critique de "Leur séparation", dernier livre de Sophie Lemp - onlalu
   
 
 
 
 

Leur séparation
Sophie Lemp

Allary
septembre 2017
96 p.  14,90 €
ebook avec DRM 9,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

L’explosion d’une famille

La narratrice a dix ans au moment du divorce de ses parents et elle se souvient. Du camion de déménagement, des déjeuners tristes au restaurant « L’Hippopotamus», du nouvel appartement paternel où tout est neuf et qui n’est pas chez elle, rue Monge, là ou la famille a habité avant l’explosion. Car pour cette fillette, la fin du couple parental est bien un choc, un traumatisme. Il y a un avant et un après , «rien ne sera jamais réparé» écrit -elle. Et toujours cet espoir que les parents, un jour, se réuniront. D’ailleurs ils n’ont parlé que de séparation pour l’instant … Sophie Lemp raconte, de manière sensible et fini, grâce au journal tenu toutes ces années et avec des mots d’enfants, ce que tant d’entre eux ont vécu. On plonge avec elle dans ses souvenirs doux -amers, dans les histoires de «Fifi Brindacier» ou «Tistou les pouces verts», dans les baisers maternels qui accompagnent la nuit, puis dans les disputes de l’adolescence. Il ne se passe pas grand chose mais l’écriture est fluide, les sentiments de culpabilité, de peur et d’amour filial teinté de jalousie et de colère , d’anxiété et d’amertume sont bien explorés. Après «Le fil», qui avait été remarqué, Sophie Lemp prouve qu’elle sait consigner la douceur des jours, l’éperon de l’enfance disparue et, devenue maman à son tour, le lien si puissant qui nous relie à notre famille. Touchant .

 

 

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 Les internautes l'ont lu

Un petit livre tout simple et extrêmement touchant : la narratrice évoque la séparation de ses parents lorsqu’elle était encore une jeune adolescente et la peine qu’elle ressent encore alors qu’elle est devenue adulte et qu’elle a elle-même des enfants.
« Mon enfance m’apparaît comme scindée en deux. Pourtant une séparation n’est pas une mort brutale. J’avais depuis longtemps conscience des difficultés que rencontraient mes parents et cela faisait quelques semaines qu’ils m’avaient fait part de leur décision. Je savais. Mais jusqu’à la dernière minute, j’avais espéré. »
Il y a eu un avant fait de joies, de vacances ensemble, de sorties chez des amis, de couleurs et de bruits, d’insouciance, de sérénité et de bonheur et un après, rongé par l’angoisse, le désarroi, l’incompréhension, la culpabilité, une vie plus triste et plus terne, plus seule et plus silencieuse. Entre les deux : elle, ce qui « reste » d’une certaine façon d’une union qui n’est plus, de quelque chose qui semble disparu à jamais.
Les mots choisis par l’auteur pour évoquer ce qu’elle a vécu comme un véritable déchirement portent toute sa douleur contenue, sa souffrance tue. Le ton est grave. On sent à quel point son enfance fut meurtrie par cette séparation mais, et c’est là que réside, je pense, toute l’originalité de l’oeuvre, cette douleur perdure dans l’âge adulte. On se dit que le divorce, fait de société, ne devrait en aucun cas être « banalisé » : on mesure mal, en effet, le déchirement vécu par l’enfant et la plaie qu’il portera encore adulte. Parce que, nous dit Sophie Lemp, cette séparation aura un impact sur notre vie d’adulte.
« Pour ses onze ans, ma fille a voulu réunir ses grands-parents. Ils ont accepté et nous avons dîné tous ensemble. A la fin de la soirée, elle est allée chercher son Polaroïd et nous a demandé de nous installer sur le canapé. Mon père s’est retrouvé près de ma mère. Quand il l’a remarqué, il a changé de place. Il n’a rien dit, mais j’ai compris qu’il ne voulait pas être à côté d’elle. Plus tard, seule dans la cuisine, j’ai pleuré. Je n’avais plus trente-sept ans, je n’étais plus une jeune femme, je n’étais plus la mère de mes enfants. J’étais seulement la fille de mes parents et ils avaient divorcé. »
C’est avec des mots pleins de pudeur et de sensibilité que l’auteur, inconsolable, laisse entendre toute la douleur encore vive qui émane de cette plaie qui ne cicatrisera sans doute jamais et qu’elle porte chaque jour, espèce de fardeau éternel, tourment perpétuel : « … comme un jour j’ai cessé de dire mes parents, je ne dirai jamais à mes filles vos grands-parents. »
Et ce livre, peut-être, comme une dernière façon de les réunir, malgré eux.
Très, très émouvant.

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