Nos richesses
Kaouther Adimi

Le Seuil
cadre rouge
août 2017
224 p.  17 €
ebook avec DRM 11,99 €
 
 
 
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Passeur de livres

Après « Des pierres dans ma poche », l’auteure algérienne Kaouther Adimi publie un roman attachant qui sort de l’ombre le libraire éditeur algérois Edmond Charlot, une personnalité des lettres françaises, premier éditeur de Camus et de bien d’autres.

Deux hommes, deux époques

Pour son stage de fin d’études en ingénierie, Ryad se voit confier la mission de vider et repeindre une ancienne librairie à Alger, « Les vraies richesses », appelée à devenir une boutique de beignets. Ryad, jeune Parisien n’ayant jamais entendu parler de la mythique adresse, s’attelle à sa tâche sous l’œil du dernier gardien du temple, rempli de livres poussiéreux, de vieilles photographies et de papiers destinés à la poubelle. En parallèle, le roman nous fait entendre la voix d’Edmond Charlot, qui, à vingt et un ans, ambitionne de créer « un lieu pour tous les amis qui aiment la littérature et la Méditerranée ». En 1936, il fonde sa librairie près de l’université d’Alger, qui deviendra vite un lieu de rencontres amicales, professionnelles, où se retrouvent écrivains, lecteurs, artistes, toute une jeunesse intellectuelle en ébullition… Entre celui qui remplit cet espace et celui qui le vide, il y a des dizaines d’années d’histoire houleuse entre deux pays.

Les vicissitudes d’un libraire à Alger

Il est difficile, le métier de libraire, et plus encore en Algérie, colonisée depuis plus d’un siècle lorsque Edmond Charlot y ouvre « Les vraies richesses ». Véritable artisan à la vocation sans faille, ce dernier ne conçoit pas de dissocier la librairie et l’édition, deux faces d’une même profession. Il est ainsi le premier éditeur de Camus, avant d’accueillir dans son catalogue Giono, Henri Bosco, Max-Pol Fouchet, Emmanuel Roblès… Pendant la guerre, il poursuit son œuvre engagée clandestinement, contournant la censure, faisant face aux pénuries de papier et d’encre ; plus tard il sera pris entre les feux de la guerre d’indépendance et les querelles d’amour-propre de ses amis. Kaouther Adimi fait revivre avec passion les plus glorieuses et les plus sombres heures de la belle enseigne algéroise et de la littérature française entre les années 1930 et 1960. Une ode aux livres comme des ponts entre les rives.

 

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coup de coeur

une déclaration d’amour à la littérature

Est-ce que les cachous ont une date de péremption ou sont-ils comme les livres impérissables?

L’Algérie le seul pays au monde où c’est l’état demande des comptes au peuple et non l’inverse. C’est ici, à Alger, en 1936 qu’Edmond Charlot ouvre, à 21 ans, une librairie « les vraies richesses » un petit local de 7 mètres sur 4. Une librairie qui vend du neuf et de l’ancien, mais qui n’est pas qu’un simple commerce, mais un lieu de rencontres, un lieu d’amitié. Edmond fait venir et édite des écrivains de tous pays de toute religion dont Albert Camus. Edmond est un passeur de livres.
Algérie 2017, l’état dilapide l’argent du pétrole, le peuple a besoin de pain, pas de livres, vendons les bibliothèques et les librairies. Ryad arrive à Alger, une ville toujours agitée et bruyante, perpétuellement en train de vibrer, de se plaindre, de gémir. Lui qui n’a jamais aimé lire, a été embauché pour vider la librairie, ne rien garder, tout jeter, tout détruire, pour la transformer en une boutique où l’on vendra des beignets.

Un livre à la construction originale, à travers les carnets fictifs, d’Edmond Charlot nous suivons de 1935 à 1961,en parallèle, l’histoire de cette librairie improbable et l’Histoire de l’Algérie, et souvent les deux sont liées. La seconde guerre mondiale, la mère patrie promet de ne pas oublier le jour de la victoire tout ce qu’elle doit à ses enfants de l’Afrique du Nord, les tirailleurs, de la chère à canon qui vont combattre pour une nation dont ils ne font pas vraiment partie. La censure et la difficulté pour obtenir du papier, les livres se font rares, les étagères presque vides. La joie de la libération et les espoirs vites refroidis par le massacre de Sétif et les drames qui s’en suivent, l’insurrection, le temps de la haine et de la peur. Les ratonnades à paris, des corps jetés à la Seine, il faut désinfecter la France.

Une déclaration d’amour à la littérature à travers l’histoire de cet homme fasciné par les livres qui va faire d’une petite maison artisanale une entreprise d’édition submergée de commandes mais aussi hélas de dettes. Il va finir sa vie presque aveugle ne pouvant plus lire ni écrire à ses amis. Une écriture pudique qui laisse entrevoir la violence passée et le désarroi actuel dont souffrent l’Algérie. un livre qui porte bien son nom car il est rempli de richesses.

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coup de coeur

Coup de coeur

C’est à travers le regard de trois hommes que Kaouther Adimi fait revivre une minuscule librairie, serrée entre une pizzeria et un marchand de légumes dans une ruelle d’Alger.
En ouvrant « Les vraies richesses » dans les années 30, Edmond Charlot, libraire, imprimeur et éditeur a voulu partager sa folle passion pour les livres.

Au fil du temps, la librairie, devient une bibliothèque de prêt, faute d’acheteurs. Abdallah, le nouveau maître des lieux n’aime pas lire, mais les livres sont un trésor qu’il doit protéger.

En 2017, lorsque Ryad à son tour investi l’endroit, c’est pour faire le vide, débarrasser, donner où jeter les vestiges d’un temps révolu.

En découvrant par hasard cette petite échoppe, lors d’une promenade à Alger, l’auteure a été intriguée par ce lieu étrange et a fait des recherches sur son créateur Edmond Charlot.
Les carnets qu’elle a retrouvés et son imagination ont donné corps à un personnage hors du commun qui deviendra au fil des années l’ami et confident de Camus, d’Emmanuel Robles où de Jean Giono.

Dès les premières lignes, je me suis laissée envoûter par une écriture aussi élégante que précise. En nous faisant découvrir Alger l’auteure nous invite dans des ruelles baignées de soleil où le bleu du ciel rejoint celui de la mer. Tous les sens sont sollicités dans une ronde de senteurs et de sons.

Chaque personnage de cette histoire vraie, en grande partie, est brossé avec beaucoup d’application et une grande sensibilité.
L’immersion dans le monde de l’édition m’a passionnée et j’ai aimé suivre Edmond Charlot, dans ses succès mais aussi dans ses terribles moments de doute et de découragement.
Outre l’hommage au monde des livres, de l’édition et des libraires, ce livre est aussi une chronique du temps qui passe, il s’en dégage beaucoup de nostalgie.

Kaouther Adimi signe un très beau roman peuplé des fantômes de grands écrivains.
Je garderai longtemps en mémoire l’image de Saint-Exupéry, assis sur un trottoir fabriquant de petits avions en papier de chocolat pour des enfants hurlant de rire sous un soleil éclatant.

Un coup de cœur !

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