adversité. Bouleversée par ce lien universel que l’auteure parvient si bien à mettre en évidence.

Il y a Smita, dans le sud de l’Inde. Une Intouchable, mariée à un chasseur de rats et chargée elle-même de ramasser les excréments des membres des castes plus nobles dans une région où le gouvernement a renoncé à investir dans un système d’égouts digne de ce nom. Smita veut tout faire pour que sa fille échappe à cette vie, puisse aller à l’école et ouvrir son horizon. Il y a Giulia, la jeune palermitaine, bien décidée à continuer à faire rayonner l’entreprise familiale, l’une des dernières à traiter et transformer les cheveux naturels recueillis dans toute la Sicile pour créer des perruques et des extensions. La maladie de son père et la rencontre avec Kamal vont précipiter son destin. Et puis il y a Sarah, la wonder woman canadienne dont la progression fulgurante au sein de son cabinet d’avocat est soudain stoppée net lorsqu’elle se découvre gravement malade.

Smita, Giulia, Sarah. Chacune à sa manière et à son niveau doit faire face à de nombreux défis liés à sa condition de femme dont les droits ne sont jamais totalement acquis. Braver les diktats sociaux, oser imposer ses idées, exploser les plafonds de verre… Elles ne le savent pas mais leurs destins sont liés, dans un monde où, malgré les distances, chacun appartient à la même grande famille : l’humanité.

A une époque où le repli sur soi et la peur de l’autre dominent, il est bon de rappeler que nous ne sommes pas seuls. Que tel l’effet papillon, chacun de nos actes peut avoir une conséquence à l’autre bout du monde. Avec ce récit, et son concept de tresse (à la fois parabole et réalité) Laetitia Colombani le fait très joliment. Elle trouve le juste équilibre pour tisser son intrigue à l’aide de ces trois fils qui sont autant de matière vivante, renforcée et solidifiée par le tressage.

Un livre profondément féminin, plein d’humanité. Poignant et réconfortant à la fois.

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